‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 50 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

métropole de Chypre, et un grand monastère, existant encore aujourd'hui sous rinvocation de saint Barnabe, pourvu dès lors de riches dotations, s'éleva au lieu même où Ton avait trouvé le corps du saint apôtre.

Outre les avantages spirituels et politiques de Tindépendance, le métropolitain chypriote participa aux honneurs du cérémonial , qui relèvent Téclat de l'autorité aux yeux des peuples. Comme les patriarches, il adopta le vêtement de soie pourpre ; au lieu du bâton pastoral des évéques , il porta la haute canne à pomme d'or , semblable au sceptre impérial ; il signa son nom avec le cinabre, en lettres rouges, à l'imitation des empereurs, et prit le nom de Béatitude on Très'heareux^^ qu'il a conservé jusqu'à nos jours. Il parait que l'empereur Zenon avait voulu rattacher, au moins par quelques formes de déférence, l'Église de Chypre à celle de Constantinople, centre de toute l'Église byzantine^ ; mais le clergé chypriote finit par rejeter même cette apparence de subordination. Seulement, conune souvenir et dédommagement honorifique de leurs anciennes obligations vi»À-vis des patriarches d' Antioche , dont ils avaient reçu quelque temps l'investiture, les métropolitains chypriotes consentirent à leur demander de temps à autre le saint chrême nécessaire aux ordinations épiscopales. C'est là encore aujourd'hui le seul indice qui reste en Chypre de l'ancienne suprématie du siège d'Ântioche. L'Eglise de Saint-Barnabe, bien que réduite à quatre évêchés, est toujours exempte, tant des patriarches de Syrie que du patriarche de Constantinople. Lorsque, dans une question douteuse, elle recourt au chef nominal de l'Eglise grecque, c'est par condescendance pour ses lumières et non pour obéir à «on autorité, qu'elle peut méconnaître impunément.

Depuis longtemps elle est sortie de l'unité et de l'orthodoxie romaine ; elle a été entraînée avec tout l'Orient dans le grand schisme, malheur du peuple grec, qui date, dans ses premières causes, du temps même où le christianisme recevait le plus de développement par la protection et la piété des princes. Du moment où l'empire de Constantin et de Théodose eut deux maîtres, l'un résidant à Rome et l'autre à Constantinople , il était bien difficile que la séparation politique n'amenât pas la séparation religieuse et ne créât pas deux Eglises rivales. L'une retint sous son patronage et dans les traditions apostoliques les populations latines ; l'autre , plus obéissante aux exigences du pouvoir civil, amena de bonne heure des occasions de résister à l'évéque

' Majtapi«&TaTOf. ëd. 1647* ^^X* ^ Porte du Theil, hno-

* Cf. Georg. CeàTenv»,HisU p. 353, t.I , cent, lll, Epist. p. gSS, note.'

de Rome, et finit par soulever contre sa primatie tontes les populatîoiis

d'Orient.

Soutenu par la faveur impériale, Tévéque de Constantinople, d'abord soumis au métropolitain dHéraclée, s'en détache pen à peu, et étend sa juridiction sur les diocèses qui Tenvironnent; il devient Tintermédiaire des empereurs dans leurs communications avec le Saint-Siège, dont on n'ose encore se séparer, leur organe naturel pour toutes les affaires ecclésiastiques de l'empire , qui se multiplient chaque jour ; il évoque bient&t à son tribunal les causes des patriarcats les plus éloignés. Tous les évéques d'Orient, ceux d'Antioche et de Chypre comme les autres, semblent entrer dans sa conspiration pour lui faire un trône de leur propre abaissement, et l'élever à l'égal de l'évéque de Rome. En 38i, cent cinquante prélats levantins, réunis en concile, confèrent à l'évèque de Constantinople un droit de prééminence générale, qui le place, dans la chrétienté, immédiatement après le pape. Les conciles suivants sanctionnent ces inévitables et continuelles usurpations, auxquelles coopèrent comme à leur insu, les hommes les plus vertueux, saint Ghrysostome, Jean le Jeûneur, saint ^ace. Rien ne peut plus détourner dès lors le courant qui éloignait de Rome lesddées, les sentiments, les passions des Orientaux. En même temps que les empereurs rejettent de leur gouvernement les formes et les dénominations qui conservaient une apparence latine, et adoptent la langue grecque comme langue de l'administration et de la justice , les évéques creusent Fabime , étendent la séparation par leurs écrits et leurs synodes , et consaorent bientôt la suprématie de leur chef en lui offrant le titre de patriarche acamé' nique, c'est-à-dire universel. Vainement le pape défend l'ancienne tradition ; vainement il répond au défi en donnant l'exemple de l'humilité et adoptant le titre de serviteur dej servitean de Dieu, resté depuis dans le formulaire de la cour pontificale. Son autorité et ses exhortations sont méconnues ; ses r^ooiontrances provoquent l'explosion de rancunes que les hésitations du pouvoir civil ne pouvaient contenir ; enfin Photius, prenant prétexte de dissentiments théologiques qu'il eût été facile d'apaiser, si les scrupules de la foi les eussent seuls inspirés, firappe le coup attendu depuis si longtemps, et, l'an 867, il se sépare du pape en lançant contre lui l'anathéme.

La violence et les artifices trop manifestes qu'avait employés le nouveau patriarche obligèrent les empereurs, dont les désirs étaient dépassés, à revenir en arrière. La modération de la cour de Rome seconda leur prudence ; le mal put être un moment réparé et les deux Élises rapprochées. Mais ce ne fut plus entre elles que l'apparence de l'union ; au fond la dissidence, la désaffec-

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