‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 32 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

dliabitudes de participer au règlement des affaires intérieures de la cité. A nos. quelque nationalité qu'ils appartinssent, ce qui restait des primats grecs, arméniens ou syriens, mis dès lors au rang des vilains de France, sans ob* tenir leurs privilèges municipaux , eut à payer conune eux les tailles et les impôts, indépendamment des contributions extraordinaires qui étaient demandées en diverses circonstances.

Après les temps d'épreuve et d'agitation des premiers règnes, quand les Orientaux eurent pris enfin leur parti de la nouvelle domination , et cherchèrent une amélioration à leur sort dans l'industrie ou lê commerce, la classe de ces indigènes riches et libres s'augmenta beaucoup par l'accession des affranchis ou élefthères de la campagne rachetés du servage, et par l'ar-» rivée de nouvelles colonies chrétiennes, que la perte de Saint- Jean d'Acre poussa hors de la Syrie à la fin du xiii* siècle. On vit quelque»-uns de ses membres entreprendre les grandes opérations du commerce maritime, pour lesquelles l'ile de Chypre était si heureusement située alors, et réaliser des fortunes extraordinaires^; plusieurs préférèrent la carrière des armes, et entrèrent dans le corps des turcoples; d'autres, admis aux emplois de l'administration , s'élevèrent aux premières charges du royaume^, et finirent par conquérir une place dans les rangs de la noblesse française.

Les paysans souffrirent peut-être moins que les possesseurs de terre. Lides ou colons, ils cultivèrent, pour des maîtres nouveaux ou pour leurs anciens patrons, les mêmes domaines, à peu près dans les mêmes conditions.: la dépendance corporelle et le travail obligé. Sous les dénominations grecques de pariques et de perpiriens, qui restèrent en usage dans l'ile, ils devinrent, comme les paysans arabes et syriens de Terre sainte, les serfs de la ^èbe et les hommes de mainmorte de nos coutumes françaises. Ils eurent à payer, comme auparavant, des cens en argent ou des rentes en nature; ils durent fournir les corvées personnelles, les prestations de chevaux, les moyens de transport nécessaires au seigneur, que désigna toujours l'antique expression Sangœries* La féodalité les soumit de plus, dans certaines terres, à la juridiction de leurs seigneurs. Les contestations survenues entre eux, les délits secondaires dont ils se rendaient coupables, furent jugés directement par leurs maîtres, sans arriver aux tribunaux supérieurs. Quand l'objet du débat s'élevait, quand il s'agissait de la condition du serf ou de la propriété de

* Les frères Lachanopoulo » par exemple , * Thébat Belpharadge devînt grand tri<

sous Hugues IV et Pierre I". coplier sous Pierre II.

1192. Tesclave; quand la faute était criminelle et pouvait entraîner la mort ou la mutilation , tolérée alors par la pénalité, le tribunal même des chevaliers, que Ton appelait la haate cour, connaissait de la question, car les serfs et les es* claves rentraient, comme propriétés féodales, dans la juridiction du tribunal des seigneurs.

Dém^Ut (i« Guy En racontaut précédemment les événements de Palestine, nous avons été Richard i« insensiblement conduit jusqu'au départ du roi d'Angleterre, et nous avons avec Henri dépassé Tépoque à laquelle Guy de Lusignan , dépouillé de toute autorité en ampagoe. g^^j^^ s'était rcudu en Chypijp comme suzerain du pays. Le roi Richard concertait de nouvelles entreprises contre Saladin dans le courant de Tété de Tan 1192, et ne se déterminait à quitter l'Orient qu'au mois d'octobre suivant; le roi Guy était déjà passé en Chypre dès le mob de mai de cette même année, et avait employé le temps écoulé depuis lors aux soins d'établissement et de régularisation du nouvel état de choses au milieu duquel nous l'avons déjà vu transporté.

Le succès de cette œuvre lente et laborieuse faillit être compromis tout à coup par un incident qui , en lui présentant une fois encore l'espoir trompeur de reprendre quelque crédit dans le pays où il avait régné, vint troubler ses bons rapports avec le comte de Champagne et avec le roi Richard. Déjà, avant l'inauguration et la mort si prompte de Conrad de Montferrat, un rapprochement s'était opéré entre le roi Guy et les Pisans, jusque-là ses adversaires, et signalés même par leur attachement au marquis de Montferrat.

Depuis quelque temps, les Pisans, comme les Génois, comme les Vénitiens, comme la plupart des navigateurs appartenant aux nations maritimes, voyaient surtout dans les croisades une occasion de noliser leurs navires avec de grands bénéfices, de transporter les hommes d'armes et leurs approvisionnements en faisant le commerce, et d'acquérir ainsi des privilèges et des possessions territoriales en Orient. Ils se dévouaient aux intérêts des princes de Terre sainte en proportion des profits qu'ils espéraient de leur protection , et passaient le plus souvent d'un parti à l'autre sans autre mobile que leur propre avantage. N'attendant plus autant des promesses de Conrad depuis le départ du roi de France, les armateurs de l'Amo avaient secrètement offi^rt leurs honmiagés et leur concours à Guy de Lusignan.

Le roi Richard, à qui ces intelligences n'avaient pu rester entièrement • cachées, en avait conçu, si ce n'est de l'ombrage, au moins un vif déplaisir.

roi Gay.

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