‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 246 sur 283 · LIVRE 1, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XVII

même que les homnies d«i prince d'Antioche et le$ gens de THôpital eussent issi. pu s'entendre avec les Tartares pour prendre leur place de combat ^

L'aile droite de Taiinée mongole, renforcée des contingents arméniens et géotgiens, culbuta Taile gauche des mameloucs et s empara du camp égyptien; malheureusement Mangou-Timour, par suite de malentendus, qu^aggrava la défection d'un corps turcoman , eut le dessous au centre et sur son côté gauche^. Les deux armées furent, du reste, extrêmement maltraitées et s'éloignèrent toutes deux, sans vouloir combattre de nouveau. Kélaoun, resté le dernier sur le champ de bataille, regagna lentement l'Afrique par les routes intérieures de la Syrie, en évitant de se rapprocher de \a côte, pour ne pas montrer aux Francs le délabrement de ses troupes ^.

Comme son armée passait dans le voisinage des terres dépendant de Saint- ]280-i28i. Jean d'Acre , le gouverneur napolitain l'envoya complimenter et lui offrit Rog^r des présents^. Roger de Saint<Sévérin , réduit à surveiller les démarches du <iem«are

en

roi de Chypre, se tenait toujours prudemment renfermé dans Ptolémaîs, bons rapports profitant de toutes les occasions qui se présentaient de prouver aux Egyp- losniioa. tiens combien il désirait vivre en paix avec eux. Peu de temps après, un complot, tramé contre la vie du sultan par quelques anciens mameloucs, ayant été découvert dans la ville d'Acre, le comte Roger s'empressa d'en informer le prince'^. Les projets qui occupaient alors le roi de Sicile lui commandaient cette conduite pacifique et déférente. Frédéric et Conrad n'avaient pas eu plus de motifs pour rechercher l'alliance de Malec-Kamel et de Bibars que leur successeur à vivre en bons rapports avec Kélaoun.

Avant même que les propositions du grand maître du Temple eussent 1281.1282, éveiHé en lui l'ambition de prendre la couronne de Jérusalem, Charles d'An- Lesprojeu jou avait eu la pensée de reconstituer , dans un intérêt de famille , l'empire charie» d'Anjou

sur

de Constantinople. Dès l'an 1367, à peine couronné roi de Naples, il de< Consuntinopie mandait à l'empereur détrôné, Baudouin II, qui l'accordait sans peine, la ie«y«prM cession des anciens domaines de Mainfroy, en Epire, la suzeraineté de l'A-

* Lettre citée de J. de Gancy au roi d'An- nudo , iib. HI , part, xii , cap. xix; part, xiit , gleterre, p. 388. cap. vin, p. ssg et 389.)

* Xes récits de cette bataille sont confus ' Lettre deJ. de Caacy, p. 2191. et contradictoires. (Voy. après la lettre de * Ibid.^, 391.

Joseph de Cancy et Thistoire de Makrizi, ^ M. Reinaud^ p. 5â5; cf. Maknsi. t. fl,

Haîton, Hist orient, cap. xxxvi, p. 53; Sa- 3* part. p. 39.

chaïe, possédée encore par les Villehardouin, et le tiers éventuel de toutes les conquêtes qu'ils pourraient faire ensemble ou séparément sur Michel Paléologue ^ En 1 273 , après la mort de Baudouin , Charles maria sa fille Béatrix à Philippe , le nouvel empereur titulaire de Constantinople , se réservant de donner à son gendre la réalité de Tempire, qui lui manquait. La soumission de Paléologue à TEglise catholique, sincèrement résolue, quoique effectuée si opportunément qu'on y vit depuis un calcul; les efforts de Grégoire X pour attirer les princes chrétiens vers la Terre sainte, la résistance de Nicolas III aux vues de Charles d'Anjou, ralentirent les projets du roi, sans les changer.

