‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 257 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVIII

dorant les quarante-trob jours que dura le sî^e, ud grand dévouement les nos pour les autres , une iofatigable persévérance , un généreux mépris de la mort. Les Arabes ont rendu justice à leur intrépidité et à leur constance'. Ud seul homme, venu tardivement à Saint-Jean d'Acre et r^arti trop tôt, manqna pent-étre k ses devoirs de chef, de croisé et de roi, et cet homme, ce prince , est cdoi précisément dont le bon rdigieux basilien , par on motif inexplicable, entreprit, en Europe, l'impossible apologie.

An bout d'un mois, les progrès de l'attaque devant Saint-Jean d'Acre ' étaient devenus très-sensibles. Les vivres , r^ulièrement apportés du dehors , ne manquaient point; mais l'espoir du succès, que l'énergie de la défense avait donné d'abord, s'était ailâibli. On avait déjà fait passer en Chypre une

1201. était au 4 mai, et le siège durait depuis trente jours ^ Le roi, accompagné de l'archevêque de Nicosie, Jean, amenait une nombreuse flottille portant des vivres et quelques renforts : environ deux cents hommes à cheval avec cinq cents piétons ^. Un dernier espoir de sauver la ville ou de gagner du temps rengagea à demander au sultan un accord devenu bien difficile '. L'abandon immédiat de toute la Syrie aurait pu seul décider les musulmans, dont la confiance et le nombre augmentaient sans cesse, à suspendre les hostilités.

La garde de la tour royale était partagée , avant l'arrivée du roi Henri , entre les barons d'outre-mer et les chevaliers teutoniques, qui alternaient jour et nuit dans le service ^. Rien ne fut changé à ces dispositions lors de l'arrivée du prince. Mais le débarquement des renforts, que pouvaient suivre d'autres contingents, semble avoir déterminé Khalil à attaquer la tour avec un redoublement de vigueur. Un assaut soutenu fut livré le mardi i5 mai, au moment où les troupes du roi étaient relevées par le grand maître des Allemands. Des complications, occasionnées par la mésintelligence de quelques ofliciers, amenèrent un tel désordre dans les mouvements des chrétiens, que les Arabes auraient enlevé , ce jour-là même, la tour et peut-être la ville entière, si des secours, arrivés promptement des courtines voisines, n'eussent, à la faveur d'une nuit obscure , repoussé les assaillants ^.

15 mai 1291. Blessé peut-étte des prétentions du. grand maitre, épouvanté plus proiiMNiiro bablement de l'aspect d'une mêlée, spectacle tout nouveau pour lui, le roi Henri , désespérant d'ailleurs de la ville et de la Palestine , au lieu de reprendre son commandement au lever du jour, conmie il le devait ^, s'embarqua la nuit même sur sa flotte et entraîna, dit-on , plus de trois mille chevaliers chypriotes ou étrangers dévoués à sa cause ''. « Plût à Dieu qu'un oura- « gan eût alors soulevé les flots et précipité tous ces lâches comme du plomb « au fond de la mer^ I > Ainsi parle l'auteur d'une relation anonyme de la prise d'Acre, qui parait être un clerc de France , écrivant loin du théâtre de l'ac-

' Sanudo, p. 23 1; Amadi, fol. i88; cf. ' «Non solum cum suis, sedcum tribus

ExcidiwnAcconis,Bp,}AartknetAmpliss,coll.m tfere millibus aliorum nobilium se geren-

t. V, col. 765 , 770. < tium propter eamdem discordiam discedén-

' Sanudo etÂmadi, loc, cit. ctium per mare turpiter discessivit» (Exci-

' Amadi, fol. 1 88. dium, col. 770.) Le roi de Chypre resta donc

^ Cf. Excidium Âcconis, col. 765 et 766. à Saint- Jean d*Acre du ii au i5 mai, et non

' Ibid. col. 770; 6. de Nangis, t. 1, trob jours seulement, comme dit Aooulma-

p. 277. hassen. (M. Reinaud, p. 670.)

* £«ci(2ittiii ilcconû^ col. 770. * Excidium Âceonis, col, tjo.

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