LIVRE I. CHAPITRE XVII
les procureurs du roi de Chypre, restés auprès de la cour romaine, depuis ie concile de Lyov^ refusèrent de dire un mot touchant le fond du débat Ils se bornèrent à décliner itérativement la compétence du tribunal du Saint- Siég^^ en soutenant que la connaissance du procès intenté au roi Hugues sur la possession du royaume de Jérusalem ne regardait aucune autorité ecclésiastique, et que la cour des barons du royaume, déjà consultée, pouvait seule en décider'. La princesse, résolue à traiter avec Charles d* Anjou, saisit cette occasion d'arrêter une stérile poursuite. Elle se rangea à Texception proposée par les procureurs du roi de Chypre, donnant pour raison la modicité de ses ressources, qui ne lui permettaient pas de plaider plus longtemps en cour de Rome'. Le cardinal conmiissaire et les autres prélats apostoliques, satisfaits de l'expédient qui m^ettait fin à un procès ruineux, s'empressèrent de faire constater dans un acte notarié, muni de leurs sceaux, que le jugement de la question soulevée par Marie d'Ântioche cessait de leur appartenir, par suite de la retraite des deux parties, et la cause fut ainsi abandonnée \
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La princesse Marie, en retirant "Sa requête de la cour apostolique, avait annoncé l'intention de se pourvoir devant une autre juridiction, pour obtenir plus prompte justice^. C'était un pur prétexte donné à son désistement. Une fois sortie des voies judiciaires, qui avaient si peu répondu à son attente, Marie n'eut d'autre désir que d'effectuer, sans retard, la donation promise au roi de Sicile ^ Au commencement de l'année 1277, après que les conditions de l'accord eurent été préalablement arrêtées entre eux , elle fit au roi Charles la cession solennelle de tous ses droits au royaume de Jérusalem, comme
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* Coiidn. de GuiU, de Tyr, p. 466, h'jh. Dans le noml>re des députés chypriotes se trouvaitJacques Vidai, pour qui le roi Hugues avait conservé beaucoup d'estime, depuis la séance d'investiture de la couronne de Jérusalem , dans laquelle le comte Jacques avait porté la parole au nom des chevaliers. ( P. d a 5.) Les mss. des assises et des continuateurs de G. de Tyr écrivent son nom tantôt Vidal, tantôt Vidan.
* Ih'iÂ. p. 476; Sanudu, p. 227.
' «Quareie estoit povre damoiselle , si ne f pooit sivre ne maintenir les plaiz. » ( Contin. de GttilL de Tyr, p. 476.)
* Sanudo , p. a 27 ; Contin. de Gaill. de Tyr, p. 476; Jean d'Ypres, ap. Martène, Tkes. oiiecdAi III, col. 754<
' « Et que ele demanderoit sa raison là oii • ele le cuideroil plustôt avoir. • (Contin. de GaiU, de Tyr, p. 476,)
* Un chroniqueur du temps prête au roi de Sicile la pensée d'épouser Marie d'Antioche (Jordan , f/ùt. de Chypre, i. II , p. 1 3o), ce que rend tout à fait invraisemblable et Tâge de la pnncesse et le court veuvage do Charles d'Anjou , qui , ayant perdu Béatrix de Provence en 1267. épousa Marguerite de Bourgogne dès l'an 1268.
légitime et directe héritière de la eouix>iine^ Le roi s'engagea à lui payer, dans la maison du Temple, à Paris, une première rente annuelle de quatre mille libres tournois assurée sur les revenus de TÂnjou; et, en outre, à lui faire compte, chaque année, sa vie durant, d'une somme de mille besants d'or, laquelle devait être mise à sa disposition à Saint- Jean d'Acre^.
Le contrat fut dressé par des notaires publics dans une grande réunion , à laquelle furent convoqués plusieurs cardinaux et de nombreux dignitaires ecclésiastiques, qui tous conCrmèrent par leur témoignage la régularité de l'acte. On ne manqua pas de rappeler devant l'assemblée et de constater dans la charte que les plus habiles avocats et les plus savants docteurs avaient reconnu la validité des titres de Marie d'Antioche sur le royaume cédé par elle au roi de Sicile. Mais cette assemblée, si imposante qu'elle ait été par le nombre et le rang des assistants, n'avait aucun caractère légal. Lors même que tous ses membres eussent collectivement ou individuellement affirmé la légitimité des prétentions de la princesse, c^s déclarationsn'étaient que des appréciations personnelles. Elles ne pouvaient rem^placer l'arrêt du commissaire délégué par le Saint-Siège , qui seul aurait eu qualité pour prononcer au nom du tribunal apostolique.
Nullité ilo la coision.
La solennité de la donation n'ajoutait rien aux droits du donateur. Les formes dont on l'entoura n'avaient pour but que d'en dissimuler Finsuffisance. Elles ne pouvaient changer le caractère de l'assemblée où l'acte reçut sa dernière forme. Ce fut une nombreuse et illustra réunion d'amis et de
^ Nous n'avons pu retrouver le texte de l'accord, qui semble ne plus exister aux archives de Naples. On connaît seulement ses dispositions principales par des actes postérieurs de 1289 et 1292. (Hist. de Chypre, t. II» p. 85 et 89* notes.) La date même de la cession n est nulle part précisée. D*après Saba Malaspina, elle aurait eu lieu pendant le court pontificat d'Innocent V, du 21 février au 22 juin 1 276. (Chron. sicaL ap. Muratori. Script, ital t. VIII, col. 871; Mansi, notes à Rinalài, ÀnnaL eccles. 1272, S 20, et 1277, S 16; cf. Jordan, Hist. de Chypre, t. II, p. i3o.] D'après les auteurs de Y Art de vérifier les dates, la donation serait du mois de décembre 1277, et le couronnement de Charles , comme roi de Jérusalem ,
du mois de janvier 1278. [Clironolog. des rois de Sicile.) Mais le rapprochement des diplômes originaux de Charles d'Anjou, dans lesquels paraît pour la première fois sa nouvelle qualification , prouve que le roi prit la couronne et le titre de roi de Jérusalem dès les premiers mois de Tannée 1277, treizième année de son règne de Sicile. [SyUahus memhrananun, ad regim sicUb arckivum pertùi. Naples, 1824» in-4"<) Le continuateur de Guillaume de Tyr (p. ^78 , extraits inédits du manuscrit de Florence) et Sanudo le Vieux ( p. 2 2 7 ) rapportent également , comme nous , la cession de Marie d^Ântioche à Tannée
' Voy. l'accord de 1 289, ( Hist, de Chypre, !. II. p. 86.) .