LIVRE I, CHAPITRE XVIÎ
salem eut ators le spectacle, rare heureusement en Orient, de deux ministres 1-275. de la religion devemis chefs de parti , employant à se combattre les forces qui auraient du servir, et qui furent bientôt impuissantes à les protéger.
Le décx>uragement des chevaliers, Tinquiétude et les défiances de la bour- Grégoire x
* s'efforce
geoisie n'étaient pas les seules difficultés du gouvernement du roi de Chypre d'empâcher en oyrie. 11 avait a se prémunir, pour son propre royaume, contre les nou- d'Hugues
, , de Brîrane
velles entreprises du comte de Brienne, son cousin germain. On se rappelle sur le royaume
de Chypre.
que le fils de Gautier IV de Brienne et de Marie de Lusignan n'avait pas cru pouvoir réclamer avec succès la régence de Chypre, en 1261 , à la mort de sa tante Plaisance d'Antioche, et qu'il avait été, quatre ans plus tard, dé< bouté publiquement de ses demandes au sujet de la régence de Jérusalem, dans un long débat contradictoirement soutenu de\'ant la cour de Saint Jean d'Acre ^
Depuis ce temps , Hugues de Brienne avait quitté la Palestine et était revenu dans ses terres de Champagne. Poussé vers les aventures lointaines, comme tous les hommes de sa famille, il entra dans l'expédition de Naples, à la suite de Charies d'Anjou, et fut récompensé de ses services par la concession du comté de Lecce, dans la terre d'Otrante. Il fixa dès lors sa résidence ordinaire dans ce magnifique domaine, mais il n'y resta pas oisif. D'Italie, il jeta ses vues sur la Morée, où il avait des amis et de la parenté. U avait épousé, vers 1272^, Isabelle de la Roche, veuve du seigneur de Caritena, sœur du duc d'Athènes, Guy l*^ de la Roche, dont il eut Gautier V de Brienne; et, sans abandonner ses espérances sur l'ile de Chypre, il pensa dès lors à s'assurer, pour lui ou pour son fils , la possession d'Athènes et de l'Achaîe.
Grégoire X fut informé, probablement par les soins du roi Hugues, que le comte de Brienne faisait des enrôlements, et qu'il annonçait l'intention d'envahir le royaume de Chypre'. La cour apostolique, cheminant à petites journées, revenait dors de la ville de Lyon, où le pape avait présidé le concile. Quoique souffrant déjà de la maladie qui l'enleva peu après, Grégoire X ne cessait de s'occuper de l'Orient. Il pria Charles d'Anjou , en sa qualité de vassal du Saint-Siège et de suzerain de la seigneurie de Lecce, d'arrêter les préparatifs du comte de Brienne. Mais, si les résolutions du fils
^ Voy. ci-dessus, chap. xiv, p. 887 et p, 2^S\ Recherches etmatériaas,i.l, p, ^iS, chap. XT, p. Aoo-4o6. 33o , 338.
^ Voy. Buchon, Chron, de Morée, i. \ , ^ Rinàldi, 1375, S 52, t. XXII, p. 899.
de Gautier le Grand vinrent à changer, comme tout l'indique, sans ietablir positivement, ce fut grâce à des événements imprévus ou par suite de sérieuses réflexions sur la grdsse entreprise qu'il voulait risquer, bien plus tôt qu'à la persuasion du roi de Sicile. Jamais Charles d'Anjou n'eût interpose ses bons offices pour éviter au roi Hugues des difficultés ou des dangers. Ses mauvaises dispositions contre la famille du roi de Chypre survécurent à Hugues m et à son propre règne. Après les vêpres siciliennes, après la perte de la ville de Saint-Jean d'Acre, où l'autorité napolitaine n'avait pu s'affermir, Charles II d'Anjou, traitant de la paix avec Frédéric d'Aragon, promettait à son heureux compétiteur de demander pour lui à Hugues de Brienne la cession de ses droits chimériques sur le royaume de Chypre ^
Mort
de
Grégoir« X.
Grégoire X manqua à la Terre sainte au moment où il pouvait le mieux servir ses intérêts. Le concile de Lyon avait reçu la profession de foi de Michel Paléologue, et put croire que le schisme d'Orient était terminé^. Il avait entendu les ambassadeurs d'Abaga, empereur des Mongols de Perse, oflfrant de reprendre et de consommer l'alliance avec les Francs. Afin de seconder ces favorables dispositions, il avait décrété de nouvelles mesures contre la contrebande maritime, et prescrit la levée de décimes exceptionnelles pour armer la Terre sainte. Il ne fut pas donné au pontife qui avait arrêté ces sages mesures d'en assurer l'exécution^. Après Grégoire X, trois papes se succédèrent en moins de deux ans sur le Saint-Siège et purent à peine, dans leur court pontificat, donner attention aux plaintes non interrompues du roi et des prélats de Jérusalem.
* Jordan , ap. Rinaldi , 1 3o2 , S 3 , t. XXIII,
* L'empereur Michel Paléologue, pour soutenir son désir d'union et combattre les scinipules du patriarche de Constantinople en même temps que les répugnances du peuple grec, avait souvent employé un savant écrivain chypriote , nommé Georges Grégoire , atteché alors à la cour impériale en qualité de protapostolaire. Grégoire de Chypre, élevé au milieu des Latins de j'île et témoin des égirds qu'ils avaient pour le culte grec , aida beaucoup 'ptr «mi exemple et ses exhortations à persuader à ses canHemporains qu'il était possible d'établir sur la foi coumune la concorde entre les deux grandes commu-
nions chrétiennes. Le souvenir de la réunion momentanée des Églises d'Orient et d'Occident serait resté l'honneur de sa vie , si Grégoire n'eût gâté la fin de sa carrière. En 1281, cédant à l'empereur Andronic , que la politique avait séparé de Rome, il attaqua ce qu'il avait défendu et s'éleva avec passion contre Eeccus , partisan de l'union. Il aggrava sa défection, en acceptant le patriarcat, dev.enu vacant par la mort de Joseph , qu'Ândronic avait réintégré. Le dominicain J. Bernard de Rossi a publié son autobiogrc^hie. (Georgii sea Gregorii Cypri patnarchœ Constant, wto, in-4', Venise, 1763.)
^ Conlin, de Guill. de Tyr, p. A72. Rinaldi , ann. 1276.