‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 41 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE III

et les Égyptiens. La coexistence de ces diverses populations sur le sol chypriote devient cependant de plus en plus certaine. La philologie moderne éclaircira sans doute les obscurités de cette question. Déjà les savants ont découvert dans les textes trouvés en Chypre et attribués jusqu'ici exclusivement aux Phéniciens, une écriture chypriote particulière, dans laquelle les signes phéniciens entrent seulement pour une part, avec d'autres caractères proprement lyciens et égyptiens ^

Le séjour des tribus ou des sectes d'origine phrygienne connues sous les noms de Corybantes, de Dactyles et de Telchines, est attesté par les écrivains de l'antiquité ^. Comme à Rhodes et en Crète, ces agrégations de familles, vouées aux arts métallurgiques et unies par les pratiques du culte de Cybèle, déesse de la terre, s'occupèrent en Chypre d'extraire et de travailler les métaux. On leur attribuait la fondation de la ville de Golgos, dont Vénus devint la déesse tutélaire^.

Après la guerre de Troie, qui produisit dans l'ancien monde un mouvement semblable à celui de nos croisades, beaucoup de chefs helléniques, contraints par les événements de quitter la Grèce, cherchèrent des établissements sur les côtes et dans les îles d'Asie Mineure où n'existait aucun peuple indigène assez puissant pour s'opposer à eux^. Repoussé de Salamine par son père, Teucer vint en Chypre, imposa son alliance au roi phénicien de Paphos, et fonda la nouvelle Salamine, dans la partie orientale de ^ile^ Acamas, à la tête d'une colonie athénienne, s'établit dans les contrées de l'ouest, où son nom est resté au dernier cap septentrional, et créa la ville d'iEpea, dans la vallée du Klari, ville reconstruite plus tard, au bas de la vallée, sous le nom de Soli, en l'honneur et d'après les conseils de Solon. Agapénor, chef des Arcadiens, jeta les fondements de la nouvelle Paphos ou

Multiplicitâ colonie*

^ M. ie duc de Luynes a exposé les preuves et les monuments de sa belle découverte dans Touvrage intitulé : Numismatique el inscriptions cypriotes. Paris , in*fol. 1 85 2 . M. Thomas Graves, mort récemment, commandant du port de Malte , avait découvert en Chypre plusieurs inscriptions qu*ii croyait entièrement lyciennes, et que M. Spratt, son lieutenant, a publiées en collaboration de M. Forbes , savant naturaliste attaché à Texploration hydrographique du capitaine Graves. (Sprati et Forbes , Travels in Lycia, 2 vol.

in-8^ Londres, i847<) ^^y* ^^^'^ Fellows, An accoant of discoveries in Lycia. Londres, 1 84 1 . in-8".

' Voy. les autorités citées par M. H. Lacroix, Iles de la Grèce, p. 16 , savant ouvrage de Tun des membres les plus distingués de rÉcoie d* Athènes , et par Engel , Kypros , t. I , p. 189, 196.

^ Raoul Rochette , Colonie^ grecques, t. II , p. 397.

* Heeren, Polit, et corn. t. VIII, p. i3o.

^ Engel , Kypros, t. I , p. 3 1 2 et suiv.

Paphos-Néa, pi*ès de la mer, à dix milles à Touest de la ville phénicienne. Une colonie lacédémonienne, conduite par Praxandre de Thérapné, se fixa sur le rivage du nord et donna naissance aux deux villes voisines de Lapithos et de Cérynia ou Cérines. Des émigrants d'Argos fondèrent Tembros près de Cérines, et Curium près de Piskopi. Chytrus, petit-fils d'Acamas, donna son nom à une ville et à un petit Etat qui s'établit à Touest de Salamine, et dont les ruines portent ce nom de Palaeo-Chytro, que les gens du pays s'obstinent à confondre avec Cythère. D'autres chefs grecs fondèrent Marium à Test de Curium; Panakron, dont nous croyons pouvoir fixer la situation à Test du cap Kormakiti, Asiné, Satrachos, Urania, Amamassos, Hylé, Érysthée, dont Tiemplacement n'est pas déterminé ^. Les relations entre la Grèce et l'ile de Chypre devinrent dès lors habituelles. Les colonies grecques se multiplièrent , dans toutes les parties de File, absorbèrent les colonies phéniciennes, et pro-

pagèrent partout la race hellénique, qui forme encore aujourd'hui le fond général de la population indigène.

p~3P«u Au miUeu de la décadence des ancien» établùsements phénicien» et de neufroyanmet Tcssor des foudatious grecqucs, neuf villes, d'origine diverse, prirent plus

cbjpriottt.

d'importance que les autres, et devinrent le siège d'autant de royaumes indépendants. Sur le rivage du sud étaient, au centre, les royaumes de Citium et d'Amathonte, où s'étaient réunis les restes de la population phénicienne; à l'est, Salamine, le plus puissant des nouveaux Etats grecs; à l'ouest, Curium, et plus loin la nouvelle Paphos, devenue, au détriment de l'ancienne, le sanctuaire principal de la divinité protectrice de l'ile. Au nord se trouvaient les royaumes de Cérynia, de Lapithos et d'iEpœaou Soli; enfin, dans l'intérieur des terres, à l'est de la ville de Lédra, nommée plus tard Nicosie, le royaume de Chytros ou Chytri, qu'avait créé le petit-fils d'Acamas.

La navigation, l'agriculture, le commerce et les arts qui s'y rattachent rendirent bientôt l'île de Chypre florissante et respectée. Elle comptait autour de ses côtes jusqu'à trente ports ouverts au commerce; elle fabriquait avec les cèdres et les pins de ses forêts et vendait aux autres peuples des bâtiments légers appelés cercures. Sémiramis avait fait venir de Chypre des maîtres habiles, qu'elle chargea de construire des bâtiments de cette sorte, qui se démontaient à volonté et qui servaient à la navigation de l'Euphrate^. Les flottes de Chypre ne tardèrent pas à prendre rang parmi les plus importantes de

^ Voy. Ëngel , Kypros, 1. 1 , p. S33 ; Raoul * Diodore de Sicile, II ,zvi ;I4ine, II , un ;

Rocheite» Col, grecques, t. II , p. 387. Tite-Live, XXXII , xix; M. Lacroix, p. 43.

Page 1