XII AVERTISSEMENT
plus de connaissance, et je dirais volontiers, si je pouvais lespérer, avec plus d'intérêt, à la suite du récit.
Lorsque le roi Richard quitte l'île de Chypre, conquise si inopinément par ses armes, quand il va débarquer en Palestine, il faut que le lecteur sache en quel état se trouvait le royaume des croisés, et par l'effet de quelles circonstances Guy de Lusignan, qui est le premier personnage de notre histoire, après avoir reçu la couronne de Jérusalem, s'était vu dépouillé de toute autorité en Syrie. Je réunis ces notions à la fin de mon premier chapitre.
Quand l'île de Chypre, rachetée par le roi Guy, va passer définitivement, et pour plusieurs siècles, sous le régime firanc, il m'a paru nécessaire de jeter un coup d'œil rapide sur l'histoire ancienne du pays, sur sa constitution et ses ressource? physiques, sur le caractère de ses diverses populations, leurs aptitudes et leurs dispositions à l'égard de ces maîtres étrangers dont ils allaient subir la domination. C'est l'objet de mes chapitres m , iv et y.
Cette reconnaissance géographique et historique une fois terminée, je reprends, avec le règne d'Amaury, premier roi français de l'île de Chypre, le cours de mon récit, m'arrêtant aussi peu qu'il m'est possible aux faits extérieurs , sans négliger toutefois ce qui concerne le royaume de Jérusalem , dont l'histoire est alors inséparablement unie à celle de Chypre. Cette connexion dure jusqu'à la prise de Saint-Jean-d'Acre par les Arabes en 1Q91, événement qui met fin au royaume fondé par les croisés, qui clôt définitivement l'ère de;^ croisades et l'époque militante de l'histoire des Lusignan.
Une première période , bien différente de celles qui vont suivre , se trouve ainsi déterminée naturellement dans mon sujet. J'en ai fait un premier livre. Par un pur effet du hasard , ce livre comprend exactement un siècle, de l'an 1 191, date de la prise de l'île de Chypre par le roi d'Angleterre, jusqu'en 1291. C'est le temps de l'établissement, de l'organisation et des premiers développements du nouveau royaume des Francs d'outre-mer. C'est la période la plus considérable, la plus remplie de faits, celle où les événements de Syrie et d'Europe se mêlent
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forcément, par le mouvement des croisades, à Thistpire propre du domaine et de la politique des rois de Nicosie, qui furent presque toujours en même temps rois ou régents de Jérusalem.
Une nouvelle situation s ouvre pour Chypre à la chute du royaume de Terre sainte. L'île s'appartient davantage et multiplie ses relations directes avec rOccident. A la différence du royaume de Jérusalem , Chypre est surtout un royaume pacifique, industriel et commerçant. Les croisades sont à jamais finies pour elle. Ce qu elle demande avant tout aux princes et aux États de l'Europe, ce sont des acheteurs , des colons, des consuls, des armateurs. Tout grandit et prospère sous les princes qui la gouvernent : l'administration , l'agriculture , l'industrie manufacturière ; le commerce d'entrepôt prend une immense importance ; les arts et les lettres ne sont point négligés. Chypre est alors un des pays les plus peuplés de la chrétienté, Famagouste une des villes les plus riches de la Méditerranée. L'histoire de cette période courte et brillante dure jusqu'à la conquête de Famagouste par les Génois, en iSysi. Elle remplit mon second livre.
Le temps de la décadence arrive ensuite. Le commerce avait fait la fortune de Chypre, l'éloignementdes marchands fit sa ruine, et, l'agression des Génois fut la cause la plus immédiate de cette révolution. En s'efïbrçant de concentrer le commerce de l'île dans leur colonie et de le monopoliser à leur profit, les Génois tuèrent la poule aux œufs d'or qui avait enrichi les rois Lusignan et toutes les grandes maisons de la république. Les marines chrétiennes, gênées par les exigences de la banque de Saint-Georges, devenue cessionnaire de la colonie, allèrent chercher ailleurs leurs chargements. Le trésor des rois de Chypre s'épuisa ; les affaires mêmes de la ville génoise périclitèrent au milieu de l'affaiblissement général du gouvernement de Gênes et de ses colonies. Les dettes des Lusignan vis-à-vis de leurs créanciers s'accumulèrent de règne en règne. Le désordre se mit dans l'administration royale; les institutions militaires, qu'on aurait dû entretenir, non pour la conquête mais pour la seule défense, tombèrent en décadence. Il fallut recourir à des flottes