‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 31 sur 283 · LIVRE l, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE l, CHAPITRE II

maisons; mais les antres perdirent pour la plupart et pnesquiè ^n totalité ii9s. leurs biens.

Sans porter aucune atteinte à la fortune des habitatits paisibles^ Guy de Lufiignan acquit ainsi et {Ait distribuer la propriété âe ceux qui s'étaient déjà enfuis de File, ou qui avaient particulièrement provoqué les rigueurs des Français, à la suite des premières collisions et des premiers combats^ U eut aussi à sa disposition les biens des Grecs ^ plus nombreux encore, qui s'expatrièrent volontairement, lorsqu'ils virent les Latins occupi^ ï'ile définitivement et par véritables colonies. Le silence de nds chroniqueurs à cet égard ne peut faire croire en elTet qu'aucune exigence du vainqueur, aucune * déposaession du vaincu n'ait eu lieu, au milieu de l'arrivée tumultueuse de gens qui se croyaient, quel que fut leur rang, les dominateurs du pays, par cela seuls qu'ils étaient Francs, et dont les uss^i^ les prétentions ou les droits, comme la langue et le culte, élaient opposés à tout ce qui avait existé jusque-là dans l'ile.

L'établissement des Français en Chypre ne fut pas accompa^é aans doute CaracUn

> , do l'occupation

des scènes violentes qui marquèrent la conquête de l'Angleterre par les Nor« ^de* mands et l'occupation des royaumes de Jérusalem et de Gonstantinople par les croisés. U n'y avait, chez Guy de Lusignan et chez les hommes venus avec lui ^a Ghy|Mre, ni le ressentiment national^ ni la convoitise aveugle qui amè« nent les invasions, ni la colère de vainqueurs qu'ont irrités de longues résistances. Certains de rester maîtres du pays où ils entraient sans efibrt, il était de leur intérêt et ik eurent la sagesse d'éviter tout ce qui pouvait aigrir la population indigène sans contribuer à sa soumission. Mais, quelques ménagements qu'ils apportassent dans les mesures de gouvernement et dans leur conduite privée, leur immigration, qui eut dès le principe le caractère d'une prise de possession définitive et générale > troubla plus profondément les habitudes et l'existence entière des Grecs que la domination plus tyran« nique msûA toute locale des Anglais et des Templiers casernes dans quelques châteaux forts.

U faut se représenter un peuple aussi vieux par ses croyances et ses tra* ditions que le sol qu'il foule aux pieds, habitué depuis un temps immémorial à être gouverné par des magistrats et des princes de sa race* qui voit tout à coup une nation ennemie venir partager ses foyers, se distribuer la meilleure partie des terres, s'emparer exclusivement du gouvernement et des emplois. Il y eut nécessairement alors un conflit des deux sociétés: beau-

Francs.

1192. coup de fortunes furent amoindries, des existences ruinées; beaucoup de familles, qui avaient courbé la tête sous les premières exigences, pour laisser passer Torage, préférèrent émigrer que de vivre désormais sous la «loi de rétranger. Une lettre écrite par un moine grec, ^eu d'années après Tarrivée de Guy de Lusignan en Chypre, est parvenue jusqu'à nous comme un écho des plaintes et des soufirances de ces fugitifs^.

Ls popoUtioD D'autres témoignages non moins directs, sans décrire les particularités de est rc.ii!ite Tautagouisme des deux peuples et le déplacement qu'il occasionna en Chypre, devastrUgê. uous fout counaitre le sort général réservé à la population indigène, et la grande démarcation qui la sépara de la population nouvelle. « Les maîtres « de ce pays, dit un voyageur venu en Chypre sous le second successeur de « Guy de Lusignan , sont les Francs. Les Grecs et les Arméniens leur obéis- «sent comme colons; ils ont tous été réduits à la servitude et leur payent « tribut^. »

Les Chypriotes furent donc complètement asservis par les Francs. Mais cette mesure ne put atteindre d'une manière uniforme et refouler au même niveau de sujétion tous les individus de la race indigène : l'ancien primat, le possesseur de terres, le riche marchand des villes et le pauvre laboureur de la campagne. Les mêmes distinctions sociales, que la naissance et la fortune avaient perpétuées en Chypre depuis l'antiquité et pendant toute la durée du gouvernement byzantin , continuèrent à exister entre les Chypriotes après l'introduction du régime féodal; seulement, toutes les classes supérieures furent, par le fait même de l'établissement du nouveau système, rabaissées d'un degré,

cimm« <iiverM>s Lcs plus favorisées, celles qui jouissaient de la liberté personnelle, se ccito popuiaiion. trouvèrcut réduites à un état analogie à celui des premiers bourgeois , sortis récemment en Europe du servage. Elles abandonnèrent les petites localités et se réfugièrent généralement dans les villes de la côte, Famagouste, Nicosie , Amathonte, Paphos. Depuis longtemps elles ne possédaient plus aucune espèce de prérogative politique; elles achevèrent de perdre, sous les rois francs, ce qu'elles pouvaient avoir reconquis ou conservé encore de droits ou

^ Lettre du moine Néophyte, écrite en ^ Willebrand d'Oldembourg , Ilinerar,

1196, De calamitatihus Cyprij ap. Cotelier, Terrœ sanctœ, ann. 1211 , ap. Léon. AUat.

Monum, Ecoles, grœcœ, t. II , p. 467 ; Rein- Synanicta, p. 1 4 1 ; Hist. deCfypre, t.!! ,p. 35.

hard, HUt, de Chypre, t. II, pr. p. 3. note.

Page 1