‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 253 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE XVIII. USS · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE XVIII. USS

de Tenfant. Mais les habitants de Tripoli préféraient le gouvernement et la i287-i28o. personne de Sibylle, qu'ils connaissaient et qui était auprès d'eux, à une femme devenue presque étrangère au pays. Ils se constituèrent en commune , à la manière italienne ^ en admettant probablement dans leur association les nobles et les bourgeois. Us refusèrent d'obéir à* Bertrand de Gibelet, représentant de Lucienne, et firent hommage de fidélité à Sibylle, en obtenant d'elle la promesse ^e leur organisation municipale serait respectée ^. Cet effort des Tripolitains vers un gouvernement particulier établi en dehors de la puissance féodale était trop contraire à l'esprit général des institutions chrétiennes d'outre-mer pour avoir un résultat durable. A part la création de la commune d'Acre, formée en i23a contre les Impériaux, des faits semblables ont été extrêmement rares dans les Etats francs d'Orient. Le mouvement de Tripoli fut, d'ailleurs, de courte durée, et ne servit peut-être qu'à hâter Tattaque de Kélaoun, qui espéra surprendre la ville dans ses hésitations.

La princesse Lucienne vint à Saint-Jean d'Acre l'année suivante; elle con- isso. duisit elle-même des secours aux habitants de Tripoli, que le sultan assié- K^iaoun geait; l'association abdiqua aussitôt le pouvoir en ses mains, et accepta sa * de Tripoli. direction pour la défense commune. Malheureusement un temps précieux avait été perdu , et l'ennemi entourait la ville avec des forces supérieures. Les renforts de Lucienne, ni les vaisseaux venus de Chypre portant des troupes commandées par le frère du roi ^, ne purent éloigner l'armée égyptienne. Les chevaliers du pays, les Européens des colonies marchandes, les ordres militaires, tous résolument, mais tardivement unis devant le danger, firent d'inutiles efforts. Après trente-quatre jours de siège, durant, lesquels le sultan employa sans relâche dix-neuf machines et quinze cents honmies de son armée à creuser des mines ou à lancer le feu grégeois, la ville fut emportée d'assaut, le mardi 26 avril 1 289 , et ses murailles détruites peu après ^.

La Tripoli moderne n'occupe qu'une partie de l'ancienne ville des croisés. Dans les quartiers abandonnés aujourd'hui, se trouvaient beaucoup d'émises,

^ Amadi, fol. iSh, (Jacques Doria, continuateur de Cafiaro^

* Sauudcp. 329. AnnoL genuenses, ann. 1389; ap. Muratori,

^ MaLrizi, Hist. des salions oHuneloucs, Script. itoL t. VI, col. 695.)

t. II, i"* part p. 103; M. ReinaudiGAron. or. * Jacques Doria, loc, eit col. 596; Sa-

p. 563. Ce frère du roi de Chypre était vrai- nudo , p. 33o; M. Reinaud, p. 56 1 ; Mansi ,

semblablement Amaury de Lusigoan, prince not. chronol. k Rinaldi, Ann. eccles. 1389,

dcTyr, plus tard balle de Saint-Jean d'Acre. S 66.

liSk

de nombreux monastères, et la plupart des métiers à tisser la soie et la laine, qui faisaient déjà la richesse de Tripoli à Tépoque où Raymond de Toulouse en avait formé le siégea Durant Tattaque de Kélaoun, un grand nombre d'habitants avaient demandé à s'éloigner, et s'étaient fait transporter dans * File de Chypre par Tamiral génois, Benoit Zacharia^. A la suite de la victoire des musulmans, les villes et les châteaux du voisinage firent leur soumission , et il ne resta plus rien de l'ancienne principauté des Boémond , que la place de Giblet ou Byblos. Le seigneur du lieu , soupçonné d'avoir de criminelles relations avec les infidèles, obtint la faveur de conserver ses domaines en payant un cens annuel au sultan '. Mai^erite de Beaumont, après la mort de Boémond VII, s'était retirée en France auprès de Marguerite de Bourgogne, veuve de Charles d'Anjou. Elle survécut à son amie, et mourut longtemps après à Tonnerre, dans le courant de l'année i328 ^

Lr roi de Chypre

renouvelle

les trêves

poar dix «os

avec

le sultan.

Le roi Henri , étant venu à Saint Jean d'Acre , après la perte de Tripoli ^, Kélaoun lui envoya des ambassadeurs pour se plaindre des secours accordés aux habitants d'une ville qui , disait-il , s'était toujours fait remarquer par son animosité contre les musulmans et sa répugnance à observer les traités. Les mêmes griefs furent imputés aux ordres du Temple et de l'Hôpital. Mais le roi et les grands maîtres répondirent qu'ils avaient fidèlement respecté la trêve dans l'intérieur des limites du royaume de Jérusalem, auxquelles s'étendaient les derniers traités, et qu'ils avaient par conséquent la faculté d'assister les chrétiens du comté de Tripoli , s'ils étaient attaqués ^ Le roi de Chypre envoya à son tour une ambassade à Damas, et parvint à obtenir du sultan un nouvel accord, aussi illusoire, il est vrai, que les précédents, bien qu'on fixât toujours sacramentellement sa durée à dix ans, dix mois, dix jours et dix heures ''.

* Makrizi , t. II , l '^ part. p. i o3 ; Sanudo , p. 1 65 ; M. Reinaud , p. 562.

' Jacques Doria, loc. cit. M. Reinaud, p. 56a , notes.

' Yoy. Makrizi , trad. Quatremère , t. II , i'* part. p. io3, M. Reinaud (p. 563) et ie récit de la prise d'Acre , publié par Martène. {ÂtnpUss. colL t. V, coi. 749.) Ce seigneur parait être le même que Guy de Gibeiet, qui avait déjà cherché , en 1 38 1 , de concert avec le Temple, à 8*emparer de Tripoli. (Voy. Hist de Chypre, t. III, p. 662.)

* Art de vérifier les daUs, chap. des princes d*Ântioche.

' Le 24 avril 1288, suivant Amadi (fol. i85) , mais nécessairement en 1 289 , Tripoli n*ayant été prise que cette année.

* Amadi, fol. i85.

^ Sanudo, p. 23o; Dandolo, ap. Murât, t. XII, col. 462, AddiL Makrizi, HisL drs mamel. t. II , p. 1 02 ; Amadi , fol. 1 85. VExeidium Acconis porte que les trêves furent conclues pour deux ans. (Martëne, AmpUss, coU. t. V, col. 759.)

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