‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 243 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVII. Wl · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVII. Wl

connu leur droit pour un tiers dans la seigneurie de Tvr. H n'y avail pas en i^^"- Terre sainte de propriété plus respectable, et ce n'est qu'au milieu des excès amenés par la guerre civile de Saint-Saba que Philippe I" de Montfort avait pu chasser les Vénitiens de leur ancienne conquête.

Jean, qui répara les iniquités des discordes civiles, avait recueilli la suc- '^tk<> cession paternelle dans les plus cruelles circonstances. Philippe P' de Montfort était mort, cx)mme tant d'autres seigneurs chrétiens, sous le poignard d'un fédaî, ou sectaire du Vieux de la Montagne. Quand un de ces fanatiques avait reçu l'ordre de faire périr un homme , il semblait se dévouer avec bonheur à sa mission et à la mort. Rien ne lui coûtait pour atteindre son but. L'apostasie, ou l'humiliation pendant des années entières, il endurait tout dans l'espoir de trouver un moment où il put sûrement frapper sa victime. Vers l'an l270^ un jour que Philippe de Montfort allait entendre la messe à la chapelle de son château de Tyr, un des serviteurs de sa maison , Ismaélien de naissance, secrètement gagé, dit-on, par Bibars^, se précipita sur lui et le frappa mortellement d'une arme empoisonnée. L'assassin courut alors à l'oratoire où Jean, fils aîné du seigneur, était déjà rendu avec un autre chevalier, nommé Guillaume de Picquigny. Des serviteurs étant arrivés à ses cris, Philippe refuse leurs soins et les dirige vers la chapelle. Us y trouvèrent Guillaume de Picquigny aux prises, quoique sans armes, avec ic meurtrier. L'Arabe fut massacré sur place , et on amena Jean de Montfort à son père, qui put, avant d'expirer, remercier Dieu d'avoijr sauvé la vie à son fils 3.

Nous devions ce. souvenir à l'un des neveux du vieux seigneur dlbelin , Jean P', neveu aussi du célèbre chef de la croisade contre les Albigeois, né en Orient, rentré en France, où, d'un premier mariage, contracté avec Ëléonore de Courtenai, il laissa des enfants qui succédèrent à sa seigneurie de Castres et à ses terres du Languedoc. Revenu ensuite en Syrie, qui fut sa dernière patrie, Montfort devint, par son second mariage avec Marie du Toron , un des principaux barons de Terre sainte. On a vu de quelle assistance il fut à la noblesse syrienne pour arracher le gouvernement du pays k

* Suivant Amadi (fol. 177) et Bustron ne cachent pas que Bibars armait souvent le

(fol. 189); vers 1 273, suivant dom Vaissète, bras des sujets du Vieux de la Montagne,

Hist de Long. t. III, p. 6o3, note 44 » nouv. pour se défaire des hommes qu*il redoutait,

éd. t. VI, p. 345. (M. Reinaud, p. 526.)

^ Amadi, fol. 177. Les historiens arabes ^ Amadi, fol. 177; FI. Bustron, fol. 189.

462 HISTOIRE DE L iLE DE CHYPRE.

1277. i*arbitraire de Frédéric; et quels dangers, pires que les premiers, provoqua ensuite son humeur ambitieuse et sa haine contre les Vénitiens ^.

Sa vie, passée presque tout entière dans les royaumes d'Orient, n'a pas été bien connue de quelques historiens de France , qui ont confondu le che> valier d'outre-mer avec un autre Philippe de Montf<Mrt, de la branche des comtes de Leycestre , issue du dernier fils du fameux Simon , fixée en Angleterre^. Les enfants de notre Philippe I^, Jean et Humfroy de Montfort, formant la souche orientale de sa famille, renoncèrent expressément, pour la sécurité de leur frère, Philippe H, aux biens qu'avait conservés leur père en Europe^. Humfroy, le dernier survivant des enfants de Syrie, réunit aux principautés de Tyr et du Toron la baronie de Beyrouth, par son mariage avec Échive dlbelin, et transmit ces seigneuries, devenues purement titulaires , en 1 2 9 1 , à sa famille , qui fut une des plus considérées à la cour des princes de Lusignan. Le roi Hugues IV choisit dans cette maison la première fenmie du comte de Tripoli, son fils aine et son successeur sur le trône.

L«»iige»dcSyri« Lcs chevaliers d'Acre étaient toujours dans une situation diificile vis-à-vis

M réiïgnent

» roconnaitre du comte Rogcr dc Saïut-Sévériu. Us avaient fait savoir au roi de Chypre les demandes du baile et l'obligation où ils se trouveraient d'y accéder, si le roi , par son éloignement ou son inaction , semblait abdiquer la couronne. On n'a pu oublier que, dans des circonstances à peu près semblables , quand le roi Conrad, devenu majeur, voulut, sans venir personnellement en Orient, obtenir, par mandataire, la reconnaissance et l'hommage lige des barons, les chevaliers résistèrent à une innovation aussi dangereuse et prirent même occasion de cette exigence persistante pour aller avec Philippe de Montfort chasser les derniers Impériaux de Tyr ^. La proclamation de Charies d'Anjou déjà accomplie- et l'hommage requis par son vicaire n'étaient pas moins contraires à la coutume que les anciennes demandes de l'empereur et de son fils. Mais, en 1343, les habitants du royaume de Jérusalem étaient à peu près tous unanimes, à l'exception des princes d'Antioche,pour en finir avec le gouvernement de Frédéric. En 1277, si l'on voulait résister au lieutenant du roi Charles; si on voulait défendre les droits du roi Hugues, qui se montrait peu soucieux de les conserver, il fallait se concentrer à Tyr, unique point où l'on pût se réunir, et de là préparer une longue lutte contre les

* Voy. ci>dessuB, p. 331. t. Ilf, p. 6o3,note hà, nouv. éd. t. VI,

* D. Bouquet, t. XX, p. 239. p. 345.

^ Dom Vaiflsète, Hisfoire de Lantfuedoc, * Voy. p. Zih cl suiv.

Bogffr.

Page 1