LIVRE I. CHAPITRE IV. 85i
nombreux mouillages que leurs côtes offirent aux coureurs de mer. Un ser^ vice de guet, correspondant du rivage aux montagnes et faisant le tour derile» fut établi par les ducs byzantins et maintenu par tous leurs successeurs jus> qu'aux Vénitiens, pour annoncer» au moyen de signaux de feu et de fumée» rapproche du danger. On retrouve de distance en distance , sur les bords de la mer» tantôt un petit fort abandonné, tantôt une tour ruinée que les paysana appellent Phanari ou Pyrgos, et dont les fanaux ne s'allument plus depuis les Turcs. C'était les points d'observation et de refuge des surveillants. Les habitants des villages voisins avaient quelquefois pour obligation particulière de fournir un certain nombre d'honunes destinés au guet, et des familles étrangères étaient venues aux mêmes conditions s'établir dans l'ile. Les habitants du TiUria, pays montagneux du Chrysocho et du Lefka, près de la localité appelée Haîa-Héleni ou Alexandrette, passent pour une colonie de Délos venue en Chypre sous le règne de Constantin , et dotée de terres, à la charge de surveiller la mer sur toute cette partie de la côte du nord-ouest « entre les golfes de Pendaîa et de Chrysocho ^.
Un corps spécial, semblable aux sphakiotes de Crète, recruté parmi le^ montagnards chypriotes et les stradiotes de la Grèce, fut, en outre, organisé par les gouverneurs grecs, et une contribution particulière, appelée stratia^ fut établie sur tous les habitants de l'ile âgés de quinze à soixante ans pour fournir à son entretien. Les princes francs licencièrent ce corps, devenu dangereux par son indiscipline, et laissèrent d'abord la garde des côtes à la charge des villages riverains. Ce fut une des corvées les plus odieuses à la population indigène, depuis longtemps antipathique à tout service militaire. Les serfs et les affranchis, qui la supportaient presque seuls, furent généralement admis à s'en exonérer par un abonnement. On la conserva seulement dans quelques districts; mais, pour y suppléer, on appela de nouveaux hommes de l'Albanie et de la Bulgarie, en maintenant dans toute l'ile l'impôt de la stratia, que percevait encore, au xvi' siècle, l'administration véni^ tienne ^
Les postes disséminés sur les côtes et les troupes de l'intérieur pouvaient incunioM
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suffire à prévenir ou à repousser l'attaque des pirates ; toutes les forces de ^ d«* l'ile eussent été impuissantes à la préserver de l'ennemi qui envahit les frontières méridionales de l'empire, sous le règne d'Héraclius. A peine sortis de
^ Kyprianos . p. 4 1 » 5 ao , 54o ; Kyprianos , p. 4 1 , 98 ; Lusîgniin ,
* Voy. notre Hist de Chypre, t. III , p. a 38 » fol. 70 , a 1 8 ; Strainbaldi et FI. Bustron,
ArabeB.
la presquiie de rHedjaE, et dès le temps de leur seoond calife, les Arabes, après avoir conquis la Perse sur les rois Sassanides, se tournèrent vers les provinces byzantines. En 638 ils occupent Jérusalem et sont maîtres de la Palestine entière; en 6 do, la prise d*Antioche entraîne la soumission de la Syrie; en 641» TEgypte est subjuguée à son tour, et devient le foyer principal d*oà rimiption musulmane se répand sur toute la côte d'Afrique, et de là en Europe'. Dès qu'ils arrivèrent au bord de la Méditerranée, les Arabes s'emparèrent de la marine grecque et commencèrent à attaquer les Iles, qui furent toutes successivement subjuguées. Il n'en est peut-être pas qui ait éprouvé plus souvent et plus cruellement les fléaux de l'invasion que l'île de Chypre.
En Egypte, en Sicile, en Espagne, les Arabes, après les premiers excès de la victoire, se sont montrés dominateurs prévoyants et administrateurs babiles. Lieur génie, plus porté à l'imitation qu'à la création , sut recueillir, en les appropriant à leur religion, les inventions des peuples de la haute Asie, et les progrès des sciences de la Grèce. Us ont brillé par les arts et par la littérature à Bagdad, à Damas, au Caire, à Cordoue; ils relevèrent la Sicile de sa décadence; ils ont laissé dans tous ces pays des souvenirs impérissables de leur culture sociale. Dans les iles d'Orient, en Chypre surtout, on ne trouve pour monuments de leur domination que des ruines , des incendies et la dévastation. Durant plus de deux cents ans, du milieu du vu* siècle jusqu*au X*, Chypre fut tour à tour subjuguée par les Arabes, reprise par les Grecs, foulée de nouveau par les Barbares. Ses campagnes furent ravagées, ses villes saccagées ; sa population exilée erra avec ses prêtres et ses reliques de plage en plage jusqu'auprès de Constantinople et au fond de la Syrie. C'est le temps le plus désastreux de son histoire. On peut rapporter à cette époque la principale dévastation des constructions antiques de Paphos, d'Idalie, d'Amathonte, de Salamine, de Trémithus, qui avaient été épai^ées par les tremblements de terre et par le zèle des premiers chrétiens. Les récits des voyageurs^ montrent que ces monuments, à l'exception des aqueducs, n'existaient plus ou n'ofiraient plus que des ruines à l'arrivée des Lusignan.
Dès le règne d'Aboubècre, les Arabes avaient opéré quelques reconnaissances sur les côtes de Chypre. En 647> Moaviah, général d'Othman, qui passe pour avoir détruit le colosse de Rhodes, fit la conquête de l'iie et la soumit à un tribut annuel^. La fille ou la veuve d'Aboubècre avait pris part,
> Viaisauf, Wiilebrand d'CHdemboiirg . * Const. Porphyrogénète , De aàmuàstr.
Boldensleve » Ludolphe , etc. imper, cap.- w , t. III , p. gS , éd. Bonn.