‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 255 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE XVIII

des infidèles, les soldats ne bornèrent pas là leurs exploits. Ils parcoururent bruyamment les rues de la ville. Parvenus près du Change, ils envahirent un des bazars que les Francs nommaient Foikde ou Fondouk^, et y massacrèrent plusieurs marchands des pays sarrasins. Quelques chevaliers, appartenant aux maisons militaires, accourus au bruit du tumulte, ne purent soustraire d'autres musulmans qui se trouvaient dans l'entrepôt à. la fureur des assaillants qu'en les prenant sous leur protection , et les conduisant au château royal ^.

Le r^nt ent beau représenter au sultan que ces agressions insensées étaient le fait d'hommes isolés > appartenant tous à la croisade, » sur lesquels ni lui ni les autres magistrats de Saint-Jean d'Acre n'avaient autorité ^. Il se porta en vain garant de la ferme volonté du roi et de tous les habitants d'Acre d'observer les conditions de la paix. Un grand divan fut tenu au Caire « pour décider si les derniers faits survenus à Saint- Jean d'Acre autorisaient la dénonciation du traité, et, comme le sultan ne dissimula pas son désir d'en finir avec les chrétiens^, l'assemblée se prononça pour la guerre. Des troupes furent peu après réunies au bas du Carmel et conmiencèrent à ravager la plaine^.

La mort de Kélaoun , survenue à la fin du mois d'octobre ^, quand les équipées du prince, déjà hors du Caire, étaient prêts à passer le désert « ne retarda l'ouverture du siège que d'une saison. Les habitants d'Acre profitèrent de ce répit inattendu pour envoyer une ambassade à son fils, Malec- Àschraf-KhaliP. Toute proposition d'acconunodement fut rejetée par le nouveau sultan, impatient de marcher sur les traces de son père et d'illustrer son règne, en délivrant la Syrie de la présence des infidèles. Par ses ordres, les volontaires et les garnisons disponibles de toutes les provinces furent dirigées vers la campagne de Saint- Jean d'Acre, avec d'immenses approvisionnements de bois destinés à la construction des machines et des clôtures. Luimême, suivi de son harem, qui alla s'établir à Damas, arriva devant Pto-

5 ATril 1201 .

Maloc-Atclirii I

inveslil

Sainl-Jraii

d'Acre.

^ Sanudo, p. a3o; Âmadi, foi. i86. Ces entrepôts, appelés aussi khans, participent à ia fois des bazars et des hôtelleries.

' Sanudo et Amadi , loc. ciL Jean d* Yprcs , ap. Mart. Tku.anecd. t. III, ool. 770. L*incident qui amena cette dernière rupture avec les musulmans est très-diversement raconté par les écrivains du temps.

' Sanudo et Amadi , ibid,

^ Les aveux arabes sont curieux à lire à cet égard. (M. Reinaud, p. 568.)

^ Makrizi , t. II , 1 '* part. p. 1 09 ; Excidiwn Acconis, col. 766, 767.

* Octobre 1 290. (Makrixi , tr. t. II , 1 '*pari. p. 1 10.)

^ Makrizi, t. II, impart, p. 120.

lénxaïs, le jeudi. 5 avril'. Six jours après, les machines, complètement montées, conmiencèrent à battre les remparts de la ville.

Foires

respectives

des

Arabes

et

des chrétiens.

On estime que Fensemble des troupes musulmanes rassemblées pour le siège de la capitale des chrétiens s'élevait à soixante mille chevaux et à cent soixante mille hommes de pied^.

Chez les Francs , les forces étaient infiniment moindres. On ne peut les évaluer à beaucoup plus de vingt ou vingt-<^inq mille hommes, parmi lesquds deux ou trois mille chevaliers environ, peut-être autant de cavaliers divers, écuyers, sergents ou turcoples, et à peu près dix-huit mille piétons'. Dans ces nombres étaient compris tous les barons d'outre-mer et leur service, les hommes valides venus de Tripoli et des autres villes prises récenmient par les Arabes, les conmiunes, les maisons militaires, enfin les croisés arrivés depuis la proclamation de la guerre et les soldats tenant garnison à Saint-Jean d'Acre, aux frais des rois de France et d'Angleterre, tous Occidentaux désignés sous le nom habituel de gens de la croisade.

Disposition

cl isolement

des coips

chaivos

de la défense.

La défense de la place se trouvait partagée entre quatre divisions ou gardes principales. Les Templiers et les Hospitaliers, renforcés des chevaliers de rÉpée et du Saint-Esprit, qu'on voit pour la première fois figurer dans les événements, s'étaient chargés de veiller à toute la partie septentrionale des remparts, depuis la mer jusqu'à une haute tour carrée, située à peu près au centre des fortifications, vers la plaine, et nonmiée la tour Maudite. De ce point à la mer, vers le midi et le Carmel , sur les tours et les ouvrages de Saint-Nicolas, du Pont et du Légat, se trouvaient Jean de Grailly et Eudes de Granson , qui avaient avec eux les conmiunes et tous les croisés^.

Le prince de Tyr, portant toujours le titre de baile du royaume de Jérusalem, mais exerçant en réalité une si faible autorité, qu'aucune des chroniques européennes ne l'a mentionné, n'avait pas quitté la ville ^. Il y résidait,

^ Le jeudi , troisième jour de rébi second , en 690. ( Makrizi , t. II , i '* part. p. 1 25 ; Sanudo ,p. 23o ; Jean d'Ypres , col. 770 ; Amadi , fol. 187.) Lettre de Jean de Yilliers, grand maître du Temple , au prieur de Saint-Gilles , écrite de Chypre au mois de mai lagi . publiée par M. V. Le Clerc. ( Hist, Utt. de France, t. XX , p. 9^.)

* Sanudo, p, 33o. h'Eaxidian Âcetnds donne le chifire fabuleux de quatre cent mille bommes. (Col. 767, 769.)

' L'évaluation est très-approximative. ( Villani , lib. VU , cap. gxlv, t. II , p. 35d ; Excidium, ool. 765; Amadi, fol. 187 et suiv.)

* Excidium Àcconis, coi. '] ^6, » Amadi, fol. 188.

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