‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 30 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE II

cx>acessionnaire, nés de femme époute, et qu'à défaut de descendance directe usa. et légitime, les biens concédés feraient retour à la couronne^. Cette modification passa en principe dans la législation du royaume de Chypre, et fut toujours maintenue comme une disposition réparatrice , qui , de temps à autre , venait atténuer les effets de la trop grande libéralité des princes, et ramenait au domaine royal quelques-unes des terres aliénées.

Guy de Lusignan dota ainsi, territorialement , trois cents chevaliers et deux cents écuyers ou turcoples. Ce fut le premier noyau de la noblesse et des corps privilégiés du royaume de Chypre. Entre ces classes, particulièrement favorisées, et la foule de gens inoccupés ou vivant de petites industries, à qui suffisait la protection du pouvoir pour se déterminer à chercher fortune dans un pays nouveau , se trouvait un grand nombre d'habitants des villes, commerçants ou artisans, que Guy s'attacha d'une manière plus directe, en leur donnant des propriétés urbaines nommées hoargeoùies, ou des revenus, soit en argent, soit en nature^. Ces dernières concessions, très-fréquentes au moyen âge, se percevaient en différents termes sur les terres du souverain, et s'appelaient des garnùont, des assénements; ceux qui en jouis-^ saient étaient des assénés ou soudoyers. En Chypre, les donations de ce genre devinrent très-habituelles même pour les chevaliers, et furent considérées conmie de véritables fiefs. Elles consistaient généralement en livraisons de grains, teb-que le blé et l'oi^e, en provisions de légumes, de sucre, d'olives ou d'huile, destinées à la vente ou à la consonmiation des gens de la maison, auxquelles on ajoutait souvent des fournitures de paille pour les chevaux du feudataire'.

Par ces mesures libéralement appliquées, le roi Guy attira et parvint à fixer au milieu des populations mélangées de l'ile de Chypre les premiers représentants d'une nation nouvelle, presque entièrement européenne et généralement française, dévouée instinctivement à sa politique par la communauté de race, de religion et d'intérêts. Sur cette première base s'éleva et se développa peu à peu le nouvel ordre social , qui dura en Chypre près de trois siècles, en conservant toujours, au milieu de ses modifications, l'esprit et les principes de la féodalité française d'où il était sorti. « Quand

^ Voy. les observations de M. le comte du ms. D. Hist. de Chypre, t. II , p. 9 ; t. III ,

Beugnot sur Ibelin et sur Philippe de Na- p. SgS.

varre. [Assises de Jérusalem, t. I, p. 235^ ^ Hist. de Chypre, t. II, p. 434» note;

note a, et 5o4 » note.) t. III, p. 179 , note 4» 193 et suiv. 201 , 246»

* Contin. de Gaill. de Tyr, p. 190, extr. i^'j, note, 2 56, 85 1.

R«MoureM

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roi Guy

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A6 HISTOIRE DE L'tLE DE CHYPRE.

« il «aï allai ]j>euplé llle* dit l'auteur aMoMyme que nous cition» préoédettl' « ment, quavid il ettt tant donné, il restia k peine au roi Guy de quoi entre- « tenir vin^ chevaliers pour a& propre maison. » Puis il igouté Sagement : « Je « vous dirai que) si le comte Baudouin de t^landre eût ainsi peuplé la terre « de GoAstalitinople eu deVeuant empereur, il eût certainement conservé sa « couronne. U a voulu tout j^rder pour lui , et il a tout perdu s Tempire et la « vie, conformément au proverbe { Qui tout convoite, tout p^brdra^. »

Les ressources que File de Chypre offrit à Guy de Lusignan pour suffire à ses donations durent être immenses; mais leur nature et leur provenance ne sont indiquées nulle part d'une manière précise dahs lés monuments con* temporains. Nous ne trouvons ici aucun des renseignements qUe fournissent, pour la Syrie et la Romanie^ les chartes et les chroniques de presque toutes les nations d'Europe; encore moins avons-nous un livre des fiefs, comme celui que fit dresser Guillaume le Conquérant en Angleterre. CW par des inductions tirées de Thistoire générale du temps et du pays que nous pais venons à connalti^ les propriétés diverses dont le roi Guy put avoir la disposition ^ et à reconstituer ainsi « k sa première origine » le dnmaine royal des Lusignan»

Origioa

du clomaino

dea

roia Lasignan.

Lé nt^uveau souverain de Hle^ se trouvant naturellement substitué aux droits des empen^Urs de CoUstantinople et du dernier prince de Chypre, s'empara d'abord de l'ancien domaine public, que les confiscations d'Isaac Cômnène avaient dû accmitre notablement. Ce premier fonds ^ déjà considérable, dut étr^ beauenup augmenté par les biens des particuliers éloignés ou frappés par la conquête.

On se souvient que , lors de l'invasion du rOi Richard « les Grecs offrirent aux Anglais la moitié de leurs biens ^ afin de rentrer en jouissance des ff an* diises qu^ils avaient eues sOus l'émpëréur Manuel Comnëne. U n'est plus trace) dans les chroniques latines» dé ce dépouillement volontaire de la nation stti\jugée. Vraisemblablement les Français nVn maintinrent point l'ôbligâ» tion , car ils n'accordaient aux Chypriotes aucun privilège qui pût en être considéré comme le prix Ou le dédommagement. Tous les Grecs qui se soumirent, tous ceux qui acceptèrent pleinement le joug et les charges de la nouvelle domination « durent conserver leurs terres, leurs domaines et leurs

^ Coiuin. de GaiU. de Tyt, p. 190, èktr. du DIS. D. Cf. Mariëne, AmpUss. ColUct, t. V,

col. 638; Hist, de Chypre, t. II, p. 9; t. III, p. 59S , extr. du ms. de Florence.

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