‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 45 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE III

Lycaonie, que la foule émerveillée conduisit des victimes jusqu^aux pieds des voyageurs pour leur offrir un sacrifice. Saint Paul, disert, abondant, toujours inspiré, leur semblait une apparition du dieu de leloquence, et ils étaient convaincus que Jupiter se cachait à leurs yeux sous les traits de Barnabe^. On a remarqué que Tapôtre des Gentils, appelé jusque-là du nom de Saul, ne commence à porter, dans nos livres saints, le nom de Paul qu'après la conversion du proconsul de Paphos, sa plus belle conquête spirituelle en Chypre.

Uamour du pays ramena encore Barnabe dans Tile pour Tévangéliser avec Jean-Marc, son cousin. Attaqué et poursuivi un jour dans sa ville natale par le peuple des synagogues, il périt sous ses coups, lapidé comme saint Etienne. Ses disciples parvinrent à soustraire son corps à la profanation ; ils Tinhumèrent secrètement dans la campagne de Salamine, au pied d*un caroubier, et cachèrent si bien sa sépulture, que le souvenir s'en perdit tout à fait 2.

Les Juifs, soulevés contre les Romains, qu'ils avaient d'abord appelés pour médiateurs au milieu de leurs discordes civiles, traversaient alors une révolution qui devait anéantir leur nationalité. Écrasés en Judée par Vespasien et par Titus, ils résistèrent encore dans les provinces où s'étaient établies leurs colonies. Sous Trajan, une révolte générale de la nation dispersée éclata et fut marquée des excès. les plus affreux. En Chypre, ils formèrent une véritable armée, qu'Artémion conunanda, et massacrant, dit-on, près de deux cent quarante mille Grecs ou Romains. Leur fureur se tournait aveuglément contre les chrétiens, qu'ils accusaient de leurs malheurs, et contre les païens, dont l'indilTérence leur semblait complice des malédictions qui les accablaient. On finit par les comprimer; mais la crainte de les voir reprendre un jour par leur nombre quelque pouvoir dans l'ile fit décréter une loi, restée longtemps en vigueur, qui leur défendit d'y habiter, et menaça de la peine de mort inunédiate tout individu de leur race que l'on y surprendrait'.

Le bannissement des Juifs facilita les progrès du christianisme en Chypre. Premi«np«tn>oi

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Les semences déposées par les premiers apôtres purent prendre racine parmi rÉgUae

cliypriole.

^ Les Actes appellent , en cette occasion , ' Eusèbe , Nicéph. Dion Cassius, 1. LXVIII ,

saint VaulDttxvcrbi, xiv, ii. éd. 1762, t. II; Meursius, Cyprus, iib. II,

• Le Quien, Oriens christ, t. II, p. loSg- cap. xxi, p. i4i; Fieury, HisU ecclés, liv. III,

1 o4 3 ; Bolland. ch. xvi , p. 1 1 46.

les habitants, généralement doux et paisibles. De nouveaux apôtres vinrent de Syrie pour continuer les prédications; des familles déjà chrétiennes passèrent en Chypre; des docteurs, des anachorètes ne tardèrent pas à s^y rendre, et consolidèrent la foi des néophytes par leurs enseignements et leurs exemples. Saint Paul et saint Barnabe avaient désigné eux-mêmes ceux des fidèles qui devaient les remplacer auprès de leurs frères, et assuré ainsi la transmission du sacerdoce. Saint Héraclide, établi à Tamassus, au milieu des montagnes du Mâchera, puis à Salamine, eut une sorte de délégation générale sur les chrétientés éparses dans les divers cantons de Tile; saint Epaphras, instruit par saint Paul lui-même, demeura dans le pays de Paphos; saint Auxibius, citoyen romain, que Jean-Marc avait baptisé, fut envoyé dans la vallée de Soli; saint Phylagrios, disciple de saint Pierre, arriva ensuite et se rendit dans la même vallée; saint Epaphrodite se fixa au milieu des habitants du Karpas, dans la ville qui conservait encore le nom de Rivage des Achéens, près du village moderne d'Agathou; saint Tychicos fut chargé par Héraclide de résider à Néapolis, près de Tancienne ville d*Amathonte. La tradition d'Orient est que Lazare vint terminer sa vie au milieu des populations de Tile de Chypre pour les évangéliser, et fut le pasteur du pays de Citium.

Ces saints personnages, que TÉglise chypriote révère comme ses premiers

évéques, désignèrent aussi leurs successeurs. C'était le plus souvent Tun des diacres qui les assistaient dans les fonctions sacrées; rassemblée des fidèles confirmait leur choix, elle y suppléait au besoin par une Section à laquelle prenait part le clergé; quelquefois tous les habitants de la ville ou du dis* trict qu'unissait la communauté du baptême. Le nombre et la circonscriptioii de ces premiers diocèses n'avaient, d'ailleurs, rien de rigoureusement limité. Au milieu de populations encore très-attachées aux vieux cidtes, à mesure que se formait dans un canton une association de croyants assez nombreuse , on lui donnait un chef particulier, qui étendait les soins de son ministère sur les fidèles et les catéchumènes des villages environnants. Les Eglises se multiplièrent ainsi dans les diverses provinces de l'île, au point que les pasteurs dirigeant avec le titre d'évéque auraient été, à une certaine époque, jusqu'au nombre de trente ^ A l'exception de ceux qui résidaient dans les villes, ces premiers évéques étaient plutôt, conmie furent ceux du nord de l'Afrique , de simples chefs de paroisses , chorévéques , papas ou curés , réu-

^ Kyprianos , Hist. de Chypre ^ p. 99 et Sgi .

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