‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 244 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE XVlI · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE XVlI

Templiers, les Vénitiens» les Provençaux et les troupes que le roi pourrait envoyer ^ La suzeraineté du roi Charles, qui semblait les rapprocher de la protection du roi de France , répugnait d'ailleurs bien moins aux chevaliers de Syrie qu'autrefois la suzeraineté de princes à moitié allemands et prèsque toujours en hostilité avec TEglise. Beaucoup , en regrettant les faits qu'ils n'avaient pu empêcher, voulaient, avant tout, éviter les malheurs d'une nouvelle guerre civile.

Le roi Hugues, ramené à l'idée de conserver le royaume de Jérusalem par les efforts qu'on faisait pour le lui enlever, voulant donner à ses partisans le temps de se concerter, avait toujours évité de répondre catégoriquement a'ox messages venus de Syrie. Lassé de ces attermoiements indéfinis, Roger de Saint-Sévérin somma, un jour, les liges d'abandonner leurs fiefs et de quitter le pays, s'ils ne voulaient faire immédiatement leur soumission^. Les Templiers, usant de modération, après avoir réussi par l'audace et la ruse, demandèrent alors qu'une nouvelle députation se rendit en Chypre, avant de rien décider.

Les envoyés* étant encore revenus avec une réponse évasive, les liges se mirent enfin à la disposition de Roger de Saint-Sévérin. Le comte , le premier, prêta publiquement le serment ordinaire des lieutenants royaux, en promettant de gouverner le pays conformément aux usages et de maintenir chacun dans son droit; les barons et les autres liges lui firent l'honmaage comme baile de Jérusalem, et Roger institua d'une manière définitive la nouvelle administration au nom du roi Charles. Il nonmia les grands officiers, puis les magistrats pour les diverses charges. Messire Eudes Poilechien , l'époux désigné de la sœur du sire d'Arsur, dernier baile du roi de Chypre , fut élevé à la dignité de sénéchal, qui était la principale des grandes charges de la couronne. Richard de Neublans^ fut créé connétable; Jacques Vidal, l'ancien conseiller du roi Hugues, eut la maréchaussée; Girard le Raschas fut nommé vicomte d'Acre et mis à la tête de la bourgeoisie ^. Miles de Caîphas

^ Des que le comte Roger fut maître du château de Saint-Jean d'Acre , ie roi lui envoya des approvisionnements et des chevaux, ( Hist. de Chypre, t. II , p. 80; Amari , Vespro siciUano, t. I, p. 84-)

• Contin, de GuUL de Tyr, p. 479, chapitres nouveaux fournis par le ms. de Flor. Sanudo, p. 227; Jean d*Ypres, Thés. anecJ. t. III, col. 755.

^ Dans le nombre furent, dit le Continuateur (p. ^79) f Jean deTroyes, Guillaume de Villiers et Richard de Torsquigny, peut-être Goisquigni ou Goquegni, allies aux Giblet. ( Lignages, ch. xxxi.)

* Il y avait un doyenné de Neublans, en Franche-Gomté.

^ Contin. de Guilh de Tyr, p. 479; cf. Sanudo, p. 228.

avait été nommé capitaine des chevaliers et des hommes d'armes da roi de France, à la place de Guillaume de Roussilion, mort quelques mois auparavant ^ A la fin de Tannée 1277, l'autorité de Charles d'Anjou était partout acceptée de gré ou de force dans le royaume; Boémond d'Antioche, resté jusque-là dans la réserve, fit aussi son acte d'adhésion au roi de Sicile. Sans venir à Saint-Jean d'Acre, il envoya au régent des procureurs, qui s'acquittèrent régulièrement de l'honmiage en son nom^.

Lo roi de Chypre

eiMye

de reprendre

Saint-Jean

d Acre.

Le régent était déjà bien établi à Ptolémaïs quand le roi de Chypre, se cifiyant enfin en état de repousser les envahisseurs, passa à Tyr avec sept cents chevaliers et un grand nombre de gens à pied. Débarquées à Saint-Jean d'Acre avant l'arrivée du comte de Marsico , ces forces auraient servi de point de ralliement aux chevaliers syriens , dévoués dans le fond au roi Hugues , et prévenu peut-être la surprise des Templiers. Dans les circonstances où elles arrivaient, toutes les positions essentielles étant aux mains des partisans de Sicile, il était difficile d'en avoir de grands succès. Le roi ne désespérait pas néanmoins de reprendre l'avantage, s'il était secondé. Il entretenait des intelligences dans l'intérieur de la ville. Beaucoup de Poulains et de Pisans, soldés secrètement en son nom, avaient promis de se déclarer au moment opportun. Nul mouvement n'eut lieu cependant après son arrivée ; les quatre mois de service dus par les liges s'écoulèrent promptement. Les Chypriotes, désaffectionnés chaque jour davantage de la Syrie, reprirent la mer, et le roi, sans abandonner ni ses droits ni ses espérances, les suivit peu après ^.

Il ne devait plus aucun ménagement aux Templiers, qui s'étaient mis en révolte flagrante contre lui. Il fit saisir leurs revenus dans tous les districts de l'île; il ruina leurs couvents de Paphos et de Limassol; il démantela le fort de Gastria, dans le Karpas^. Les exhortations du pape ne purent le fléchir ^. Jusqu'à la fin de son règne, le roi Hugues maintint contre l'ordre les rigueurs qu'une aveugle inimitié n'avait que trop méritées.

* Contin, de GuUL de Tjrr, liv. XXXIV, ch. xxxiii, ch. 478; Continuation nouvelle fournie par le manuscrit de Florence. Nous perdons ici ces précieuses chroniques qui, pendant un siëcTe, sont la source principale de rbistoirc des deux royaumes d'outremer. (Voy. Bibl. de l'éc. des chartes, b* série, t. I, p. 168.)

* Sanudo, p. 228; Jean d'Ypres, Chron.

S, Beri, ap. Thits. anecd, t. III, col. 756.

' Sanudo, ann. 1378, p. 228; Amadi, fol. 1 80 ; Hist. de Chypre , t. II , p. 1 3 1 .

* Amadi, fol. 180; FI. Bustron, fol. 193. ^ Lettre de Martiu IV au roi Hugues de

Chypre. (Martëne, Ampliss. coll. t. II, col. i3oo.)

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