LIVRE I, CHAPITRE XVIII
lion'', sur le rapport confus de croisés revenus en Occident, et jugeant imparfaitement de dangers qu'il n'avait pas connus ^
15 mai 1291,
Cette vive apostrophe témoigne cependant des rancunes dédaigneuses que les Occidentaux rapportèrent dans leur pays contre le roi de Chypre. En Orient , la conduite du roi Henri I^ fut appréciée moins sévèrement. Le grand maitre des Hospitaliers, dans une lettre adressée de File de Chypre au prieur de Sain tailles, en Languedoc, peu de temps après l'évacuation d'Acre, n'élève pas un mot de plainte contre le roi^. Les chroniqueurs le mieux renseignés dissimulent sa fuite ', ou* la considèrent comme le premier mouvement d'une retraite devenue inévitable et nécessaire^. On a vu l'exagération bienveillante à laquelle se laissa aller, en sa faveur, le religieux grec qui 6t le récit de la prise de Saint-Jean d'Acre devant la cour pontificale.
L'intérêt compatissant qui s'est attaché à la personne du roi Henri, surtout en Orient, tient, croyons-nous, à une raison restée cachée, qui se pressent plus qu'elle ne peut se prouver dans l'histoire, car elle n'est nulle part nettement articulée.
Le second fils du roi Hugues III parait avoir été de bonne heure sujet aux atteintes intermittentes d'un mal terrible, qui semble avoir les caractères de l'épilepsie. Cette infirmité déplorable, qu'on ne put toujours dissimuler, amena les scènes violentes qui éclatèrent, quelques années plus tard, dans le sein de la famille royale de Nicosie, pour donner un successeur au roi Henri, de son vivant même. La constitution générale de l'homme était, chez Henri H, languissante et chétive^. On affirme qu'il ne pouvait être pète^. Pour un prince doué, d'ailleurs, d'intelligence et de volonté, mais ainsi maladif et impropre aux armes, un séjour de quelque temps dans la ville
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du roi de Chypre.
* Il va jusqu^à direquelque part (coi. 781), en se contredisant d'ailleurs de la manière la plus formelle , qu*Eudes de Granson et Jean de Grailly, fuyant honteusement devant les Sarrasins , n'eurent pas à quitter le combat , car ils n'avaient pas combattu. Plus loin , il accuse de trahison et de lâcheté le grand maître du Temple , qui i^t blessé mortellement en défendant la porte Saint-Antoine.
' Lettre citée , Hist Un, de France, t. XX ,
' Villani , écrivant sur les rapports directs d'Italiens venus d'outre-mer, et Ptoléméc de Lucques, très-sommaire à la vérité.
* Sanudo , Jean d'Ypres et l'auteur inconnu que suit Amadi , écrivent dans ce sentiment. Guillaume de Nangis est un écho des plaintes et des accusations désordonnées de l'auteur de YExcidium Âcconis,qui rédigea sa relation sans avoir quitté la France.
' L'ambassadeur d'Aragon écrivait de lui : tEs senyor de fort flaca persona. » [Hut, de Chypre, t. III , p. 704.)
** Le fait est formellement déclaré par le roi d'Aragon , à propos du second mariage de sa sœur, Constance de Sicile, veuve du roi Henri , dans une lettre que nous avons publiée. (Hist. de Chypre, t. III, p. 718.)
15 mai 1391. assiégéc était déjà nn effort qui aurait justifié et qui explique peut-être les ménagements qu'on eut pour lui en Orient.
18 mai 1291. Quaud le roi de Chypre se retira de Saint Jean d'Acre, la tour ronde, at- PriM taquée dans ses fondements, était déjà fendue, d'un côté, jusqu'aux cré-
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d'Acre. neaux ^, Les chrétiens avaient élevé un mur de bois en arrière de la plateforme, pour servir de seconde ligne de défense et fermer l'accès du rempart ' Tous ces obstacles devinrent inutiles et ne purent arrêter l'impétuosité des Sarrasins.
Le vendredi i8 mai \ Khalil-Aschraf ordonna une attaque générale autour de la ville, d'une rive à l'autre, et fit monter à l'assaut par toutes les brèches praticables. L'enthousiasme était au comble dans les rangs musulmans. On vit, dit-on, des faquirs, impatients de hâter le triomphe qui allait venger la longue humiliation de l'islam , se jeter dans les fossés, au milieu des sacs de terre, et faire de leur corps un passage aux colonnes assiégeantes ^. Pour exciter encore l'ardeur de ses troupes , le sultan avait fait placer sur des chameaux trois cents tambours \ dont le son , dominant le bruit des cymbales et des trompettes , retentissait d'un bout à l'autre de son armée.
La barbacane du roi Hugues et la tour du roi Henri tombèrent les pre> mières au pouvoir des Arabes ^. Ces ouvrages occupés, de nouveaux corps se dirigèrent vers la tour Maudite, qu'elles réduisirent, et coururent élargir les brèches et les issues du rempart. En même temps, a l'extrémité méridionale de l'enceinte, vers la plage de Caîphas, les musuhnans s'emparaient de la tour du L^t, défendue par Jean de Grailly et par Eudes de Granson. Partout une foule délirante envahissait les murailles en poussant des cris de mort, et se précipitait à la poursuite des chrétiens. La bravoure ne pouvait plus rien contre ces masses profondes que les renforts de la plaine grossissaient sans cesse. La seconde enceinte de la ville ne put être défendue qu'en un point, à la porte Saint- Antoine, en arrière de la tour Maudite, où les frères de l'Hôpital se surpassant, dégagèrent un moment le rempart et tout un quartier de la ville ^.
* Amadi, fol. 189. ^ Makriii, t. II. i'* part p. i s5.
* Lettre du grand maître de THApital, ^ Cf. Sanudo,p. a3i; Amadi, fol. 189; HisU Uu, de France, t. XX, p. 9^; M. Rei- Eavidinoi^col. 770; lettre du grand maître de naud , p. 570 ; Makrizi , t. II , a* part. p. 1 36 ; lHôpitid , Jean de Villiers , Hist, Utt t. XX , Sanudo, p. iSi. p. 94.
' Récit do moine Arsène. (Muratori, * Excidium Acconis, cap. v, col. 771 et
t. XIII, col. 1 183.) suiv. ici de nouveau confus et exagéré.