LIVRE 1, CHAPITRE XVll
témoins, ce n'était pas une cour de justice cpii eut à prononcer une sentence la??. et qui pût conférer des droits.
Les juges naturels du conflit existant entre Marie d'Antioche et le roi de Chypre étaient les chevaliers liges du royaume de Jérusalem, siégeant en cour féodale. D'après la loi et les précédents incontestés, la haute cour seule déclarait Tordre de successibilité. Rien de légal ne pouvait se faire, en cette matière, hors de son sein. L'existence entière des royaumes d'outre-mer reposait sur ce principe, que Frédéric II lui-même, peu soucieux, à tant d'autres ^ards, du privil^ des liges, avait respecté. Marie d'Antioche, en formant sa première demande en Syrie, reconnut elle-même la compétence de la cour de Saint-Jean d'Acre, et accepta éventuellement sa propre exhérédation dans un pays où l'appel était inconnu ^. La cour, en se prononçant souverainement contre elle , annulait régulièrement et irrévocablement les droits qu'elle aurait pu avoir à la couronne de Jérusalem.
Mécontente de ce premier arrêt , dont elle avait essayé de retarder la notification en quittant la séance avant la fin des plaidoiries^, Marie s'était adressée à d'autres juges, et avait sollicité, pendant cinq ans, de la cour apostolique, un jugement qu'elle n'obtint pas. Battue dans toutes ses tentatives légales, quoique accueillie par les membres de la cour apostolique avec les égards dus à son rang, la princesse n'était même plus, en 1277, une prétendante dont on pût sérieusement discuter les qualités, et Charles d'Anjou n'acquit par elle qu'un droit imaginaire. Une surprise permit cependant, comme on le verra, de consacrer cette apparence de droit par la prise de Saint-Jean d'Acre. Mais, après dix ans d'une occupation toujours contestée, la possession de fait eut un terme, et il ne resta plus, pour justifier l'usurpation, qu'à s'autoriser de la générosité d'un donateur sans qualité et sans droits. Le respect dû aux princes augustes qui ont reçu par Charles d'Anjou le titre de roi de Jérusalem, et qui en ce moment défendent si généreusement l'indépendance de leur pays ^contre l'invasion étrangère, ne peut nous dispenser de constater, dès son origine, la nullité de l'acte que l'on croit avoir opéré la cession de ce titre.
Mai-jain 1277.
Charles d'Anjou, satisfait cependant de la donation de Marie d'Antioche, nogor prit solennellement la couronne de Jérusalem vers le conmiencement de * *prcnd* "" l'année 1277', et nomma pour son vicaire général en Syrie, avec le titre de ^aw"
* Assises, t. T, p. 687 et note. ^ Dandolo, Chron. venet. op. Murât, t. XII,
* Voy. ci-dessus, p. 427. col. SgS. (Voy. ci-dessus, p. A56, noies.)
1277. baile, Roger de Saint-Sévérin , comte de Marsîco, un des principaux seiau nom gncuFs guelfcs compromis autrefois pour lui contre les princes de Souabe.
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ciiario d'Anjou. Roger partit avec six galères et quelques navires, ^amenant à peine une suite de douze chevaliers. Il ne voulait rien obtenir par la violence, et, dès son débarquement à Saint-Jean d'Acre , il alla paisiblement demeurer avec ses commensaux dans la maison des Templiers ^
Son arrivée jeta néanmoins les chevaliers du pays, revenus la plupart de Tyr, dans un extrême embarras. Le sire d'Arsur, Balian d'Ibelin, baile de Jérusalem, au nom du roi de Chypre, établi, en cette qualité, dans le château de Saint-Jean d'Acre, qu'avait autrefois occupé saint Louis, ne savait quelle conduite tenir. Il appela auprès de lui quelques hommes prudents : Balian Antiaume, d'une influente famille bourgeoise; le comte Jacques Vidal ; * Jean de Fleury, maréchal de Tibériade ; Jean de Troyes. Il s'adressa au patriarche; il demanda conseil à Guillaume de Roussillon, capitaine des Français, et au grand maître de l'Hôpital. Il était prêt, si on promettait de le seconder, à garnir le château de troupes et à refuser l'entrée aux Napolitains; mais il ne dissimula pas que la résistance paraissait bien difficile, car on savait que les Templiers et les Vénitiens étaient décidés à faire prévaloir, même par les armes, le parti du roi de Sicile. Nul n'osa émettre un avis. Chacun de ceux qu'il consulta déclara ne pas vouloir s'ingérer dans des aflaires si délicates. Pendant ce temps, les Templiers, qui n'étaient pas restes inactifs , parvinrent un jour, comme la nuit approchait, à faire entrer le comte Roger et ses hommes dans l'intérieur du château. Le sire d'Arsur n'eut qu'à se retirer avec sa famille, sans pouvoir se mettre en défense^.
Bdian d'Ibelin mourut avant la fin de l'année ^, investi encore des fonctions de connétable de 'Jérusalem, que le roi Hugues lui avait conférées en 1272^. Sa veuve, Lucie, pas plvTs que la population d'Acre, ne garda rancune aux honmies qui l'avaient dépouillée du pouvoir. Elle épousa peu après Eudes ou Hugues Poilechien ^, un des chevaliers venus à Ptolémaîs avec Roger de Saint-Sévérin. Eudes était de haute naissance et neveu de Simon
* Condn. de Gmll. de Tjr, p. h'jS ; Sanudo , p. 227; Jean d'Ypres, col. 755; Amadi, fol. 1 80 ; FI. Bustron , foi. 191. D'après l'un des continuateurs de Guill. de Tyr (p. 478, note a)« Roger de Saint-Sévérin arriva h Saint-Jean d'Acre dès le 8 mai 1277; Sanudo dit le 7 juin 1377. Amadi, qui fait connaître, en cette circonstance, diverses
particularités ignorées des autres chroniqueurs, donne également la date du 7 juin.
' Cf. Amadi ; Saxiudo , etc. îoc, cit, B. d'Esclot , Ckron. p. 6 1 3 ; Dendolo, ap. Murât, t. XII.
' Le 39 septembre 1277. (Comin. deGmU.
de Tyr, p. ^78 , notes.)
« Ihid. p. 463.
^ /6fi/. liv. XXXIV , chap. xixiii . p. 4 79.