LIVRE I, CHAPITRE XVIII
• Dieu le maiotienne! Que tous les gens du rm de France et tous les Fran- Jsbiisc. < çais qui sont au château d'Acre puissent quitter ^ le château ; et qu'ils « soient sans crainte pour leurs biens et leurs personnes. Et que nul ne soit « si hardi de dire ou faire à aucun Français ni dommage ni injure, sous « peine de son corps et de son avoir '. »
En même temps, il faisait redoubler de surveillance autour de Tenceinte, ucUimii
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si bien que personne ne pouvait en sortir sans sa permission. Cette simple mesure devait forcer à la longue Poilechien à se soumettre, s'il ne voulait sacrifier inutilement ses troupes. Le roi, conseillé vraisemblablement par les grands maîtres, pensa cependant à un accommodement, qui penxdt une loyale transaction aux gens du roi Charles, en ôtant à la remise du château l'apparence d'une capitulation. Le 26 juin, il renouvela le ban, qui, sous la forme d'une autorisation, engageait les Français i ne pas rester davantage dans le château , recommandant aux habitants d'Acre de les traiter avec les plus grands égards^. Le lendemain 27, pendant que le héraut proclamait le ban dans la ville, le roi convoqua à son hôtel un grand nombre de prélats, avec les chevaliers de Jérusalem, qui s'étaient la plupart prononcés en sa faveur, et les frères des ordres militaires, dont les dispositions étaient également bienveillantes.
n chargea un de ses jurisconsultes, nommé Richard de Brindes, qui s'exprimait facilement en français, quoique Italien de naissance, d'exposer ses intentions à l'assemblée. L'orateur rappela les motifs de l'arrivée du roi en Terre sainte, l'enthousiasme du peuple à son débarquement, la seule et injuste opposition qu'il eût rencontrée dans la garnison, et la situation critique dans laquelle se trouvaient aujourd'hui les défenseurs du château, privés de toute communication avec le dehors. U ajouta que le roi Henri , par déférence pour le seigneur roi de France, son ami, bien qu'assuré que les ordres de ce prince ne pouvaient autoriser une résistance contraire à ses droits, ne voulait pas considérer les chevaliers d'Eudes Poilechien comme ses ennemis, parce qu'ils étaient presque tous Français. Il avait, bien loin de là , publié des bans qui garantissaient de tout danger leurs biens et leurs
^ ■Priftcent. • (Expédition originale aui ' Archives de Tempire^J. 433, n* 6; il<-
Archives de Tempire. J. 433, Gh^re n** 6.) sises, t. II, p. 357.
Dans le ban du 36 juin: «s'en ysaisseni.» ' Ce second ban Tôt publié seulement
(J. 456, n" 27. Hist. de Chypre, t. III, Me 26 et le 27 juin. (HisLde Chypre, t. III.
Jota 1286.
S9 juin 1 280.
personnes. Il était prêt à faire plus encore, afin de rentrer paisiblement en possession de la ville entière de Saint-Jean d^Acre. Il offrait, si les portes du château lui étaient ouvertes, d'envoyer des députés en France en même temps que la noble assemblée, pour informer le roi Philippe de tout ce qui s'était passé et attendre son avis. Si le roi approuvait la conduite de la garnison, s'il décidait que le château dût être remis à sa garde, le roi Henri s'engageait solennellement à le lui rendre. 11 priait les prélats et les seigneurs réunis devant lui d'être garants de sa promesse, et demandait que les principaux d'entre eux voulussent bien apposer leur sceau à la charte qu'il avait fait rédiger séance tenante pour constater ses ofiBres^
La proposition fut immédiatement transmise au sénéchal Eudes Poilechien, qui l'agréa, et le lendemain, cinquième jour de l'arrivée des Chypriotes à Ptolémaïs ^, le château fut livré au roi Henri et devint sa résidence. Assuré de la possession et de l'obéissance de la ville, le roi put penser alors à compléter par le sacre son investiture royale.
15 août 12SG.
Henri est couronna
roi de J^rasâlem.
Le i5 août, jour de la fête de l'Assomption, il reçut la couronne de Jérusalem à Tyr, de la main de frère Bonacours de Gloire, religieux dominicain, né en Syrie, devenu atchevêque de Tyr, et vicaire du patriarche de Jérusalem'. 11 revint ensuite avec la cour à Saint -Jean d'Acre, où des réjouissances publiques se succédèrent pendant quinze jours. Le grand commandeur de l'Hôpital, régent intérimaire en Tabsence de Nicolas de Lorgue, passé en Occident depuis la prise de Margat, prêta un des palais de l'ordre, appelé YAuberge ou le Manoir^^ dans lequel se trouvait une vaste ssdle, que l'on disposa en forme de théâtre pour la représentation des histoires de la Table ronde et des romans d'aventure. On vit paraître tour à tour sur la scène, Lancelot, Tristan , Palamèdes et les héros de l'antiquité, auxquels le moyen âge prêtait le langage et les sentiments de la chevalerie. De jeunes seigneurs, vêtus d'habits élégants, remplirent les rôles de fenmie. On remarqua surtout la cour de la princesse Féménie, reine incertaine du pays des Amazones, dont la légende parait avoir emprunté quelques traits à l'histoire merveilleuse de Sémiramis. Dans la ville eurent lieu des cavalcades, des joutes et de brillants tournois. Tout ce qu'on avait fait lors du mariage de
* La pièce originale , munie de neuf sceaux, existe aux Archives de l'empire. (Hist de Chypre, t. II, p. 67 1 .)
^ Amadi , fol. 1 83 ; Sanudo , p. 339.
' Amadi, fol. iSà\ Sanudo, p. 329; cf. Contin, de GailL de Tyr, p. 462 , 478.
* Cf. Amadi, fol. igS; Hist. de Chypre, t. II, p. 67, 91.