‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 247 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVll · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVll

population et ses ressources à ce qu^elle est de nos jours. Il suffit de rappe^ 1282-1283. ier et les quatre*vingt-dix-neuf bourgs ou villages situés dans les seigneuries de Tyr et du Toron ^, pays où Ton ne trouve maintenant que de rares hameaux perdus dans la solitude , et les dix mille serfs occupés sur les terres des cent soixante villages dépendants du château des Templiers, à Saphed, près du lac de Tibériade^. L'existence d'une telle population, dans une contrée étroitement resserrée entre le Jourdain et la mer, suppose des centres d'habitation très-rapprochés et un pays très-cultivé. Si Ton voulait reconstituer aujourd'hui, non dans ses limites géographiques, mais dans sa valeur effective, la principauté d'Acre, en lui donnant les soixante et seize villages ou cantons que lui reconnaît le traité de 1 a83 , il faudrait prendre la plus grande partie de l'ancien royaume de Jérusalem et arriver presque à la mer Morte. Un grand nombre de localités secondaires, bourgs, hameaux ou villages, ont donc totalement péri , dans la campagne de Saint-Jean d'Acre comme ailleurs, en Syrie, depuis le xiii* siècle.

On est encore frappé, en lisant les ti^aités qui nous occupent, de la situation honorable et respectée qu'ils font aux princes et aux populations chrétiennes. Ces documents nous sont connus d'après le texte arabe, c'est-àdire dans la rédaction , quelquefois assez différente du protocole latin , destinée à ce que Ton peut appeler la publicité ou la promulgation musulmane, et où, par conséquent, l'écrivain officiel n'avait en rien à ménager la susceptibilité franque. Aucune stipulation , aucune expression blessante ne s'y trouve néanmoins. Honorablement débattus, librement arrêtés, ces actes n'indiquent nulle part qu'il y eût, à la charge des chrétiens, ni tribut, ni redevance, ni marque quelconque d'assujettissement politique. En les considérant comme des espèces de baux imposés par un maître à ses fermiers', on nous semble oublier les sentiments de dignité que les Francs de Terre sainte, malgré quelques défaillances, conservaient encore au milieu de leurs malheurs, et méconnaître les égards que les Sarrasins leur témoignaient toujours.

Le roi Hugues apprit avec déplaisir la trêve accordée à la ville de Saint- 1283. Jean d'Acre. 11 avait espéré que le sultan, informé des embarras où la ré- froide chypr* volte des Siciliens plaçait le roi Charles, et peu disposé à agrandir une s^T influence qu'il redoutait déjà^, favoriserait ses propres vues. Mais la crainte

une nouvelle tentative

* Voy. ci-dessus, p. 4 16. * Makrizi, HisL des sultans mameloacs,

* Voy. p. 4t 1. t. II, i** part. p. 63 et notes; M. Reinaud, ^ M. Reinaud, p. 54a. p. 547-

)283. d'attirer sur ses Etats les armes des princes d'Europe engagea Kélaoun à orcontre donner qu'on s'opposât à toute tentative du roi de Chypre contre la princi-

Saio l- Jean

d'AcM. paulé d'Acre.

Parti, sur ces entref^tes, avec ses trois fils, Jean , Boémond et Henri, pour tenter une nouvelle opération en Syrie, le roi Hugues, éloigné par le vent de la ville de Tyr, où il voulait aborder, fut repoussé vers le nord. Il débarqua dans le port de Beyrouth au commencement du mois d'août^. Suivant les écrivains chypriotes, il aurait eu alors à soutenir quelques combats désavantageux contre les Arabes; ce qui est douteux, car, peu de temps après, il prit la résolution de s'embarquer presque seul, et ne craignit pas de faire faire à ses hommes, dans le voisinage des musulmans, le trajet qui sépare Beyrouth de la ville de Tyr, où l'attendait son beau-frère ^. Le roi semblait compter encore en ce moment sur les bonnes dispositions ou, au moins, sur la neutralité du sultan. Mais, comme ses troupes traversaient un endroit difficile de cette partie montagneuse de la Syrie, que lés Arabes appellent le Sahel^, elles furent assaillies par les gens du pays et perdirent du monde et des bagages. Le roi de Chypre attribua cette mésaventure à la haine des Templiers de Sidon*.

L'esprit superstitieux du peuple ne manqua pas de remarquer des circonstances insignifiantes, qui semblèrent, depuis, avoir présagé de plus grands malheurs. Un étendard , aux armes de Lusignan , tomba dans la mer au moment où le vaisseau du roi abordait à Tyr. Quand le clergé de la ville, conformément à l'usage, vint, en procession, recevoir le prince sur le port, une croix se détacha de la hampe que portait un clerc et brisa la tête à un médecin Israélite, vis-à-vis de la tour des Juifs ^. Le roi n'en alla pas moins faire ses oraisons à l'église; il monta ensuite à cheval et se rendit à l'hôtel de Jean de Montfort, où il demeura.

Novembre 1283. p^u dc tcmps après, le 3 novembre, Boémond , son fils cadet , vint à mou- ]] perd son £i« nr, Lc 23 du même mois, Jean de Montfort, son beau-frère, périt subite-

et ton '■

beeu-frère. meut ^. Lcs mauvais augures commençaient à se réaliser. Jean, dont les

' Amadi, fol. i8o; FI. Bustron, fol. 192- entreprise particulière du roi Hugues contre

1 g3. le Sahel. ( Makriii , loc. cit)

* Cf.Makriïi,t.Il,i"part.p.63îM.Rei- * Sanudo.p. 229.

naud, p. 547. ^ Amadi» fol. 181 ;F1. Bastron, fol. 193.

^ Plusieurs chroniqueurs arabes parlent ® Amadi , fol. 1 8 1 ; FI. Bustron » fol. 1 9^ ;

de cette marche des Chypriotes comme d'une Sanudo , p. 229.

Page 1