‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 42 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

la Méditerranée. Un moment même, et pendant une période de trente-trois années que l'on appelle la ihalauocratie chypriote, la marine de Tile, au rapport de Diodore de Sicile, eut Fempire de la mer^ C'est la période de la liberté et de la plus grande prospérité du pays. L'ile, en état de défendre son indépendance contre les peuples voisins, envoya à son tour des colonies, comme autrefois la Phénicie et la Grèce, dans les pays étrangers, notamment en Macédoine, en Asie Mineure et en Grèce. On fixe la durée de cet âge d'autonomie et de puissance à quatre cents ans, du ui* au vu* siècle avant notre ère. Le temps de son plus grand développement fut le ix* siècle.

A répoque la plus heureuse de sa fortune et de sa sécurité , Tile parait avoir éprouvé cependant les malheurs d'une invasion. On présume que Sargon, roi d'Assyrie, père de Sennachérib, dont on a, de nos jours, retrouvé le vaste palais à Khorsabad, fit une descente en Chypre dans le cours de ses campagnes sur la côte de Syrie, au commencement du viii* siècle, et retint peutêtre l'ile quelque temps sous sa domination. Une stèle avec inscriptions cunéiformes, découverte en i8d5 , au milieu des ruines de Gitium^, semble être un monument laissé par le roi de Ninive ou par son général , qu'Isaîe appelle Tharthan^, dans l'ile de Chypre, comme souvenir de son triomphe et de ses prétentions à la souveraineté du pays. Sargon y est nommé, et représenté en pied, avec les emblèmes de la royauté; mais la conquête assyrienne ne put être qu'une occupation momentanée.

Au, VI* siède seulement , Chypre , sans cesser d'être riche et florissante , perd vin son indépendance et commence à obéir réellement à des maîtres étrangers. viudi^ndMCf

f ^ , chypriote.

Vers l'an 5ôo , Amasis , roi d'Egypte , l'envahit , enlève les magnifiques oflrandes l'îi* «nurîm

eux

déposées dans ses temples et la rend définitivement tributaire, en même Egypii*»»

«l aux PenM.

temps que la Phénicie , dont 1 île fut depuis considérée comme une annexe géographique^. Peu de temps après (vers 525), les Chypriotes et les Phéniciens, pour échapper au joug des Égyptiens, se soumirent à Cambyse , roi des

* De Tan 976 à l*an gdS avant J. G. stèle avait été retirée des terrains de Gitium ,

ReUtf. VII, XIII, édit. Didot; Engel. t. I, nous en avions envoyé en France une des-

p. 338; Lacroix, p. 17. cription et des dessina très-imparfaits, qui

' Ge curieux monument , signalé d^abord firent néanmoins apprécier Tintérét de la dé-

par le savant professeur M. Ross au gouver- couverte. (Voy. Arch, des missions scientif.

nement prussien, se trouve aujourd'hui au t I, p. 113; Reitue arçkéoL t. III, p. ii4>

musée de Berlin. M. de Longpérier en a fait t. VIII , p. 780. )

exécuter un plâtre * qui est placé au Louvre ' Isaîe , xx , 1 .

dans la salle des monuments du roi Sargon. * Diodore de Sicile , I , LXtiii > S 6 *, Héro-

Arrivé à Lamiica peu de temps après que la dote , II, clxxxii , p. 1 3 1 ; Engel , 1. 1 , p. sSs.

Perses, qui laissa aux neuf rois, sous sa suzeraineté, le gouvernement du pays. Mais, lors du soulèvement des villes ioniennes, les t^hypriotes tentèrent k leur tour de recouvrer la liberté. Pendant près de deux siècles, de l'an 5oîi . à Tan 3o3 avant J. C. et avec des chances diverses, ils prirent une vive part à la lutte des Grecs contre les Perses. « L'île de Chypre, qui jouissait depuis « longtemps des bienfaits de la paix, dit Diodore de Sicile, r^oi^eait alors N de biens de toute sorte. Les hommes de guerre, devenus maîtres des champs, « s'y étaient fixés et avaient amassé de grandes richesses. Aussi de nombreux « renforts leur arrivèrent-ils de la Syrie et de la Cilicie pour les aider contre • les Perses et partager les biens de leur île ^. » Les anciennes villes phéniciennes d'Amathonte et de Citium, héréditairement jalouses des Grecs, ne secondèrent qu'à regret ce mouvement; tous les autres Etats de la confédération chypriote, Salamine et Soli surtout, qui avaient les flottes et les troupes les plus aguerries, soutinrent résolument la guerre. Onésilas et Evagoras s'y couvrirent de gloire. L'énergie de ces chefs, l'assistance des Hellènes, le dévouement particulier des Athéniens, que Cimon lui conduisit, rendirent à l'île quelques moments d'indépendance. Mais plus souvent, Chypre, écrasée par des forces supérieures , fut obligée de recevoir la loi et les garnisons du roi de Perse. Quelquefois même les Chypriotes furent contraints d'envoyer des contingents d'hommes et de navires à l'armée du grand roi contre leurs anciens alliés^. L'île était également convoitée par les deux peuples. Pour les Perses, maîtres de tout le littoral environnant, c'était une première défense des côtes asiatiques contre les Occidentaux ; pour les Grecs , conmie quinze siècles plus tard pour les Croisés et les Vénitiens, c'était un poste avancé d'où l'on pouvait conunodément préparer une attaque contre l'Asie Mineure et la Syrie.

Sous Alexandre , Chypre retrouva un moment sa nationalité , en se réunissant volontairement à la monarchie macédonienne et coopérant à ses guerres. Elle participa surtout au siège de Tyr;'elle fournit des ingénieurs qui accompagnèrent les Grecs dans la haute Asie et les aidèrent à construire leurs flottes sur l'Indus^. On rapporte qu'Alexandre portait habituellement, durant cette expédition, une épée d'une extrême finesse, que lui avait oflerte le roi

' Diodore, XVI, xui, S 8-9. ' Arrien, VI, i; cf. I, xviii; II, xx, xxi;

' Au passage de THeUespont , Xerxès Quint. Gurt. II , i , X , m ; Meursius , Cjrpras,

comptait dans sa flotte cent cinquante navires lib. II, cap. xyni; M. Lacroix, Iles de la

longs de Tilcde Chypre. (Hérodote , VII , xc , Grèce, Chypre, ch. 11 , p. 27 ; Engel , Kypros,

p. 3^3; Diodore de Sicile, XI. m, S 7.) t. I,p. 35o.

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