LIVRE I, CHAPITRE XVII
chroniques d'outre-mer font un grand éloge» ne laissant pas de postérité de isss. sa femme, Marguerite d'Antioche-Lusignan, la seigneurie du Toron passa à son frère cadet, Humfroy P% qui jouissait déjà de la seigneurie de Beyrouth par sa fenuue, Echive d*Ibelin , héritière dTsabelle, restée sans enfants de ses quatre mariages ^ Humfroy de Montfort fit honmiage au roi pour la terre du Toron. Il reçut, en même temps, la possession conditionnelle de la ville de Tyr. Le roi, en dédonmiageant sans doute sa sœur, se réserva la faculté, jusqu'au mois de mai suivant, de racheter la ville des mains d'Humfroy, pour une somme de cent cinquante mille besants d'or, dits besants sarrasinois^. Le sort, qui semblait s'acharner contre la famille de Hugues III, rendit inutiles toutes ces dispositions.
Humfroy de Montfort mourut le la février 1284, laissant de sa femme 2e man issi. Echive un fils nonmié Rupin, qui finit, après la mort de sa tante, Mai^e- 11 meurt. rite de Lusignan, par réunir sur sa tête les seigneuries, alors titulaires, de Tyr, du Toron et de Beyrouth. Le roi Hugues, souQrant déjà depuis quelque temps quand la mort de son fils et de son beau-frère, qui avait été toujours pour lui un ami dévoué, vint frapper ses affections, fut emporté le 26 du mois de mars, à Tyr même, où il était retenu par la maladie'. Son père Henri, fils de Boémond IV, était mort fatalement le 18 juin 1276, devant la même ville, dans le naufrage d'un navire de l'ordre teutonique, qui le portait à Tripoli *.
Le prince Jean , successeur de Hugues III , ramena les trois cercueils en Chypre. Le roi fut inhumé dans l'église cathédrale de Sainte-Sophie ; Henri , son père , à l'église de l'Hôpital , où reposait déjà Hugues P'; et Boémond à l'église de Saint-François, des religieux mineurs^. Les rois de Chypre, outre la chapelle particulière qui se trouvait dans leur château , conmie dans toutes les habitations féodales, n'avaient pas encore, à ce qu'il semble, d'église proprement dite, dépendante de leur résidence. Le couvent de Saint-Dominique ne devint l'église royale de la famille de Lusignan qu'au xiv"* siècle. Au xiii*, Sainte-Sophie parait être la paroisse d'obligation plutôt que l'église habituelle des rois. Les membres de la famille royale choisissaient ordinairement
^ Voy. ci-dessus , p. 4 1 S , 449* * Coiitin, de GailL de Tyr, p. 47^ ; Sanudo ,
' Amadi, foi. 182; FI. Bustron, fol. igS. p. aa6; Jean dTpres, Chron. S, Berlin, ap.
^ Sanado, p. a 39. Amadi (fol. 182) et Martëne, TA«j. ajiec(2.t. IIJ,col.754; Amadi,
Florio Bustron (fol. vi, 194) marquent sa fol. 179.
mort au 24 mars. ^ Amadi, fol. 182.
474 HISTOIRE DE L IlE DE CHYPRE.
1284. d'avance le lieu de leur sépulture, suivant les préférences de leur affection et les inclinations de leur piété.
Nous avons interrogé les monuments de Nicosie avec une respectueuse curiosité, espérant y retrouver les restes de quelques-uns de ces princes illustres qui ont donné au nom de la France ce prestige de force et de générosité que nos temps ont si noblement maintenu et augmenté. Nous n*avons recueilli que regrets et déceptions. Saint-Dominique, le Saint-Denis de la maison de Lusignan, fut sacrifié au xvi* siècle, comme saint François et bien d'autres monuments compris dans Tensemble des démolitions opérées autour de la ville, pour diminuer et fortifier son enceinte. Le Turc a dévasté tout ce que les besoins de la défense militaire avaient épargné. Il est impossible de croire cependant que des recherches dirigées avec précaution et discernement , sous le pavé mutilé de la mosquée de Sainte-Sophie, n'amèneraient pas la découverte de quelques cercueils, profanés peut-être, mais précieux encore , des princes et des chevaliers qui furent inhumés dans l'ancienne cathédrale franque.