L'élection d'un nouveau pape d'origine française, Martin IV, oncle du sénéchal de Jérusalem, obtenue tyranniquement du conclave d'Orvieto, ramena enfin des circonstances favorables à ses desseins. Michel Paléologue , dominé par les répulsions de ses sujets, n'avait pu, d'ailleurs, tenir les promesses faites, en son nom, au concile de Lyon ; les Eglises d'Orient et d'Occident s'étaient séparées encore une fois, l'excommunication avait été prononcée et un traité conclu entre Charles et la république de Venise pour la nouvelle conquête de Constantinople^. Tout semblait se réunir contre Paléologue et favoriser les vœux de son ennemi, quand la conspiration des Vêpres siciliennes (mars 128a), secrètement liée à Constantinople avec Jean de Procida, vint rassurer l'empereur et contenir Charles d'Anjou, en le retenant en Italie.

K^Iaouii

renouvelle

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traita de paix

avec Us chrétien R,

La diversion, entretenue au dehors par ces événements, donna quelques années de repos aux chrétiens d'Orient. Après une courte incursion dans le royaume d'Arménie , Kélaoun changea de politique à leur égard et parut abandonner ses projets de conquête. La campagne d'Emesse lui avait montré, durant le cours même de ses succès , les dangers de l'union encore possible des Occidentaux et des Mongols. Il employa, depuis lors , toutes les ressources de sa diplomatie à empêcher cette alliance, dernier moyen de salut des Francs d'outre-mer ; il chercha à entrer en relations avec les princes d'Europe, et entretint dans leur pays des agents qui l'informaient de leurs projets. Il se lia par des traités de paix avec.le roi d'Espagne et avec l'empereur

* Traité de Viterbe, 27 mai 1267. (Du Gange, HisL de Constantinople, éd. Buchon, 1. 1 , p. Â 55 ; Buchon , Recherches et matériaujc, t. I,p. 29.)

* Traité d*Orvieto, entre Tempereur Philippe , Gharies d'Anjou et la rép. de Venise , du 3 juillet 1 2 8 1 . ( Arch. de TEmpire , J. 874 Du Gange, Hist. de Const t. II, p. 336.)

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de Constantinople. Il prescrivit , sur toutes ses frontières , de respecter les 1292.1283. possessions chrétiennes, et remit même aux Francs quelques-unes des terres qu'il avait conquises, voulant les maintenir ainsi dans une trompeuse sécurité ^.

Au mois d'avril 128a » il fit avec les chevaliers du Temple une nouvelle trêve de dix ans ^. L'ordre possédait encore la ville de Tortose et trente-trois villages d'alentour, formant une seigneurie particulière dans le comté de Tripoli. Cet enclave indépendant, qui aurait pu ajouter à la force de résistance du pays, était souvent une occasion de luttes entre les chevaliers et leurs voisins. Guillaume de Qeaujeu s'était mêlé, avec son emportement ordinaire, aux querelles qui divisaient la principauté depuis la mort de Boémond VI '. On l'avait vu , quelques années auparavant , prendre parti pour les Romains contre l'évêque de Tortose, l'ancien régent, contre Boémond VII lui-même, qui, à sa majorité, avait sagement continué la politique de sa mère «en s'appuyant Sur les hommes du pays. Le grand maître provoqua les feudataires du prince à l'insurrection * ; il tenta d'enlever Nephin , puis Tripoli^, et ce n'est qu'après plusieurs années d'hostilités patentes ou de sourdes machinations qu'il accepta une réconciliation ménagée par les Hospitaliers^. Le comté de Tripoli fut pacifié, mais il ne survécut pas longtemps aux atteintes qui avaient épuisé ses ressources.

Le traité de Césarée, relatif à la ville d'Acre et à son territoire, expirant au commencement de l'année 1283 "^^ Kélaoun en accorda la prorogation aux chevaliers venus au Caire dans le mois de safar 682 (mai i283), pour une seconde période de dix ans, dix mois, dix jours et dix heures, à partir du jeudi 3 juin i283 ^. Le nouveau pacte fut rédigé au nom du sénéchal de Jérusalem, Eudes Poilechien, qui remplaçait le comte Roger de Saint-Sévérin , ancien vicaire royal, rappelé en Italie par Charles d'Anjou, après le soulèvement de la Sicile ^.

