‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 260 sur 283 · LIVRE 1, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XVIII

ou retenus prisonniers. Le maréchal de i*ordre parait avoir disparu avec ces nouvelles victimes^. L'odieuse trahison révélait Fexaspération des Sarrasins. On ne pouvait plus attendre d'eux ni trêve ni quartier. Le sang de ceux qui résistaient encore à leurs armes pouvait seul assouvir leur rage. Tout ce qui restait au château se soulevai, transporté d'épouvante et de fureur. Les vieillards et les blessés prirent des armes , décidés à se défendre dans les réduits du fort et à y mourir plutôt que de le quitter. Pendant plusieurs jours, ils supportèrent avec intrépidité l'attaque et refusèrent d'écouter de vains pourparlers, sans se laisser effrayer des progrès des mineurs, qui sapaient la tour principale en soutenant les murs par des étais de bois^. Enfin, quand toute résistance devint impossible, les derniers défenseurs du Temple ouvrirent leurs portes aux Arabes et s'ensevelirent sous les décombres de la tour, qui s'écroula à l'entrée des vainqueurs'. 11 y avait dix jours que la ville était prise et que les Templiers tenaient en échec l'armée entière du sultan autour de leurs murs^.

Pas un des Francs trouvés dans la cité ne fut épargné. Les historiens arabes rapportent que les fenmies et les jeunes enfants furent vendus comme esclaves. Les honmies furent répartis entre les émirs, qui, sur l'ordre de Khalil-Aschraf , les mirent tous à mort ^. Ainsi tomba Saint-Jean d'Acre , et avec la ville le royaume dont elle était, depuis un siècle, la capitale.

Les autres positions de la côte ne pouvaient opposer une longue défense. Le sultan fit peu d'efforts pour en hâter la soumission, et près de deux mois s'écoulèrent avant qu'il fût entièrement maître du rivage. Caïphas, dépendance de Saint-Jean d'Acre, dont une plage de trois lieues à peine la sépare , avait été abandonné promptement et pris sans coup férir. Les habitants de Tyr s'étaient découragés aussi dès les premiers jours. En apprenant

^ Excidiam, col. 782; Âmadip fol. 194; Sanudo, p. 23 1; Jean d'Ypres, ap. Martëne, ThesMinecd, t. III, col. 771.

* Sanudo, p. 23i.

^ Amadi, fol. 196^ Sanudo, p. 231-282 , et Jean d'Ypre», col. 772.

^ Amadi, fol. 196. L*auteur de YExcidiwn Âcconis n a pas connu ces circonstances de la défense et de la mort des Templiers. Le traducteur de la relation (texte inédit, Bibiioth. impér. ancien fonds franc, n* 84o4 , fol. 36 1 V*, et fonds de Sorbonne, ms. n" 454; voy.

H Ut lin. de France, t. XX , p. 79) a pu pré ciser davantage , sur des renseignements par ticuliers , la chute du Temple , mais n*a pai fait connaitre d*autres circonstances, qu'A madi et Sanudo racontent seuls.

" M. Reinaud, p. 671. Makrizi rapport( qu'au moment de la prise de la ville dix mill( chrétiens s^étaient présentés au sultan, de mandant Tamnistie. Le sultan les fit réparti entre ses émirs , qui les massacrèrent. ( Hisi des sullans mameloucs, trad. de M. Quatre mère , t. Il , 1 '* part. p. 126.)

jain-jwUei le succès des ennemis à Ptolémaîs, ils se retirèrent en Chypre, sans essayer

de défendre leurs murailles ^.

Le seul point qui pût donner quelque inquiétude au sultan était Sidon. Le grand commandeur du Temple , Thibaut Gandin , proclamé maître de Tordre dès son arrivée dans cette ville, avait cru s'y maintenir en faisant venir des renforts de Chypre. Appelé peu après dans Tile, il vit que la situation était désespérée et autorisa les phevaliers à venir rejoindre la communauté, ne pouvant leur envoyer des secours. Les Templiers de Sidon ne reculèrent qu'à regret et pied à pied. Pressés par un corps d'armée que le sultan avait chargé de Tinvestissement de la place, ils allèrent s'établir sur l'ile de Rouad, l'ancienne Aradus', vis-à*vis de Tortose, et peu après, apprenant que l'émir Sogaî, commandant des troupes égyptiennes, faisait construire des barques à Laodicée pour les attaquer, ils partirent de nuit et se rendirent en Chypre ^. Les chrétiens de Beyrouth, victimes de leur bonne foi et de leur imprévoyance , payèrent bien cher l'isolement dans lequel ils s'étaient placés. Confiants dans la parole de S<^aî et sur des traités particuliers conclus avec les sultans, ils s'étaient portés sur la routé de Damas pour complimenter Khalil-Aschraf à son passage. Us furent brutalement assaillis et refoulés avec mépris par l'armée triomphante. Beaucoup d'en&e eux furent massacrés, d'autres entraînés comme esclaves à Damas'. Plus tard, ils obtinrent du sultan la faculté de rentrer dans leur ville démantelée ou de se retirer en Chypre, parti que la plupart préférèrent^. Athlit ou le mont Pèlerin, château fort au sud de la montagne du Carmel, et les tles de Tortose furent les derniers lieux qui appartinrent aux Francs , en Syrie \

Les chroniques arabes marquent la prise d' Athlit au i** jour du mois de schaban et l'occupation de Tortose au 5 du même mois, jour qui répondait, cette année, au à du mois de juillet des chrétiens^. C'est dans le même mois que, cent quatre-vingt-douze ans auparavant, la ville de Jérusalem avait été conquise par les Francs, et Godefroy de Bouillon proclamé roi.

' Sanudo , p. aS i ; Jean d'Ypres , ap. Mar- ^ Sanudo et Jean d* Ypres , ioc. cit. Amadi ,

tène , Tkes. anecd. t. III , col. 771. fol. 1 96.

^ Amadi, fol. 195*, Sanudo; p. a32; Jean * M. Reinaud, Chron. ar. p. 573, b'jb.

d' Yprea , col. 77 2 . Les récits sont un peu con- ^ Cf. Amadi , fol. 1 96 ; Sanudo , p. 383.

fus sur ces faits. ^ Makrizi, t. II, 1" part. p. 136.

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