CHAPITRE XIX
DE L'IMPOSSIBILITE DE NOUVELLES CROISADES, À hk FIN DU XIII* SIECLE, ET DE LA SITUATION NOUVELLE FAITE A L'IlE DE CHYPRE PAR LA CHUTE DU ROYAUME DE JÉRUSALEM.
A la fin du xiii* siècle , Tétat de TOrient était favorable à de nouvelles croisades. Progrès du royaume d* Arménie. Ses rapports avec le royaume de Chypre. Les Mongols recherchaieni Talliance des princes chrétiens. La situation politique de l'Europe était plus propice aux croi sades qu*antérieurement. D*o^ venait suilout Timpossibilité de nouvelles croisades. Prédo minance des intérêts commerciaux. Le commerce du Levant était Taliment principal di commerce européen. Importance du commerce de l'épicerie. Routes du commerce ave< rinde. Heureuse situation géographique de Tile de Chypre. Combien la chute du royaumi de Jérusalem fut favorable à file de Chypre. Le royaume de Chypre continue en apparenc ie royaume de Jérusalem. Différences essentielles entre les deux États. Progrès réalisés ei un siècle par le royaume de Chypre.
Le royaume de Jérusalem périt parce que les idées et les sentiments qu lavaient fondé ne le soutenaient plus; la cause de sa chute fut bien moin la puissance de Tislamisme que TindiiFérence de TEurope. Durant les deu cents ans de sa pénible existence, la marche des événements avait amen^ en effet, des situations bien différentes en Orient et en Occident.
Contraires à Tesprit des croisades en Europe, les circonstances leur étaiei plutôt favorables en Orient. Sans parler des progrès de la marine chrétienne qui permettaient aux croisés du xiii* siècle de porter directement leurs foro à quelques journées de Jérusalem, Tétat seul de TÂsie, depuis le règne c saint Louis et depuis la perte de Saint-Jean d'Acre, offrait bien plus de pr habilités de réussite à une grande tentative des Occidentaux sur la Palestii qu'à répoque où Pierre FErmite avait commencé ses prédications.
Au temps où Ton était arrivé, la croisade n'eût plus trouvé devant el l'ensemble encore considérable des provinces byzantines que les armées < Godefroy de Bouillon , de Louis VII et de Richard P*" avaient rencontré , comi un obstacle inévitable , sur leurs routes de terre ou de mer. Chypre et Candi
au lieu de fermer leurs ports aux flottes latines, offraient des points de repos où les troupes pouvaient se rallier, renouveler leurs vivres et arrêter dans le secret leurs dernières dispositions de guerre. La sixième croisade ^ût vraisemblablement réussi, si, à ces avantages maritimes acquis déjà en 12^9, saint Louis avait pu joindre la coopération effective que les Mongols offrirent tardivement à ses successeurs.
En même temps que les Occidentaux avaient multiplié leurs établissements sur les cotes et dans les iles de la Méditerranée orientale, même après la chute de Baudouin II, les Mongols avaient fondé, sur les ruines de Tempire seldjoucide absorbé et agrandi , un Etat qui s'étendait depuis FÂsie Mineure et la Perse jusqu'aux Indes, avec Tauris pour capitale. La. fortune des Francs se relevait en Syrie , si les chrétiens parvenaient à lier des opérations suivies avec les chefs de cet empire immense, démembrement de Fempire général des Mongols, plus vaste encore à lufî seul que toutes les provinces réunies des empereurs de Constantinople et des sultans du Caire.
La puissance des Sarrasins avait sans doute plus d'unité qu'au siècle précédent, quand les émirs d'Alep et de Damas disputaient la Syrie aux califes d'Egypte. L'empire des Mameloucs, inauguré par Moëz-Aîbek pendant la captivité de saint Louis, consolidé par Bibars et Kélaoun, comprenait, à l'exception de la Mésopotamie, toutes les conquêtes de Saladin. Les sultans d'Egypte disposaient ainsi de ressources nouvelles par l'acquisition du littoral de la Syrie et la facilité des communications du pays avec l'intérieur de l'Asie. Mais le développement du- royaume fondé par les Arméniens, en Cilicie, à l'entrée de l'Asie Mineure, contre-balançait heureusement en faveur des Francs ces avantages de l'islamisme.
Trogré» La Petite-Arménie s'était fortifiée malgré ses revers. Le commerce l'avait
ra;aiim« enTichie, en fixant dans ses ports les marchands européens ^ L'Egypte, durant
SMnpporti toutes les CRMBades, n'avait offert an Occidentaux, aux Vénitiens même, ciiypw. qu'une sécurité en quelque «orte intermittente; les villes de Syrie ne recevaient qu'au moyen de nombreux intermédiaires les produits asiatiques. Les négociants arméniens faisaient venir directement ces marchandises aux bords de la Méditerranée par les caravanes de la haute Asie et par la navigation du golfe Persique. Lajazzo, dans le golfe d'Issus, leur port principal, était
^ Voy. Arch. des musioni scienhjiques et l'Ecoledes chartes, 2* série ^tlt p. ^o^^ Zii littéraires, t. II, p. 368 et suiv. Bibl. de et suiv.