‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 239 sur 283 · LIVRE 1, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XVII

Hugues III, au milieu des ennuis qu'il éprouvait, retenu encore en Syrie 1:270. par une sorte de scrupule de conscience, vivait retiré dans le château lasubordinaUon

des

d^Acre, et voyait son autorité s'affaiblir de jour en jour. Les communes hal^iums

d Acpo

voulaient se gouverner séparément, ne répondant qu'à leurs consuls. Les et

, ... . «Iw Tomplien.

Vénitiens surtout, liés avec le Temple et le roi de Sicile, conservaient une altitude hautaine. Quelques années auparavant, un de leurs bailes, Pierre Zeno, à son arrivée à Saint- Jean d'Acre, apprenant que le beau-frère du roi de Chypre, Jean de Montfort, fils aîné et successeur de Philippe, seigneur (le Tyr, se trouvait dans la ville, avait déclaré qu'il ne souffrirait pas que le prince y résidât avant qu'il eût restitué à la nation vénitienne le tiers de la \ ille de Tyr, dont son père l'avait dépouillé. Des menaces , Zeno allait passer peut-être à la violence, si des hommes sages, craignant une collision dans le sein de la ville, n'avaient déterminé Montfort à se retirer de suite à Nazareth, d'où il parvint à se rendre à Tyr*. Les confréries des bourgeois d'Acre entravaient, par leur mauvais vouloir, l'exécution des ordres du roi, et les maisons militaires en étaient venues à contester les droits de sa suzeraineté, à laquelle la loi, en respectant leur organisation intérieure, les soumettait cependant comme tous les habitants du royaume.

Quelque désir qu'il eût d'aider par sa présence au maintien de la paix et de l'ordre général , Hugues n'était pas de nature à conserver indéfiniment une situation ainsi méconnue et abaissée. Un nouvel outrage des Templiers combla la mesure. L'ordre ayant acheté un village appartenant à un feudataire de la couronne sans demander l'autorisation royale, qu'il savait être indispensable à la validité de la vente , le roi refusa de rester plus longtemps à Saint- Jean d'Acre et quitta la ville, au mois d'octobre 1276, sans vouloir désigner de baile, ni donner de successeurs aux autres magistrats dont les pouvoirs étaient expirés 2.

Les habitants d'Acre furent effrayés de son départ. Ils se plaignaient de lui quand ils l'avaient auprès d'eux; ils regrettaient maintenant son éloignement, qui les exposait au désordre de la populace et aux attaques des maraudeurs arabes. Les Génois, les Pisans, les maîtres de l'Hôpital et de Notre- Dame-des-Allemands vinrent prier le roi de rentrer dans la ville. Un grand nombre de bourgeois et de prélats appuyèrent leurs supplications. Seuls les Templiers et les Vénitiens restèrent étrangers à ces démarches. • Si le

* Conlin. de Guill. de Tyr, p. 464 ; Sanudo , cbap. xxviii , p. 474 ; Sanudo, Secret, fide pi. 3 25. cruc'u, p. 226 ; Jean d'Yprcs , Chron. S, Be

' Contin, de Guill. de Tyr, liv. XXXIV, ap. Marlènc, Thés, anecd. t. III, col. 764

1276. «roi veut revenir parmi nous, qu^il vienne, disaient-ils, s'il ne veut pas « revenir, qu'il reste où il est ^ ■

Le roi Huguo» Une réaction se prononça cependant bientôt contre les Templiers, et amena en Chypre, quelques manifestatious dans la ville en faveur du roi. Les instances redoublèrent auprès de lui. Le patriarche, Thomas Agni, le grand maître de THôpital , Hugues de Revel, Guillaume de Roussillon, capitaine des hommes d'armes du roi de France^, revinrent à Tyr. Le roi consentit enfin, pour ne pas laisser le pays dans l'anarchie, à établir régulièrement la nouvelle administration. Il nonuna Balian dTbelin, ancien sire d'Arsur, baile du royaume, et le chargea du gouvernement en son nom'. Il institua Guillaume de Fleury, vicomte d'Acre, pour la cour des bourgeois; il nonmia le bailli de la cour de la Fonde, où se réglaient les affaires de douane, et le bailli du tribunal maritime de la Chaîne. Il pourvut aussi à quelques autres offices^. Mais il refusa absolument de revenir à 3aint-Jean d'Acre. II quitta même la ville de Tyr, et se retira en Chypre, après avoir envoyé des messagers au pape et aux princes d'Europe, pour les informer de l'état déplorable de la ville et du royaume, où il lui était impossible de se faire respecter. Il était si indigné de la conduite des habitants d'Acre, qu'il engagea, dit-on^, Bibars à rompre la trêve qu'il avait faite avec eux à Césarée, et le laissa libre d'attaquer, quand il lui plairait, ces gens indisciplinés.

Maried Autiocho Le grand maître du Temple n'avait pas négligé d'informer Marie d'An-

M déiste

d« 9t% tioche et Charles d'Anjou du départ du roi de Chypre et de son méconten-

récUmalions -rx ii • i ./^ «n -i -r* • »/ • i «j*

en tement. De 1 avis de Guillaume de Beaujeu , c était autant de motifs pour

cour do Rome.

hâter la cession de la couronne de Jérusalem, projet depuis longtemps favorisé par son ordre ^. On n'avait rien obtenu de satisfaisant de la cour de Rome. Le pape avait résisté aux sollicitations de la princesse et aux secrètes instances du roi. Marie, découragée de l'impartiale et coûteuse lenteur de la procédure apostolique, fit une dernière tentative. Elle cita son adversaire devant le cardinal délégué pour qu'il prononçât sommairement sur la cause; mais

' Cofitifi. de GttilL de Tyr, p. àyh ; Sanudo, fol. 179. Balian mourut le 2g septembre de

p. 296. Tannée suivante, 1277. Contin. de GuHL de

* Continuateur de Guillaame de Tyr, Tyr, p. 474.

livre XXXIV, chapitre xx, xxviii, p. 467, * Ibid. liv. XXXIV, ch. xix, p. 470.

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