LIVRE I, CHAPITRE IL
immédiats et, pom* ainsi dire , matériels » du partage des biens de la conquête» iiM. à Fétablissemeût des nouvelles familles dans les villes et dans la campagne» à la réparation des châteaux forts et à la disposition des gardes militaires dans les lieux qu'il importait le plus d'occuper. Pendant cette première époque, où Ton songea bien plus à l'installation qu'à l'organisation , à l'exploration et à la distribution du butin territorial , à la sécurité bien plus qu'à l'administration politique, on vécut en quelque sorte de la vie des camps, et non de la vie de cité. La société latine était transportée en Chypre, mais elle n'y était pas constituée; elle y cherchait encore son assiette, ses convenances et ses demeures définitives.
La prise de possession était cependant irrévocablement consommée» et» La pria* aux signes d'abattement des Grecs» qui ne tentèrent nulle part de résister, *^oT! préférant l'exil à la lutte, on reconnaissait bien que tout espoir d'indépendance était éteint dans les cœurs les plus ardents. Chypre se trouvait complètement sous la loi et à la merci des Latins. Bien que peu nombreux encore» les Francs possédaient dès lors dans l'ile, comme autrefois leurs aïeux dans les Gatdes et les Turcs en Asie Mineure, cet ascendant moral, supérieur à la puissance des armes, qui assujettit souvent à quelques milliers d'hommes, préparés pour la conquête, des populations entières, et qui les maintient dans la soumission par la crainte plus que par l'emploi de la force. La domination des Occidentaux s'était irrévocablement étendue sur l'ile, libre depuis des siècles du joug étranger» et ne devait plus y rencontrer à l'intérieur de sérieux dangers.
Le moment est donc venu pour nous de prendre une connaissance un peu générale des conditions géographiques de la contrée où nous allons voir se former et se maintenir, pendant trois cents ans, un gouvernement entièrement français. Il est utile aussi, pour la suite de nos études» de rechercher quels avaient été autrefois les éléments de sa richesse, et de voir en quelles mains la souveraineté du pays était successivement passée, depuis l'antiquité jusqu'au temps où nous prenons notre récit. Nous devons surtout recueillir les souvenirs et les noms de ces saints illustres devenus les bienfaiteurs de l'ile en y propageant le christianisme, et reconnaître les populations diverses qui s'y fixèrent dans cette nouvelle ère. La Chypre moderne, la Chypre que possédèrent et gouvernèrent les Francs , date en réalité tout entière , par ses mœurs » ses sentiments et ses plus intimes traditions, de l'époque chrétienne.