‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 245 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVII

Ne sachant pas si les armes suffiraient au rétablissement de son autorité, 1218.1279. le roi chercha un appui moral auprès du Saint-Siège. Il notifia au pape son 11 proteste

* coutro

intention de ne renoncer en rien à la couronne de Syrie, et dénonça la vio- rosurnaiion lence qui lui était faite ^. Nicolas III, prince romain, de la famille Orsini, Charles d'Anjou. inquiet de Tinfluence prise par Charles d*Anjou sous les papes français , ses prédécesseurs , écouta favorablement le roi de Chypre et engagea les deux contendants à envoyer leurs mandataires en cour de Rome, dans l'espoir de les accorder^. Mais Hugues de Lusignan, en s'adressant au souverain pontife, n'avait voulu qu'ajouter à la notoriété de ses plaintes; il ne cherchait pas à rouvrir des débats juridiques, épuisés pour lui depuis la décision de la cour de Saint-Jean d'Acre. Il ne donna pas suite aux propositions de Nicolas m. Il se borna à renouveler sa protestation et attendit de plus favorables circonstances pour se faire rendre justice par lui-même et ses amis de Syrie. De longtemps cependant , il ne put rien entreprendre contre Saint- Jean d'Acre, tant Roger de Saint-Sévérin redoubla de vigilance, au milieu des événements qui amenèrent momentanément, entre les Mongols et les chrétiens, une alliance à laquelle la politique de son maître et la révolte des villes de Sicile lui défendaient de s'associer.

L'Egypte voyait presque toujours succéder à un rogne prospère un temps d'incertitude et d'anarchie, qui se prolongeait jusqu'à ce qu'un homme énergique eut ressaisi le pouvoir. Malec-Saïd et Selamesch, (ils du dernier sultan, régnèrent à peine deux ans, perdus, l'un par son incurie, l'autre par son extrême jeunesse. Kélaoun, mamelouc du Kaptchak, tuteur de Selamesch, qu'il détrôna, fut le véritable successeur et le continuateur de Bibars. Tout finit par céder à sa vigueur, que modérait à propos une grande habileté. Son plus redoutable adversaire, Sonkor-Àlaschkar, proclamé d'abord sultan à Damas, fut chassé de sa capitale et réduit à se réfugier dans son ancienne principauté de Sahioun ^, près d'Antioche , où Kélaoun eut la générosité de le laisser, en accordant le pardon à ses adhérents *,

Pendant que les partis arabes avaient encore les armes à la main , plusieurs des chefs et des princes francs, Boémond VU surtout, qui cherchait

^ Lettres de Nicolas III au roi de Chypre ,

du 38 mars 1279, ^i^^^lcli» 1^79 « ^ >^' > Id, ihid.

' Saona, dans les textes latins. [Fontes rer.

Austiiac. t. XIII; Doc. de Venise, t. II, page 27a.)

* Makrizi.t. II, impart, p. 11, 20, 3o, ann. 1279, 1280.

Révolntious survenue»

Egypte.

Les chréliens

<le Chypr*

d'Asie

1280.1281. tous tes moyens de reprendre sa capitale, résolurent d'attaquer le sultan d'Es'anissrni gypte. Rogcr de Saint-Sévérin refusa d'adhérer au projet et empêcha toute

aux MoDgoU

contre le sultan prise danxies dans le pays qui lui obéissait, autour de la ville d'Acre. Les

d'Egypte. . . . , «

Hospitaliers, arrivés à la fin des trêves onéreuses imposées à leur maison par Bibars , attaquèrent les premiers les musulmans et reprirent quelques terres près de Margat^ Bien qu'ils aient, peu après, parait-il, demandé ou accepté du sultan un accord particulier de dix ans pour le territoire de la ville d'Acre^, ils semblent être restés libres de continuer ailleurs les hostilités. Le prince d'Antioche se mit en rapport avec ses alliés habituels, les Mongols et les Arméniens. Une armée tartare était déjà parvenue à Alep, au-devant de Boémond et venait à son aide, quand de nouvelles dispositions la firent tout à coup rentrer en Mésopotamie'.

Son départ ne cachait aucun mauvais dessein. Une' nouvelle armée mon> gole, dans laquelle se trouvaient plusieurs corps chrétiens, venus de Géorgie et d'Arménie^, franchit l'Euphrate, l'année suivante^, sous les ordres de Mangou-Timour, frère du grand khan. Le roi de Chypre avait promis à Boémond, son neveu, et aux Hospitaliers de les rejoindre en Syrie ^. Mais Kélaoun surprit et déconcerta les coalisés par la rapidité de ses mesures. Il amena des forces considérables d'Egypte ; il rallia autour de lui tous ses anciens ennemis en leur montrant le péril de l'islamisme , et marcha contre les envahisseurs, qui s'avançaient en suivant les bords du désert, à travers l'ancienne Chalcidique.

issi. Les deux armées se rencontrèrent dans la plaine située sous les murs de

B/.iaiiie la ville d'Emesse, aujourd'hui Homs, près de l'Oronte, où fut livrée une

grande bataille. Leurs mouvements furent si prompts, que l'engagement eut

lieu, le jeudi 3o octobre 1281 ''f avant l'arrivée du roi de Chypre et avant

* Cf. Makrizi, t. II. 1" part. p. 27; Sanudo, p. 228; Jean d'Ypres, Chron, S. Bert, ap. Martène, Tkes. anecd. t. III, col. 756.

* Makrizi, t. II, i** part. p. 28.

' Id. ibid.

* Voir la relation de la bataille d^Emesse , adressée à Edouard I*', roi d'An^eterre , par Joseph de Gancy , an des chevaliers de THôpital de Saint-Jean d'Acre, entré en campagne avec le grand mahre Nicolas Lorgne pour se joindre aux Mongols. Ce document , qui sert de complément et de contrôle aux

récits arabes, a été publié par M. Champollion-Figeac dans le recueil intitulé : Lettres de rois et autres personnayes des cours de France et d^ Angleterre (t. I , p. 288 , in-4*^. Il fut écrit vers la fin de Tannée 1 981.

* Au commencement de Tannée 680 ( avril 1281), Makrizi, t. II, l'^part. p. 28.

' Lettre de J. de Gancy, p. 288.

^ Le jeudi, quatorzième jour du septième mois de Tan 680 de Thégire. (Aboulféda, trad. Reiske, t. V, p. 69. Gf. Makrizi, t. fl, i'* part. p. 35.)

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