‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 48 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

L'étendue de leurs pouvoirs, peu inférieure, sous leur nouveau titre, à celle des anciens rois, éblouit quelquefois les gouverneurs ; la facilité de Tisolement séduisit quelques factieux. A diverses reprises, des tentatives furent faites pour reconstituer en Chypre un État indépendante Mais, tant que l'empire conserva une marine, ces soulèvements d'ambitieux, la plupart inconnus, furent aisément comprimés; l'ile fut habituellement paisible, probablement heureuse, et n'attira pas l'attention des écrivains.

En l'absence de faits politiques, les chroniques, qui succèdent aux grandes Ph^onioM histoires , s'attachent à remarquer les phénomènes naturels, particulièrement "' "" * les ti*emblements de terre, si fréquents dans le bassin oriental de la Méditerranée. A quelques incidents près, c'est l'histoire de toutes les îles du Levant, durant les six premiers siècles de notre ère. La quatorzième année avant J. C. une commotion souterraine avait renversé le grand temple de la Paphos nouvelle, et Auguste avait envoyé des secours pour le relever. L'empereur permit à la ville restaurée de prendre le nom d'Augusta, qu'elle ajouta seulement conune une qualification honorifique à son ancien nom^. Du temps de Vespasien, un tremblement de terre avait détruit trois villes de l'île ^. Dans la vingt-huitième année du règne de Constantin, une secousse prolongée ruina l'ancienne Salamine^ ébranlée déjà plusieurs fois, comme de nos jours Famagouste, sa voisine et sa fille, par les feux intérieurs. Sous le règne de TitUs, une explosion volcanique avait consumé plusieurs villages et embrasé le sonmset entier d'une haute montagne. On pense que cet accident terrible arriva près du village de Kapédès, au milieu des montagnes du Mâchera, dans un lieu où les terrains sont encore aujourd'hui tout imprégnés de soufre et de nitre^

Un fléau plus fréquent encore « la sécheresse, se fit sentir au commencement du IV* siècle, et se prolongea, avec une intensité désolante, pendant un laps de dix-sept années consécutives. Ce fut pour l'île une véritable catastrophe. L'insuffisance des récoltes causa une telle misère, qu'un grand nombre d'habitants se virent contraints d'^andonner leurs champs desséchés pour aller chercher les moyens de subsistance dans les pays voisins. Les chroniques locales exagèrent vraisemblablement la durée et les conséquences

' Eusëbe, CAron. can. lib. II; Aurel. Vie- ' Eusëbe, Chron, can. iib. IL

ior , De Cœsarib. ch. jLi. * Cedrenus;Meursiu5,C^prai,p. 64;Ky-

• Dion Cassius, liv. £.IV, t. I, p. 753, prianos, Hist. de Chypre, p. gA. éd. Hambourg, 1762. * Kyprianos, p. 9Â-95.

de cette calamité, en représentant l*ile comme absolument dépeuplée par ses effets ^ ; mais une longue et affreuse disette dut nécessairement amener, pour la population laborieuse, des maux auxquels Féloignement seul pouvait être un remède.

Birafaitt Frappée de Taspect désolé de File , où elle s'arrêta en revenant de Jérusalem ,

Minte Haine, saiute Hélène s'efforça, par ses largesses et ses fondations, d'y rappeler les habitants. Les légendes chypriotes rapportent à son séjour d'innombrables témoignages d'une prévoyante munificence. Si ces traditions de la gratitude chypriote n'ont pas toutes un fondement bien historique, ce sont au moins des monuments respectables et frappants, par leur multiplicité, du culte de reconnaissance et d'aRection que le pays a particulièrement voué à la mère de Constantin.

A peine sainte Hélène eut-elle débarqué sur la côte méridionale de Tile, près du village de Mari , ou Marion , que Dieu , disent les Chypriotes , touché de ses r^ards suppliants, déversa sur la terre épuisée le bienfait de pluies abondantes. Continuant sa route vers l'intérieur le long du Tétios, nommé depuis, en son honneur,' Vassilipotamos, comme la ville même de Mari, l'impératrice ordonna de jeter un pont sur le fleuve, et fonda sur le pont même la chapelle existant encore, qu'elle dota d'une partie de la vraie croix. Autour de ce pieux sanctuaire se forma peu après le village de Tocbni. Parvenue à la nckontagne de l'Olympe, à l'est des bourgs de Lefkara et bien loin du haut (Mympe de l'ouest ou Troodos, sainte Hélène, à la place d'un temple de Vénus, renversé sous ses yeux, posa la première pierre d'une grande église, pour laquelle elle laissa des aumônes et des reliques plus précieuses que tous ses trésors. La croyance générale des fidèles de l'Eglise d'Orient, chez lesquels la renommée des sanctuaires chypriotes s'est répandue , est que sainte Hélène déposa en ce lieu la croix même du bon larron , telle qu'on la montre encore aujourd'hui sur cette montagne, appelée depuis le Mont de la Croix, Siavro- VounL Les marins et les voyageurs européens parlant la langue franque ont changé ce nom en celui de Santa'Croce.

Nous ne pourrions nonmier toutes les localités de l'ile qui se flattent d'avoir reçu des marques de la libéralité de la sainte voyageuse. Les stations et les camps de César ne sont pas plus multipliés en France. Le village de Koukas prétend avoir en dépôt, depuis le passage de sainte Hélène, la poussière tom-

* Kyprianos, p. 96-97.

Page 1