LIVRE I, CHAPITRE XVII
de Brion, alors cardinal de Sainte-Cécile, élu pape à Viterbe, en 1381 ^ par Fififlaence de Chaiies d* Anjou, et appartenait à la noblesse française que le roi Charles avait établie dans la basse Italie. Les Poilechien , dont les Napolitains prononcèrent le nom PoUiceni et Pdichim, devinrent ainsi, comme les FMangier, une des grandes famiUes du royaume des princes' d'Anjou 2.
Maître de la citadelle, Roger de Saint-Sévérin arbora au haut des tours les drapeaux de son maître avec ses propres écussons, et fit proclamer dans la ville les bans du roi Charles, roi de Jérusalem et de Sicile'. A Texemple de ses prédécesseurs dltalie et de Chypre, Charles d'Anjou, par une pieuse attention , mit toujours sur ses monnaies et ses diplômes le nom du royaume de Jérusalem avant celui de ses autres Etats ^.
Le comte de Saint-Sévérin convoqua ensuite la population dans une assemblée générale, et chai^ea un docteur italien, nonmié Thomas, qualifié de juge, c'est-à-dire juriste de profession , d'exposer publiquement et l'usurpation du royaume de Jérusalem par le roi de Chypre et la légitimité de la souveraineté du roi Charles, investi de la couronne par Marie d'Antioche, à qui le royaume appartenait manifestement de l'avis des prud'hommes les plus savants de la chrétienté^. Après cette démonstration d'office, où l'éloquence et la raison eussent été superflues, le baile reçut le serment de fidélité des corporations boui^eoises et demanda l'honomage des chevaliers. Les seigneurs répondirent qu'ayant une première fois juré la ligèce à Hugues de Lusignan en sa qualité de roi de Jérusalem , ils ne pouvaient contracter un autre engagement sans son consentement exprès, à moins que le suzerain ne manquât à ses obligations à leur égard. Après avoir essayé plusieurs fois de changer les résolutions des barons, le baile, ne voulant rien brusquer, attendit qu'ils se fussent mis d'accord avec le roi sur ce qu'ils avaient à faire ^.
Lm chevalicn da royaume
refuMDt l'hominago
au comU Roger.
Pendant ce temps, le maître du Temple, qui avait à coeur de compléter entw io"wigaeur son ouvrage, cherchait à réconcilier les Vénitiens avec Jean de Montfort. En ""et^'
les Vénitiens.
» Martin IV.
' lis possédaient les seigneuries d*Ostuni , Anglone et Gilenza, près de la terre d*0trente. (Ammirato, Délie famiyUe Ncipoletane, Florence, i58o, i'* pari. p. Sy. Délia f amigliii PoWcena.)
' Âmadi, fol. 180; FI. Bustron, fol. 192.
* Syllabus membran. ad regim siclm archivurnpertin. Napies, iSadt p> 1 37, notes.
' Contin. de GailL de Tyr, p. 479; fragm. inédits extraits du ms. de Florence.
' Ihid. p. 478, et note a.
détemimaat les Vénitiens, naturellement favorables aux maîtres de la Sicile, où ils avaient de grandes franchises^, à reconnaître le beau-frère du roi de Chypre comme seigneur de Tyr et obtenant de Montfort la restitution des propriétés de la République dans sa seigneurie, Guillaume deBeaujeu assoirait une précieuse adhésion au nouveau baile. Il parvint à conclure entre les deux parties un arrangement honorable, qui fut scellé publiquement le i" juillet 1277^, *^^s ®* propre tente, au milieu du camp des Templiers, près d'un village de Tordre, situé dans la plaine d'Acre, auquel les Français avaient donné le nom de Sommellerie du Temple, peut-être parce que les chevaliers y réunissaient leurs animaux de transport. Les Levantins vont souvent habiter ainsi la campagne comme de vrais nomades pendant la saison des chaleurs ^ ; mais Tappréhension des hostilités , que la mort récente de Bibars ^ rendait possibles, avait bien pu aussi déterminer les Templiers à se mettre alors, par précaution, sous les armes et à sortir de Saint-Jean d'Acre.
Le traité fut arrêté au nom du doge Contarini, en présence du patriarche Thomas de Lentino, par Albert Morosini, baile des Vénitiens pour toute la Syrie, assisté de ses conseillers, tous notables de la ville d'Acre. Parmi ces témoins vénitiens, on remarque un Philippe Cornaro de la riche famille commerçant déjà avec le Levant et entrée dès le xiv* siècle dans l'amitié des rois de Chypre, à qui les Cornaro furent longtemps si utiles et devinrent ensuite si funestes.
Les Vénitiens déclarèrent qu ils tenaient Jean de Montfort pour seigneur de Tyr et du Toron; Montfort rendit à la République, en pleine propriété, le tiers déterminé de la ville et de la banlieue de Tyr, que les Vénitiens avaient acquis conune leur lot particulier avant d'assiéger la ville, lors de la croisade du doge Micheli ^. Quoiqu'il se fût élevé quelques difficultés entre eux et les barons de Syrie, sous le roi Jean de Brienne et plus tard sous Henri II, après la reprise de Tyr sur les Impériaux^, on avait toujours re-
* Voy. A rch. des missions scient, t. II , p. a 78 ; Notice sur le recueil des pactes de Venise,
* Le traité se trouve dans le manuscrit ambroisien de la chronique de Dandolo, sous la date erronée de mcclxxii (pour mcclxxvii), indiction 5*. (Muratori, ScrifU. ital. t XII, col. 38o; Fontes rcr. Auslr. t. XIV; Doc, de Venise, t. III, p. i5o. Cf. Dandolo, Chron. col. 393; Sanudo, Sécréta, p. 237; Contin, de GuilL de Tyr, p. 478; Jean d'Ypres, loc.
cit. col. 766; et Archives des missions scientif. i. II, i85i,p. 36o-36i.
' En Chypre, les seigneurs allaient souvent s'établir dans les bois , surtout à Tépoquc des chasses d'automne.
* Le sultan était mort à la fin du mois de juin ou au commencement du mois de juillet 1277.
* Voy. ci-dessus , p. 25, 33 1,373.
" Voy. ci-dessus, p. 33 1.
J'Orirnt,