LIVRE I, CHAPITRE IL
La mort surprit Guy de Lusignan dans la force de Clge, au mois d*avril de ii04. Tannée 119^^, treize mois après avoir enlevé Saladin à Tislamisme. Guy Mon avait porté le titre de roi de Jérusalem pendant six ans, depuis son couronnement avec Isabelle, en 1 186, jusqu'à l'élection de Henri de Champagne, en 1192; il possédait seulement depuis un an et onze mois la seigneurie de l'île de Chypre»,
Nous n'avons aucun acte authentique émané du roi Guy pendant le court Guy
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espace de temps quil fut maître de lue, et nous ignorons les qualifications ietitr«
de
qu'il jugea à propos de joindre alors à son nom dans le protocole des actes roidechypn. publics. On peut considérer toutefois comme assuré qu'il ne s'intitula pas roi de Chypre. Ce nom, que lui donnent plusieurs historiens modernes, apparaît seulement dans quelques monuments altérés ou entièrement apocryphes^. Son successeur immédiat se borna à prendre la dénomination de seigneur de Chypre, et ne changea la suscription de ses actes souverains qu'après les circonstances notoires qui le déterminèrent à demander l'érection de ses do* maines en royaume. Guy de Lusignan conserva toutefois son titre de roi , ou d*ancien roi de Jérusalem; c'est même par ces titres que les chroniques con^ temporaines le désignent presque toujours. En sorte que, si nous avions quelques-unes des chartes de ce prince rendues dans l'ile, il est probable que nous les verrions intitulées au nom du roi Guy de Lusignan, seigneur de Chypre, peut-être avec cette addition assez conforme au style des anciennes chancel* leries, autrefois roi de Jérusalem^.
Lejugement des hommes qui ont joué un rôle dans l'histoire n'est qu'un Jugemenudive»
émît
vain exercice de style , quand il ne repose pas sur un ensemble de témoignages ««r ce princo.
certains et nombreux. Nous ne pouvons toutefois négliger de rappeler ce qui
a été dit avant nous du caractère et des talents du prince que nous trouvons
placé à rentrée de cette histoire, et qui en est le premier personnage, parce
que sa vie et ses actions ont été appréciées d'une manière bien différente par
les anciens chroniqueurs et par les modernes historiens de Chypre.
Les vieux auteurs, quelques-uns contemporains de Guy de Lusignan, ayant vu le roi de Jérusalem rarement heureux, le tiennent pour un homme
' Hist, de Chypre, p. SgS; Marin Sanudo, * HisL de Chypre, t. II, p. 9 , note 2.
Secr.fidel. ap. Bongars, t. II , p. 201 ; cf. Jean ' Ibid. t. II , p. 3o ; cf. une charte du règne
d^Ypres, qui est pen exact. Chr. S. Beriin. d^Henri I", t. III, p. 643. ap. D. Martène, Thés, anec. t. III, p. 680; ^ Rex Guida de Lizinaco, dominas Cypn,
ap. Bouquet, t. XVIII, p. 599. oUm Hierosolymitanus rex.
faible, dénué de discernement, malhabile et sans expérience^; les autres « n'apercevant en lui, à la distance de plusieurs siècles, que le fondateur d'une dynastie nouvelle, n'hésitent pas à lui décerner les titres de grand capitaine et de grand roi K On sait assez , d'après les événements où on l'a vu figurer , et d'après l'opinion des hommes le mieux placés dans sa famille et dans le royaume pour le bien connaître, que Guy de Lusignan n'avait en lui rien de ce qui fait les caractères ou les rois éminents. Il ne serait pas juste toutefois de lui refuser la résolution , la bravoure et la circonspection, qui d'ordinaire est la suite de la prévoyance. Tout ce que l'on connaît de lui, lors de son acquisition de Chypre, même ses libéralités excessives, furent des dispositions nécessaires et efficaces, qui appelèrent et retinrent dans l'île une nouvelle population, sans laquelle la force militaire seule et isolée n'eut rien édifié de durable.
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Guy de Lusignan, mort dès la seconde année de son séjour en Chypre, ne put réaliser cependant toutes les mesures que les modernes lui ont attribuées, en le représentant comme le législateur du royaume de Chypre, le fondateur de villes nouvelles, l'organisateur du gouvernement féodal et de l'Eglise catholique dans l'île. Les institutions dont on rapporte l'origine à son règne passèrent sans doute en germe avec lui dans l'île où i^^a sa famille, mais ne se développèrent qu'après lui. Leur importation fut bien moins l'eSet de la volonté d'un honmie, libre de suspendre ou de chang»à cet égard ses résolutions , que la suite inévitable du passage simultané d'une partie considérable de la population latine en Chypre.
Il était impossible, en effet, qu'une société issue, dans son universalité presque entière, de la société féodale et chrétienne, comme celle qui accompagna en Chypre l'ancien roi de Jérusalem, ne conservât pas, lors de sa migration en corps dans un nouveau pays, ses habitudes, ses lois et son culte. Dès l'arrivée de Guy de Lusignan, il y eut donc, dans les principales villes de Tile, des prêtres et probablement des moines latins pour suffire aux besoins religieux des colonies naissantes. Mais aucune dédsion expresse n'institua le clergé romain dans l'île, et plusieurs années s'écoulèrent encore avant que l'autorité civile sollicitât l'intervention apostdique pour l'y organisar en Eglise^.
' Uist, de Chypre, t. II , p. 33 ; ci-dessus, p. 19-30.
' Loredano , Istorie de're Lasignani, p. 2 1 ;
Jauna , HisL des roy, de Chypre, de JénueJkm et d Arménie, t. I, p. 38i , etc.
^ Le Liber censawn de TÉgiise romaine,