‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 33 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE

Au dire des chroniqueurs d'outre-mer, ce retour momentané d'opinion vers ii9s-no3.

Guy de Lusignan avait beaucoup contribué à hâter les déterminations du

roi en faveur du comte Henri. «Je vous donnerai tant de puissance, disait le

«roi à son neveu, que vous n'aurez plus besoin de revenir en Champagne.

«Je vous promets, si Dieu me ramène heureusement en Angleterre, de vous

« rejoindre bientôt avec de telles forces, que je conquerrai pour vous tout le

« royaume de Jérusalem et davantage sur la terre des païens. Je veux avoir

« une si grande armée, que je puisse prendre aussi Constantinople. Je veux

«vous donner encore File de Chypre, que j'ai conquise. Le roi Guy ne m'en

«a pas payé tout le prix; je l'enverrai chercher, et je ne le laisserai partir

« d'ici qu'il ne m'ait rendu l'île ^ •

Peu de temps après, le roi Richard dépécha en effet un chevalier à Guy Lmpîmiis de Lusignan pour le prier de se rendre à Saint-Jean d'Acre, où lui-même u

devait prochainement venir. Par une coïncidence fortuite et qui fut très- «n heureuse, car elle prévint de plus fâcheux résultats, le chevalier débarqua dans rile de Chypre en même temps qu'un messager des Pisans y venait proposer au roi Guy de lui livrer la ville de Tyr. Le projet des Toscans transpira aussitôt et devint irréalisable^.

Guy de Lusignan, désireux surtout de conserver ses nouvelles possessions, n'avait donné qu'une faible confiance aux propositions de l'envoyé pisan. Il se hâta d'aller à Saint-Jean d'Acre au-devant du roi d'Angleterre, certain de se justifier à ses yeux; mais il ne trouva pas le roi à Ptolémaïs, et les instances du comte de Champagne pour le retenir lui inspirèrent bientôt des soupçons. Ne sachant ce qui pouvait se préparer contre Ijii , il monta à bord d'un navire pisan, sous prétexte de se rendre à Jaffa, où devait s'embarquer le roi d'Angleterre, et rentra directement en Chypre, laissant le roi Henri désappointé et fort irrité, surtout quand il apprit le projet concerté au nom du roi Guy et peut-être avec son adhésion'. Le roi Richard, préparant déjà son départ, oublia probablement ses griefs; mais le comte de Champagne y fut plus sensible, et son ressentiment contre la famille de Lusignan ne tarda pas à se manifester ouvertement.

' Contitt, de GuiU. d$ Tyr,^, 193, extr. ajourner. [Contin, de GuiU. de Tyr, p. 945;

du ms. D. cf. p. aoo. Peu avant sa mort, Ri- Sanudo, Secret. fideL p. 203.) chard pensait encore à ces projets de con- ' Contin. de Gmll. de Tyr, p. 1 9^ , eitr.

quête en Syrie et regrettait que ses différends du ms. d. avec le roi de France Teussent forcé à les ' Ihid. p. 199, extr. du ms. d.

Henri

de Champagne

menace

de chasMr

In Pisana

de la Syrie.

 cette époque, beaucoup de corsaires pisans, se croyant sûrs de Timpunité» parce que leurs compatriotes avaient les vaisseaux les plus nombreux dans les ports de Syrie , venaient souvent près de la ville d'Acre épier au pas» sage les cargaisons qui se rendaient d'Europe en Asie^. Les Génois, leurs ennemis naturels, les Vénitiens même, les Marseillais, les Aragonais, étaient tour à tour victimes de leurs agressions. L'audace des forbans redoubla après le départ de la flotte des rois de France et d'Angleterre. Vainement Henri de Champagne fit, à plusieurs reprises, des remontrances aux consuls pisans; les courses de leurs compatriotes ne cessèrent pas, et forcèrent enfin le rai, dans l'impossibilité de satisfaire autrement aux plaintes réitérées des nations commerçantes, de rendre un ordre qui obligeait tous les Pisans à quitter indistinctement le royaume, sous peine de la vie.

Sea dilUreadi

avec

Amaury

de Lnrignan.

Le connétable de Jérusalem crut devoir faire remarquer an roi combien il serait fâcheux, pour punir quelques corsaires, de chasser du pays une commune aussi riche et aussi considérable que celle des Pisans. « Vous les « maintenez contre moi, lui dit le roi courroucé, parce qu'ils veulent rendre « la ville de Tyr à votre frère Guy. Et ne croyez pas que je l'ignore, mais je « vous en empêcherai bien ; et dès maintenant je vous retiens jusqu'à ce que « votre frère m'ait rendu l'Ile de Chypre. — Il ne serait pas juste de me faire « arrêter à cause de mon frère, répondit Amaury; car je suis votre homme « lige, et je suis connétable de ce royaume. — Je ne sais point que vous soyez « connétable, reprit vivement le roi; et certes celui qui vous donna la conné- « tablie n'agit point avec raison^. »

Le chroniqueur , en rapportant cette scène , ajoute qu' Amaury de Lusignan , saisi aussitôt par les gardes, mais rendu le jour même à la liberté, sur les instances des barons de la haute cour, se démit alors de la connétablie, et se retira auprès de son frère Guy^, qui lui donna la terre de Paphos. D ne parait pas cependant que sa mésintelligence avec le roi ait obligé Amaury à quitter alors la Palestine; dans tous les cas, le connétable ne demeura pas longtemps en Chypre, s'il y vint en cette circonstance. La suite des événements montre en effet qu' Amaury de Lusignan , bien que peu d'accord avec Henri de Champagne, resta cependant en Syrie, où il se trouvait encore en iigdi lorsque les circonstances l'appelèrent à recueillir la succession de son frère dans l'île de Chypre.

* Contin, de GaitL de Tyr, p. 202 , extr.du ms. D.

' Ihid. p. 203 » 2o3 , extr. du ms. D. ^ Ibid, Hist, de Ckjrpre, p. SgS.

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