‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 254 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVIH · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVIH

Quelque temps après ^ Henri II donna la lieutenance du royaume de i289. Jérusalem, avec le titre de baile, à son frère Amaury de Lusignan , prince de Tyr, déjà connétable du royaume de Chypre, et revint à Nicosie. Un des oncles maternels du roi avait été investi de la même charge environ deux ans auparavant^. On a pu remarquer d^assez fréquentes nominations faites au même intervalle', et peut-être le bailliage de Jérusalem était-il devenu biennal depuis Tépoque où les rois de la famille de Lusignan le déléguaient comme leur lieutenance en Syrie.

Si le découragement ou Timpuissance éloignaient les rois de Chypre de ce subsides pays, TEurope ne paraissait pas plus disposée à lui envoyer des défenseurs. envoya

pur

La fin du royaume de Jérusalem devenait de plus en plus inuninente. Jean u s«intsiëge. de Grailly, capitaine des compagnies françaises de Saint- Jean d'Acre, chargé par le roi Henri d*aller exposer la détresse du pays en Occident, n'avait trouvé chez les princes chrétiens que d'insuffisantes sympathies^. Le Saint- Siège donna la plus efiTective assistance. Nicolas IV fit prêcher la croisade et distribua des subsides afin d'activer les enrôlements. Il affecta une partie des collectes à l'armement d'un corps de fantassins et de plusieurs galères de guerre , qu'il fit noliser à Venise. La République , mécontente déjà de Kélaoun , qui, peu de temps après, accorda un traité favorable aux Génois^, ajouta spontanément quelques navires à ceux du pape , et plaça la flotte sous le conmiandement de Jacques Tiépolo, dit le Scopoulo, chef habile, fils du doge Laurent Tiépolo et de la fille du ban de Servie ^. Le pape ne se bornait pas à stimuler le zèle des seigneurs d'Europe. Les élevés, les conseils, les promesses, il employait tout pour soutenir les forces morales des chrétiens d'outre-mer. Il conjurait le roi de Chypre de ne pas renoncer à la défense de « cette unique et précieuse parcelle de la Terre sainte » restée encore en ses mains, comme un gage assuré d'un futur triomphe''. L'histoire atteste, on aime à le répéter, que les courages ne faiblirent pas chez

' Enaoûtouseptembre. (Ainadi,foi.i85; * Cf. Sanudo, p. a3o; Amadi, fol. i8ô;

Sanudo, p. 280.) Dandolo, Contin, col. 4o3, notes; Excidium

* Voy. ci-dessus, p. 48i. Acconis, ap. Martène, ÂmpL coU. t. V, col. ' Voy. ci-dessus, p. 338, notes. 760.

* Sanudo, p. 280; Jean d*Ypres,ap. Mar- ^ Lettre du i*' octobre 1288. (Rinaldi, tène, Thes.anecd. t. III, col. 770. Lettres de t. XXIII , p. 43.) Le recueil de La Porte du Nicolas rV au patriarche et au roi de Chypre. Theil ( Bibl. imp. R. L. n** 47) renferme de (Rinaldi, 1289, S 69; 1290, SS 7, 8.) nombreuses lettres de Nicolas IV, relatives

^ En 1 2 90.^ M. de Sacy , Notices et extraits aux prédications de la croisade et à la défense des mon, t. XI , p. 33.) de Saint- Jean d'Acre.

1380. les derniers défenseurs du royaume de Jérusalem, mais la confiance et Tespoir semblaient à jamais éteints. La paix n'avait plus de sécurité. On pressentait qu'au moindre iilcident le sultan d'Egypte allait tourner tontes ses forces contre Saint-Jean d'Acre. On voyait s'approcher inévitablement le moment de la suprême attaque. Et c'est au moins un noble exemple de fermeté que donnèrent les habitants de cette ville , oubliée de l'Europe presqae entière, en demeurant courageusement dans ses murs devant un ennemi dont ils savaient ne pouvoir triompher sans de miraculeux secours.

L«»iii>gisirau En présence de dangers tous les jours plus certains, le prince de Tyr, s'efforeMit AmAury de Lusignan, le nouveau patriarche de Jérusalem, Nicolas de Ha-

(la faîra observer

i« napes^, les chefs d'ordre, la population entière, sentant instinctivement les

traita de paix. .i«. •,«••'•,# .

périls de la situation , s efforçaient d exécuter rigoureusement la trêve conclue avec les Sarrasins^. L'année précédente, après le siège de Tripoli, Benoit Zacharia ayant voulu continuer les hostilités, nonobstant le traité du roi de Chypre, les officiers d'Acre avaient refusé l'entrée du port à ses vaisseaux^. Convaincus que la paix seule pouvait sauver la ville, au moins pour un temps, ils évitaient avec soin tout ce qui aurait donné au sultan un prétexte quelconque de se plaindre. Kélaonn, de son côté, décidé à rompre les armistices quand il lui conviendrait, si la prudence excessive des chefs chrétiens lui faisait trop longtemps Attendre l'occasion, préparait, sans se hâter, ses moyens pour une prochaine campagne, tant en Syrie, où ses forces étaient sur un bon pied, qu'en Egypte, où il était revenu^.

1290. Malheureusement l'indiscipline des Occidentaux fournit trop tôt au sultan

Un ineideat, Toccasiou d'uue rupture, en apparence au moins, légitime. Quelques-uns des

par lea croisa, cToisés dont la soldc était arriérée^, ayant rencontré dans la campagne de

■mine

la niptaro. SaintJeau d'Acre des paysans arabes portant des vivres au marché de la ville, coururent sur eux et firent plusieurs victimes. Atteints dB cette espèce de fascination sanguinaire qui s'emparait des nouveaux débarqués à la vue

* Le patriarche de Jërusaiem , Nicolas de font également foi des disporittons pacîfi<[ues Hanapes, était, en même temps, comme la des magistrats et des habitants d*Acre. plupart de ses prédécesseurs, légat aposto- (M. Reinaud.p. 568.)

lique pour la Syrie, Chjpre et TArménie. ' M. Reinaud, p. 669.

(Rinaldi^ 1388, S 4i; lettres du 3o avril et * Makrizî, t. II, impart. Amadi, fol 186.

27 août 1388; Hist, Utt, de France, t. XX.) ' Cronica ài Giovanni Viilani, lîb. VII,

* Amadi, fol. i85etsuiv. Excidinm Acco- cap. r.xLV. t. II, p. 354- FTbrence, i8s3, nisf col. 760-763. Les témoignages arabes in-8''.

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