Le roi<]harles ni le roi de Chypre ne sont nommés dans l'accord. Les ha-

* M. Reinaud , Chron. arabes, p. 54 1 • ^ Hist. de Chypre, t. IJI , p. 663 ; Sauudo ,

* Traité du i5 avril 128a; analysé par lib. III, part, xu, cap. xvii, p. 228.

M. Reinaud (p. 54 â), publié teituellement ^ Vers Tan 1280 ou 1281. (Sanudo,

par M. Quatremëre , Hist. des sultans mamel. ib'ui.)

t. II, i"^' part. p. 221. ' Voy. ci-dessus, p. 443.

^ Voy. ci-dessus, p. 45o. ' Cinquième jour de rébi 1", 682. (Ma-

* Guy de Giblet, l'un d'eux : le couslala ' krizi ,1. II, i'*part. p. 22/1 et 23 1 ; cf. p. 60; par un acte notarié, du 18 février 1282. M. Reinaud, p. 545.)

{Hist. de Chypre, i.lll, p. 662). * Samido, p. 229.

1262-1869. bitants d'Acre traitent seuls avec le sultan, par Torgane du sénéchal Eudes Poiiechien > qualifié de « dépositaire de l*Mtorité dans la ville d'Acre, ■ et assisté des trois grands maîtres. Le territoire dépendant de la principauté d'Acre est ainsi déterminé par le traité : i** la ville de Ptolémaïs avec une dépendance de soixante et treiie villages ou cantons; a" la ville de Sidon et sa banlieue, formant qninie cantons; 3* la ville de Caîphas, rendue aux chrétiens, et ses sept cantons, comprenant le Carmel; 4^ la ville ruinée d'Athlit, ancien château Pèlerin, au midi du Carmel; et 5* enfin quelques terres des Hospitaliers, situées plus au sud, dans les environs de Césarée, que le sultan promet de respecter. Des mesures sont concertées pour la se* curité des pèlerins qui voudraient se rendre à Nazareth. Quatre maisons attenant à Tanoienne église de l'Annonciation, réparée sans doute d^uis les dévastations de Bibars, leur sont affectées en toute propriété. Les Francs s'interdisent la faculté de construire ou de relever aucune des fortifications dépendantes du territoire de Saint-Jean d'Acre^ si ce n'est dans l'intérieur même des villes d'Acre, de Sidon et d'Athlit. Nulle assistance ne doit être donnée aux pirates sur l'étendue du rivage chrétien.

Quelques articles témoignent des vives préoccupations qu'inspiraient toujours aux Egyptiens les projets de réunion, encore agités, des forces mongoles et chrétiennes, projets où l'Europe aurait dû chercher avec persévérance le salut de la Palestine, parce qu'ils étaient les seuls efficaces et praticables pour tenter de rétablir le royaume de Jérusalem. S'il se forme, en Occident, une nouvelle croisade, est-il dit dans l'accord, sî les Francs apprennent que les Mongols se disposent à attaquer la Syrie, ils doivent prévenir le sultan de ces résolutions au moins deux mois à l'avance. Dans le cas d'une invasion des Mongols ou de toute autre nation venant de la haute Asie, les parties contractantes, après s'être réciproquement averties, auront à pourvoir chacune séparément à leur propre défense.

ObMrvalious

■ur rr» traités.

La connaissance de ces traités nous parait de nature à modifier sur quelques points ce qu'ont dit les historiens de la situation des colonies chrétiennes de Syrie et de la Syrie elle-même au xiii* siècle. Quel que fût , à cette époque, l'état d'affaiblissement des Francs, on voit que le pays, soumis encore, en temps de paix, à leur autorité, était bien plus considérable que ne le laissent entendre les chroniques contemporaines, qui limitent absolument les possessions chrétiennes à trois ou quatre places de la côte. La condition générale de la iSyric et de la Palestine était, d'ailleurs, bien supérieure alors par sa

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