‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 252 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVIII

Frédéric et dlsabelle de Brienne fut dépassé. Les plus vieux habitants ne se Aoét isse. souvenaient pas d avoir vu tant de belles fêtes, et les «chroniques du pays rapportent que, depuis plus d'un siècle, il n'y en avait pas eu de semblables daos tout le royaume des Francs ^ Ces bruits et ces joies d'un moment ne pouvaient cacher aux gens clairvoyants l'abandon et Tépuisement irrémédiables du pays. Leur honneur sera de n'en avoir pas désespéré, au milieu d^insurmontables difficultés.

Le roi de Chypre n'avait pas hésité à venir, au premier jour favorable, i28c. réclamer la couronne de Jérusalem. Ainsi l'exigeaient sa dignité et son de- u Em

voir de prince chrétien. Le titre de roi de la cite sainte, où s'était accompli en Chypre le mystère de la rédemption du monde, était bien la part la plus glorieuse de 'aurâ ^ " son héritage. Mais, à considérer le côté purement humain des choses, on ne ««x

■ . , . , . . •flaires de Syrie.

pouvait méconnaître que les deux pays soumis à son sceptre commençaient à avoir une destinée différente , et qu'il était de son intérêt de les bien distinguer. Le royaume de Jérusdem n'était plus qu'un nom, et n'apportait que des charges, avec des soucis, au souverain. Les revenus des ports et des territoires dépendants de Saint-Jean d'Acre compensaient à peine les frais nécessités pour le gouvernement et la garde de l'Etat. Seuls ils n'auraient pu suffire à organiser la moindre guerre offensive. Le roi Henri, lorsqu'il insistait noblement pour se faire ouvrir les portes du château royal , et lorsque , peu après, il se fit sacrer à Tyr, défendait le principe de la royauté, mais il avait déjà fait en lui-même le sacrifice du royaume de Palestine. Depuis son couronnement, ses envois de troupes ou de vivres en Syrie ne furent que l'accomplissement d'une dette d'honneur et de piété. Devant l'indifférence des princes d'Europe, aucune pensée d'avenir ne pouvait se rattacher à ces derniers efforts. N'ayant pas l'intention de fixer sa résidence en Syrie, il remit les pouvoirs de régent de Jérusalem à son oncle Philippe d'Ibelin ^, et revint habiter File de Chypre, où était sa véritable royauté'.

Il n'avait cependant/l'autres ennemis à craindre, sur le continent, que les Sarrasins. Les chrétiens du pays. Francs ou Poulains, acceptaient son auto-

* Amadi, fol. i8d; FI. Bustron, fol. igS. quand le roi Henri se rendit à Saint-Jean (Yoy. Hist, de Chypre, t. II, p. i33.) d*Acre, et, au mois de janvier i a 85, le roi

* Sanudo, p. 239. Suivant Amadi (fol. fondait un service de Requiem à Sainte-Soi83, i84) et Florio Bustron (fol. 195), le phiede Nicosie, pour le repos de son âme. roi aurait remis la lientenance à son oncle ( Hist. de Chypre, t. III , p. 669.) Baudouin, connétable de Chypre et frère ^ Au mois de novembre 1986. (Sanudo, aîné de Philippe. Mais Baudouin était mort p. 229.)

rite , qu'ils auraient au besoin défendue par les armes. Le roi de France ne parait pas avoir blâmé la déférence d'Eudes Poilechien. Robert d'Artois, régent de Naples, n'aurait osé entreprendre une eicpédition contre Saint-Jean d'Acre, tandis que le roi Charles II se trouvait encore au pouvoir des Àragonais. Mais les pit>jets de Kélaoun étaient une menace perpétuelle pour le royaume de Terre sainte. Donnant ou retirant la paix à son gré, le sultan cherchait à épuiser les Francs par des attaques successives, pour que ta conquête de Saint-Jean d'Acre, son dernier triomphe, ne lui coûtât pas trop d'eiTorts. Déjà le Saphed et Margat avaient succombé. Les principautés d'Antioche et de JafTa n'existaient plus. Le comté de Tripoli et la seigneurie do Beyrouth ne pouvaient avoir de longues années de repos.

RéUovn

sVmparo

tic Laôdicco.

Laodicée, seconde ville du comté de Tripoli, que le commerce avait enrichie ^ attirait depuis longtemps lattention du sultan. L'insuiBsance de sa marine empêchait seule Kélaoun de tenter cette conquête, parce qu'une grande tour, située au milieu de la mer, prot^eait toute la ville. Un tremblement de terre ayant ouvert ce donjon maritime et renversé une partie des remparts voisins, le sultan parvint à s'emparer de la place (1287} et Ja fit complètement démanteler. Son biographe avoue sans détour qu'il n'aurait pas attendu autant à attaquer Laodicée, s'il n'avait craint d'échouer dans un siège du côté de la mer ^. Tripoli ne tarda pas à tomber à son tour, et les chrétiens de la ville pui^nt s'accuser d'avoir contribué à leur malheur par leurs divisions.

Troubles

à Tripoli

a rexiinction

tlfl

la famille

tirs Bo^mond.

Boémond Vil étant mort' sans laisser de postérité de Mai^erite de Beaumont, sa fenune, un conflit s'était élevé au sujet de la possession du comté, entre Sibylle d'Arménie, sa mère, et Lucie ou Lucienne, sa sœur, fenune de Narjot de Toucy, grand amiral de Sicile \ D'après la coutume des principautés d'Antioche et de Tripoli, conforme presque en tout point aux Assises de Jérusalem, Lucienne était l'héritière légitime^de son frère. Quand le fief appartenait à la ligne paternelle, la mère ne pouvait prétendre à Théritage de son fils, qu'au cas du'défaut absolu d'héritiers directs ou collatéraux

* M. Reinaud» p. 5 60.

^ Idan, p. 56 1 . Makrizi impute cependant des griefs, peut-être réels, au comte de Tripoli contre Kélaoun , dans Tliistoire des sultans mameloucs.

^ Le 19 octobre 1287, suivant Sanudo ( p. 2 s 9 ); le 3 8 du même mois , d après Amadi (fol. i84).

* Cf. Sanudo, p« 229; Amadi, fol. i84; Lignages ê^ outre-mer. Assises, t. Il , p. hky.

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