‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 53 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IV

dit-on* à Fexpédition. Morte en Chypre au milieu de soq succès, la princesse fut inluunée à Lamac^, près du lac des Salines. Son tombeau, connu sous le nom de YImmaret ou Tehké de la Saliane, est soigneusement entretenu par les Turcs et attire toujours la piété des voyageurs musulmans^.

Les victoires de Justinien II obligèrent Âbd al-Melec à partager les revenus et la souveraineté de l'île de Chypre , de rArménie et de quelques autres provinces déjà envahies^. Dans le traité de paix relatif à cet accord, Fempereur, par un aveugle esprit de vengeance qui tourna au détriment de Tempire, consentit à réprimer les Maronites du Liban, et a&iblit ainsi ses propres firontières. Peu après, en 683, Justinien II, que les Chypriotes considéraient comme un de leurs concitoyens', renonça aux avantages de son traité en ce qui regardait File, Il crut assiirer la tranquillité de ses habitants en les faisant transporter dans une province plus rapprochée de la capitale et moins exposée aux incursions des Barbares. Il aggrava leurs malheurs. Une partie de ceux que Ton voulait établir sur les terres de THellespont périt durant la traversée au milieu d'une tempête^; les autres, décimés par les fièvres, après leur débarquement, formèrent, près de la ville de Cyzique, une colonie à laquelle Fempereur donna le nom de Nouvelle Justinianopolis, et qui fut quelque temps le siège de Farchevéché et de FEglise chypriote ^

Plus tard, ce qui restait des familles émigrées ou déportées, tant dans la Propontide qu'en Asie Mineure et en Syrie, put r^agner File, à la faveur d'une paix momentanée. Le rapatriement aurait été ménagé par Justinien II lui-même, suivant Constantin Porphyrogénète^; il parait toutefois postérieur à la mort de Justinien, et dû plutôt à Léon l'Isaurien'^, qui régna de l'an 717 a l'an 7^1. Depuis cette dernière époque jusqu'aux années voisines de la fin du viii* siècle, l'Ile de Chypre demeura aux empereurs, grâce

* Les tndîtiona 9e contredisent au sujet du personnage inbumé dans le tekké de Lamaca; suivant Constantin Porphyrogénète, ce tombeau, dont Tempereur parie oomme existant de son temps (De lAsmot. lib. I, t. III . p. Ao, éd. Bonn.), renfermait le corps de la fille d*Aboubècre et le coips du calife lui-même. D*après quelques auteurs arabes , ce serait la Teuve de lun des compagnons du Prophète, nommée Omm-Haram.

Les (Cypriotes musulmans l'invoquent dans les temps de sécheresse. (M. Reinaud, /nvosioiu du Sarradns, p. 66.)

' En 678; Théophane, Ckronogr. t. I, p. 555, éd. Bonn.

' Constantin Porphyrog. De admin. imp.

cap. XLvn , t. III , p. a I d.

* Théophane, Chronogr. 1. 1, p. 558.

B Voy. les autorités citées p^ Lebeau , et les observations de Saint-Martin. Hist. duBas' Empire, t. XII , p. 1 8 ; cf. Le Quien , Onen$ ehrist. t. II , col. loAi.

* De admia, imp, cap. xLVii , t. III , p. 2 1 d .

^ Voy. Lebeau et les observations de Saint- Martin , Hist, t. XII , p. 1 8 ; cf. Le Quien , Orinu christ, t. II, col. loAs.

à ia protection de la flotte du préteur des Cibyrrhéotes, officier >|m conunandait les côtes méridionales de TAsie Mineure, depuis la Carie jusqu'à ia Pam* phyiie ^

L'islamisme reparait en Chypre sous Aroun al<Rachid, plus oppressif que jamais, après une provocation de Nicéphore. Aroun avait accepté la paix à latx)ndition que les Grecs payeraient tribut et ne rétabliraient aucune des ferteres3es détruites dans la Comagène et ia Cappadoce. Les Arabes eurent à peine repassé le Taurus, que Nicéphore se hâta de fortifier les positions où il pouvait se mettre à couvert d'une nouvelle attaque. Le calife rompt aussitôt le traité, reprend les villes cédées, et se venge sur l'tle de Chypre de la mauvaise foi de l'empereur. L'île fut livrée au pillage, ses ^ises détruites, des milliers d'habitants massacrés ou réduits en esclavage; la population écrasée d'impôts^.

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Reprise sous Basile le Macédonien et perdue peu après, Chypre ne resta définitivement à l'empire qu'à partir du règne de Nicéphore Phocas, quand l'empereur, vers l'an 966, après avoir chassé les Arabes de l'ile de Crète, leur boulevard sur la Méditerranée orientale, d^agea les côtes de la Cilicie et de la Syrie supérieure jusqu'au delà d'Antioche'. L'ile était déjà classée comme terre grecque dans l'organisation des thèmes ou divisions militaires de l'empire créées par Basile le Macédonien et décrites par Constantin Porphyrogénète, son successeur, prince plus propre à composer des statistiques et des ouvrages d'érudition qu'à gouverner des peuples. Elle figure dans les cadres des nouvelles provinces avec ses quinze cités, comme quinzième thème

^ Thëophane, Chronogr. 1 1, p. 653, 721; Historia miscella, attribuée à Paul Diacre, lib. XXII , XXIII , ap. Murat. Script, ital, 1. 1 , p. i56, 168. Voy. Lebeau, Hist, t. XII, p. 3oa. Sous le calife Mérouan , les Arabes essayèrent de reprendre Tile. Leur flotte, partie d* Alexandrie , aborda en Chypre , dit Théophane (p. 653), iv r^ hiUpt t6h Kepaftoia, au port da Céramée, traduit Lebeau; in porta Ciramea, dansY Ristoria miscelU (p. 1 56). Il est peu vraisemblable, à moins de cir* constances tout à fait exceptionnelles , qu une flotte égyptienne , destinée À débarquer des troupes en Chypre , se soit exposée aux longueurs d*une navigation autour de file pour aller aborder au port de Cérines , Ceraania,

Ceiynia, sur la côte du nord. Les Arabes, suivant toutes les probabilités , débarquèrent sur les côtes méridionales , et peut-être sur le rivage du Mazoto , entre Citium et Amathonte, où se trouve le pays des Caroubes et le cap Caroubier, auquel cas, nouspropo* serions de lire dans Théophane : ip t^ Xi^Um lëp Kspenéoâp , car Céramée n*est pas une localité connue de Tile de Chypre.

* Théophane, 1. 1, p. 749* éd. Bonn; HisL nûsceUa, lib. XXIII , ap. Murat. t. I.

^ Zonaras, Annal, lib. XVI, cap. xnii- XXV, p. 201, éd. du Cange; Cedrenus, Hist. p. 645 , éd. 1 647 ; Léon Diacre , Hist, iib. II , cap. Yiii , p. 16 , éd. de M. Hase; Kyprianos, Hist. p. 110.

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