LIVRE I, CHAPITRE IV
bée de la croix du Sauveur , quand on reconnut le bois vénéré au pied du Calvaire. Les habitants d'Qmodos sont persuadés que leur église tient de la reine, avec un fragment de la croix, une partie des cordes qui lièrent Notre Seigneur marchant au supplice. Dans tous les lieux quelle parcourut, les monastères et les é^ses eurent part sans doigte aux bienfaits de Fimpératrice, et obtinrent des reliques, des privil^s ou des sommes d'argenté Ces largesses, si abondantes qu'elles eussent été, n'auraient pu suffire aux besoins d'un pays épuisé de ressources et d'habitants. De retour à Constantinople, sainte Hélène n'oublia pas son ile bien-aimée. Elle détermina l'empereur à exempter de l'impôt, pendant un certain temps, tous les Chypriotes errants qui regagneraient leurs demeures, et à donner des terres aux étrangers qui les accompagneraient Avec les émigrés, arrivèrent de nombreux colons d'Asie Mineure , de Syrie, de l'Arabie même \ et les malheurs passés furent en partie réparés.
L'Eglise de Chypre, rétablie dans son ancien état par la rentrée de sa population, se régularisa alors en sacrifiant un grand nombre d'évéchés ruraux. La réduction des sièges épiscopaux , postérieure à l'émigration qu'avait occasionnée la grande sécheresse du commencement du siècle, était cependant indépendante de cette émigration , et aurait eu lieu nonobstant la dépopulation. Elle fut amenée surtout par le mouvement général qui s'opère, au iv* et au V* siècle, dans le sein de l'Elise universelle, pour coordonner partout sa hiérarchie administrative.
Rien de bien précis n'apparaît d'abord dans cette nouvelle organisation , en ce qui touche l'ile de Chypre. Les monuments indiquent tantôt douze, tantôt quatorze ou quinze noms de villes épiscopales ^. L'Eglise chypriote finit cependant par se constituer définitivement avec ses quatorze évéchés, répondant aux quatorze provinces civiles établies dans l'ile. Ce fut là le nombre noraobal des si^es épiscopaux. Leur existence passa conune un droit et une nécessité organique dans les traditions de l'Eglise chypriote. Ils furent religieusement conser\'és avec leurs immunités tant que la religion grecque eut la souveraineté de l'ile ; et quand la puissance latine, qui fit accepter sans peine toutes ses exigences politiques , voulut porter la main à cette institution ecclésiastique, elle trouva dans la population indigène une force de résistance qui se prolongea pendant plus de soixante ans.
^ Chronique de Strambaldi , ibi. a5, 97,
^ Kyprianoa.p. 98.
' IbùL p. 267, 391 ; Meursius, p. i58.
Organisa lion
de
l'ÈgliM
chypriote.
Les villes où siégèrent les quatorze évêqnes furent les suivantes: Sdamine ou Gonstantia, la métropole ;Paphos; Gitium, aujourd'hui Larnaca ; Curium, aujourd'hui Piskopi; Tamassus ou Saint-Héraclide; Néapolis ou Limassol, dont le titre fut réuni à celui d'Âmathonte ; Arsinoé, aujourd'hui Arsos, ou Poli-tou-Chrysochou; Lapithq^; Karpasiaou Riso-Karpasso; Ghytri ou Palaeo* Ghytro; Trémithus ou Trémithoussia; Soli, dans la vallée de Solia; Cérines, et Lédra ou Nicosie.
Le principe qui porta l'Église à suivre, dans l'établissement de ses formes administratives, les divisions mêmes du gouvernement de l'empire romain, eut bientôt pour conséquence d'enlever à la province la liberté religieuse dont elle avait joui dans les premiers siècles, et de la soumettre à l'autorité du patriarche d'Antioche. De même que le magistrat gouvernant l'île au nom des empereurs relevait politiquement du vicaire de l'Orient, résidant à Antioche, il parut naturel que le métropolitain de Chypre fût compris dans la circonscription du patriarcat d'Antioche. L'ancienne capitale des Séleucides reprit alors une sorte de domination sur l'ile de Chypre, et perçut le tribut ecclésiastique, signe indubitable de l'obéissance exigée de sonclei^é. Les liens de cette sujétion furent plus ou moins étroits, plus ou moins acceptés ou contestés, suivant les dispositions personnelles des prélats qui se succédèrent sur les sièges de Chypre et d'Antioche ; mais TEglise chypriote en corps ne cessa de réclamer, tant auprès des concilesgénéraux qu'auprès des empereurs, contre cette annexion, qui lui semblait une violation de ses anciens privilèges et une infraction aux règles posées par les apôtres eux-mêmes ^
Son Elle -eût cependant succombé définitivement dans sa lutte, sans la circons-
indépendance , , ■ ,
•i^^ tance heureuse qui, l'an 477, fit découvrir par un pâtre le corps de saint Barnabe, ayant encore sur la poitrine un exemplaire de l'Evangile de saint Mathieu, copié par Barnabe, avec lequel on l'avait inhumé. En mémoire de cet événement, qui rendait à l'Elise un dépôt si vénérable et de si saintes reliques, l'empereur Zenon affranchit le clei^é chypriote de tout assujettissement vis-à-vis du patriarcat d'Antioche; il lui reconnut le droit de sacrer ses évêques, de tenir ses synodes, de jouir enfin de toutes les prérogatives des Églises-mères, que les Grecs résumaient par le mot à'aaiocéphalie. En même temps Gonstantia, la nouvelle Salamine, fut confirmée dans sa dignité* de
* Act. du 3* concile d'Éphëse , Saidas , lions spéciales que Kyprianos a consacrées k Balsamon, Zonaras, cités dans les disserta- ce sujet, p. 101 à io4« p. Syo, 372.
priviU^.