LIVRE I, CHAPITRE III
nord d'Amàthonte, où était le bois d* Apollon , au midi depuis Piskopi jusqu'au cap de Chiti, n'attendant que les soins de rhomme pour lui rendre au centuple le prix de ses peines. Le caroubier, qui donne son fruit presque sans travail, y est seul exploité; ses gousses sucrées s'exportent jusqu'au fond de la Russie, où le peuple les recherche pendant les longues abstinences de l'Église orientale. Le palmier croit aussi naturellement en Chypre, mais il y est stérile» comme dans le nord de la Palestine, en Grèce, en Sicile et en Espagne. Cet arbre béni du ciel, dit un naturaliste arabe du xiii* siècle, re* fuse ses fruits à la teire infidèle, et les prodigue aux seub pays de l'islamisme^. A l'exception de la datte, Chypre recueille néanmoins tojis les autres fruits du Levant: les bananes, les pastèques, les grenades, les citrons, les oranges, les caroubes, ces dernières espèces en quantité bien supérieure aux besoins de sa consommation. La diversité d'expositions et de dimats que lui procurent ses montagnes lui donne, en outre, la plupart des fruits d'Europe.
Quant à l'agriculture, les produits chypriotes ont peu varié depuis les temps appréciables de l'histoire ancienne jusqu'à nos jours. L'ile a toujours cons^vé ses grandes et belles récoltes de céréales, de vin et d'huile. Aux cultures de l'antiquité le moyen âge ajouta la soie, le coton, la garance et le sucre, seule production' considérable que l'ile n'ait plus aujourd'hui, et que l'introduction du tabac ne remplace pas. Diois l'exploitation industrielle du sol, qui semble une continuation de l'agriculture, l'ile de Chypre a perdu, depuis le dédin de l'empire romain, ses célèbres mines, et en grande partie ses bois de construction; mais elle a gardé ses salines, son principal rapport au XVI* siècle ^, et encore aujourd'hui son revenu le plus sûr, parce qu'il est le plus facile à recueillir.
Après toutes les causes de dépérissement et de misère qui ont pesé sur l'ile, les poètes pourraient signaler toujours sa fertilité coiqme la qualité essentielle de son territoire, Opima Cyprus^; et un savant géographe du xv* siècle, monté sur la chaire de saint Pierre, écrirait encore avec raison de l'ancien domaine des Lusignan, «qu'il fournit beaucoup de choses aux contrées «étrangères, et n'a guère besoin de leurs productions*. » C'est l'idée qu'un ancien exprimait d'une manière plus saisissante en disant que l'île de Chypre
> Kaxwini, Chrestomaàiie arabe de M. de ' JEneid, lib. I, v. 69a. Cicëron r«|^lle
Sacy, t. III , p. 395. tenera (Ep. ti, a); Valère Maxime, ferdJUt-' ^
* Le P. Etienne de Lusignan , Htit. àê sima deUdaFwn^ lib. IV, e»p. ni. Çypre, fol. a3. * ifineas Sylvius , Geo^r. de AmUl, cap. xcn.
est en état de construire, d'équiper et de charger complètement' un navire sans rien demander à aucun pays ^
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Suivant les plus anciennes traditions historiques, llle de Chypre fut peu> plée d*abord par une colonie des Araméens, peuples qui étaient venus des T^ons de Test vers TAsie occidentde, en poursuivant ensuite leur marche le long de la Syrie et du nord de TAfrique. Les annales de la nation juive attribuent cette migration à un petit-fils de Japhet, nommé Cetkim ou Kiitùn^. Ce dernier nom, donné d'abord par les Juifs à tous les pays situés à Touest de la Palestine, particulièrement à la cote et aux iles de l'Asie Mineure', où les premières populations se portèrent, fut restreint ensuite à Tile de Chypre, et finit par rester à la ville principale qui se forma sur le rivage du midi, vis-à-vis de la Syrie et de l'Egypte. C'est le Kittion des Grecs et le Citium des Latins, aujourd'hui Lamaca, avec son port de la Scala.
Le souvenir des peuplades primitives fut effacé complètement dans l'ile par les Phéniciens, rameau sémitique et le plus intelligent de la race araméenne; population industrieuse et propagatrice, qui, dès ses premières navigations, occupa et exploita l'ile de Chypre. La civilisation du pays date de cette époque. Les Phéniciens défrichèrent ses forêts, introduisirent la culture dans ses plaines, travaillèrent ses métaux, ouvrirent des chantiers sur ses côtes, agrandirent Citium, qui devint le centre de leur occupation, et jetèrent les fondements d'un grand nombre de viljes^. Paphos, Amathonte, Idalie, leur durent naissance , et reçurent d'eux le culte d' Astarté , déesse de la génération , que les Grecs, en l'appropriant à leur mythdogie» appelèrent Aphrodite, et les Romains, Vénus.
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On n'a que des notions fort vagues sur les colonies chypriotes fondées ensuite par les an<^ens Pélasges de la Grèce, par les Ciliciens, les Lyciens
^ Ammien Marcellin , iiv. XIV ; Meursius , Çjrpnu, lib. I, cap. lY, p. lo.
s Josèphe, Antiq.jad, lib. I, cap. n-vii; Zonaras, AnnaL iib. I.
' Isaïe, xxui, i, la; Jérém. ii, lo; Engel, Kjrpros, t. 1, p. la; Renan, Hist. des long, sémiu 1. 1.
^ Heeren pense que )a plupart des anciennes villes de Tile de Chypre sont d^ori^ne phénicienne ( PoUtu/ae et commerce des peuples de tand^mlé, t. II, p. 43). J'ai remanpié à
Nicosie, près du bazar, une inscription phénicienne , qui ne parait pas avoir été signalée par les voyageurs précédents et qui donnerait peut-être aussi une origine sémitique à fancienne Ledra. — Au moment où je relis ces pages, M. Guillaume Rey, jeune officier d*état-major, connu déjà par une curieuse exploration du Haouran , m'anjionce qu*il a découvert et qu il rapporte de Nicosie plusieurs inscriptions phéniciennes tout à fait inconnues à Pococke et à Drummond.