‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 51 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

tioD, les préjugés, avaient causé d'irréparables ravives. Les divergences religieuses faisaient désormais partie des croyances et des haines nationales qui divisaient les deux parties du monde romain. Aussi, quand le patriarche Michel Cérulaire, à la suite d'une encyclique à laquelle adhéra expressément Tarchevéque de Chypre ^, reprit, en io53, les prétentions anciennes, et raya peu après le nom du pape des dyptiques de TE^se grecque, il ne fit que consacrer par sa dernière expression une rupture opérée complètement dans les esprits dès le ix* siècle, et que l'histoire rattachera toujours avec raison au nom de Photius.

Les faits se. rattachant à la constitution de TËriise chypriote nous ont latrodoetioa

de la aeio.

conduit bien loin des temps de sainte Hélène et de Zenon. Sans chercher à suivre rigoureusement les annales de Tile de Chypre sous le règne des successeurs de ce prince, nous tenons à rappeler les circonstances marquantes qui ont pu influer sur la situation, 1q bien-être et l'industrie de sa populfrtion. Les événements de l'époque de nos princes français sont souvent éclairés par les précédents que ' fournissent l'histoire et l'administration byzantine.

Une importation , qui fut une véritable découverte, contribua, au vi'^ siècle, à compenser pour l'ile la perte de ses anciennes mines, dont les travaux paraissent avoir été abandonnés au milieu des calamités du vf siècle. Les étofies de soie, devenues d'un usage général pour les personnes riches de l'empire, fort recherchées et fort rares encore dans le reste de l'Europe, étaient toujours d'un prix élevé. Les sujets des empereurs de Constantinople ne pouvaient se procurer la soie que par l'entremise de marchands persans, faisant le commerce de caravanes avec la Chine, par les routes du haut Indus, et qui, dans les temps de guerre, étaient obligés de la vendre au poids de l'or. Les Grecs ignoraient comment s'obtenaient ces fils déliés et brillaiits dont on tissait de si belles étoffes. Ils ne savaient pas bien quelles étaient les contrées où on les récoltait; ils espéraient cependant arracher quelque jour ce secret au pays des Sères, dont ils connaissaient seulement le nom, pour s^affranchir des tributs énormes qu'ils payaient aux étrangers. Deux moines, ayant déjà fait le voyage des Indes, où ils avaient vu des vers à soie, parièrent de ces précieux insectes à l'empereur Justinien I" et offrirent d'en introduire l'espèce à Constantinople. Leur ingénieux dévouement, excité par les difficultés

> Georg. PhranUès. C^n. lib. IV, ch. i, p. 3i3, éd. Bonn.

mêmes qu'ils rencontrèrent, eut un plein succès, et, Tan BSy, Justinien reçut une quantité suffisante d'œufs de bombyx pour les répartir et en faire e$> sayer lacclimatation dans plusieurs provinces^.

L'île de Chypre et le Péloponnèse furent les pays où les vers à soie se propagèrent plus facilement. La température de Chypre, constamment chaude et sans brusques variations, convenait surtout à leur élevage; le sol de Hle était, en outre, extrêmement propice à Tarbre qui les nourrit. La soie ne tarda pas à devenir un des principaux aliments de son travail agricole^. Elle est restée jusqu'à nos jours, même dans les temps les plus difficiles, une source de revenus assurés pour l'habitant des villes et des campagnes. La naturalisation des vers à soie dans les pays rapprochés de la Méditerranée amena l'établissement des manufactures dans les mêmes contrées. Les villes de la Chine et de l'Inde ne furent plus les seules à fournir les fines étoffes dont le goût et l'usage se répandaient partout, pour les vêtements des grands et les ornements des é^^ises. Après Mossoul et les autres fabriques de la Mésopotamie, Damas, Alep et les principales villes de l'Asie Mineure, se livrèrent, comme l'ile de Chypre, non-seulement à la culture du bombyx, mais au tissage des pièces de soie. Les Arabes introduisirent la nouvelle industrie en Sicile au x* siècle.

Le règne de Justinien P' est encore cher à d'autres titres aux Chypriotes. La munificence de l'impératrice Théodora, leur célèbre et belle compatriote, les aida à fonder à Nicosie l'église cathédrale de Sainte-Sophie, vocable que l'église a toujours conservé dans ses diverses fortunes et ses reconstructions successives^.

Râvagot Un des soins les plus sérieux des honmies chairs du gouvernement de

cl«s pirates. ^ ^

rtle sous tous les régimes a été de préserver le pays des incursions auxquelles l'expose la fertilité de ses terres. Les pirates ne se présentaient presque jamais en nombre assez considérable pour attaquer les villes; mais ils ran çonnaient les navires ou débarquaient à l'improviste sur un point de la campagne; ils pillaient les récoltes et emmenaient les habitants en esclavage. Le Limassol, le Pendaîa, le Karpas, le Paphos et le Chrysocho ont souffert surtout de ces attaques, à cause de leur éloignement du centre de Tile et des

' Proco^e, De BelloGoth, lib.IV, ch.xvii; t. IV, p. 3a6; M. Pardessus, Ducommercr

Zonaras, Annal, lib. XIV, cap. ix, t. II, de la soie; nouv.mém. t. XV, p. i. p. 69, éd. du Gange. Voy. Mongez, HabUL ' Kyprianos , Hût. de Chypre, p. io5.

desanciens; Nouv.mém. de l'Acad, des inscript, ' Ibid, p. io4-io5.

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