‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 43 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE III

de Citiiuu, et qui provenait des fabriques de Tiie, renommées pour leurs ou< vrages de fer et de cuivre ^ Après la mort du héros, dont elle donna le nom à Tune des villes de sa côte septentrionale, Tile, incapable de se défendre seule, retomba dans l'oppression , subjuguée tour à tour par les anciens gêné- . raux d'Alexandre, qui se disputaient les provinces de son empire^.

Ptolémée Soter ou Lagus, roi d'Egypte, battu d'abord par Démétrius D,?cad»uce Poliorcète, roi de Macédoine, sur la côte méridionale de Chypre, à la plage «>a»ios Li.gia«. depuis longtemps abandonnée de LeucoUa , entre Salamine et le cap Péda< lion (3o6 avant J. C), reprit enfin l'avantage et parvint à conserver l'ile, qui resta depuis soumise à ses successeurs pendant deux cents ans'.

La domination des Lagides, despotique et corruptrice, anéantit les derniers vestiges des institutions particulières au pays. Jusque-là Chypre, quoique tributaire ou vassale, depuis deux siècles, de peuples étrangers, avait conservé ses anciens rois, ses lois et ses troupes nationales. Satisfaits de ces apparences de souveraineté, les princes et les populations avaient gardé la dignité d'une nation alliée plutôt qu'asservie à la domination des Perses ou des Égyptiens. Les Lagides , afin d'ôter aux Chypriotes toute pensée d'indépendance, s'attribuèrent directement le pouvoir, qu'ils remirent, avec un corps de troupes mercenaires, à un lieutenant égyptien, résidant à Salamine. Ce gouverneur, unique et absolu, réunit, à l'autorité civile et religieuse, le commandement de l'armée et de la flotte. Les Lagides ajoutèrent dès lors à leur titre de rois d* Egypte celui de rois de Chypre, et firent de l'ile l'apanage habituel d'un de leurs fils ou de leurs frères. Mais, en désarmant les Chypriotes et en les façonnant à l'obéissance, ils avaient préparé pour d'autres les avantages de leur soumission.

ronaine.

Obligés d'invoquer le secours des Romains, tantôt pour défendre l'ile de Domiuation Chypre contre les Séleucides, tantôt pour l'arracher à un usurpateur sorti de leur propre famille, les derniers Lagides n'avaient plus que la jouissance temporaire de leurs États. Le sénat, projetant déjà la réunion de la monarchie égyptienne au domaine de la république , sépara d'abord l'île de Chypre de l'Egypte, et en fit un royaume particulier, où se succédèrent, sous sa protection , Ptolémée Soter II et son fils naturel Ptolémée. Peu après , l'an 59 avant J. C, sous un vain prétexte, le sénat prononça la déchéance de

' M. Lacroix, îles de la Grèce, Chypre, * De Tan 323 à Tan 295 avant J. G.

ch. III, p. 42. 'De l'an 296 à Tan 81 avant J. C.

Ptolémée et réduisit son pays en province romaine. Le plus intègre des hommes, Caton, contribua à la spoliation d'un allié inoQensif et fidèle, coupable seulement d^avoir une inmiense fortune et de régner sur une lie qu*il convenait à l'ambition romaine de ne plus tarder à occuper. Entre la Syrie déjà soumise, et TEgypte près d'être envahie, c'était une position indispensable. La confiscation du royaume de Chypre a été flétrie, du reste, par l'antiquité elle-même, comme un des plus honteux abus de la forcée

Les trésors recueillis à la cour de Ptolémée et dans les villes de l'tle, en vases d'or et d'argent, en étofies de pourpre, en pierreries, en meubles et objets précieux, dépassèrent tout ce que les Romains avaient trouvé jusque-là dans les provinces conquises, et leur révélèrent de nouvelles merveilles du luxe oriental. Caton fit effectuer la vente de ces opulentes dépouilles dans l'ile même, comme s'il eût craint de les montrer à Rome; et, à son entrée triomphale, il se borna à exposer dans le Forum les caisses renfermant les sept mille talents^ provenant des enchères. Pour lui, de tant de richesses acquises et conservées au peuple, il ne voulut garder qu'un souvenir, la statue de Zenon le stoïcien, qu'il avait rapportée de Citium, patrie du philosophe.

L'occupation romaine acheva l'anéantissement politique de 111e. Un moment cependant la royauté chypriote, sans être affranchie, fut relevée d'abord par César pour Arsinoé, fille de Ptolémée Aulète; puis par Antoine pour Cléopàtre, sœur d' Arsinoé. Mais l'île revint peu après au domaine de Tempire, quand Octave , trente ans avant J. G. , mit fin à la monarchie d'Egypte.

Les Chypriotes, au sein de leurs richesses, n'avaient plus la force ni probablement le désir de conserver un gouvernement libre. Leur indifférence finit même par trouver plus commode la suprématie du peuple romain, qui les dispensait de tout eflbrt et de tout souci politique. Ils satisfirent sans murmurer aux exactions des préteurs, qui, sous d'autres noms, firent goûter par anticipation à l'ile le régime des pachas turcs. D'honnêtes gouverneurs réparèrent cependant de temps à autres les maux de la rapacité des publicains. Cicéron, un moment proconsul de Chypre et de Cilide, eut quelques imitateurs. Les empereurs soutenaient d'ailleurs la f<Mrtune publique. Par leurs soins les ports et les voies de communication étaient entretenus, les temples réparés, le commerce et la construction des navires encouragés. Les vœux des Chypriotes ne s'étendaient pas plus loin. Les

* Velleius Paterc. etc. cités par M. La- * Quai'ante millions de francs, en valeur

croix , Iles de la Grhse, p. 3^. absolue.

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