‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 54 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IV

on préfecture d^Qrient^. Durant cette période, comprise entre le milieu du X* siècle et la concpiéte latine à la fin du ^n'', si File de Chypre ne fut pas exempte de troubles, du moins elle éprouva une incontestable amélioration. La population augmenta, une certaine aisance revint dans les villes; le développement de Tagriculture et du commerce attira les premiers Occidentaux qui se soient fixés dans ses ports ^. y

Le retour de quelque prospérité et les sentiments de mépris qu'inspiraient lUvoitM les désordres de la cour impériale suscitèrent de nouvelles tentatives d'in> dépendance chez les gouverneurs. En io42, le duc Théophile Erotique prit prétexte dé la rigueur du protospathaire Théoph^acte, receveur des impôts publics^, pour soulever la population contre Tavidité de la métropole. L'amiral Constantin Chagès, transporté rapidement dans File avec un corps de troupes, battit Théophile avant que sa défense fût assurée, et Tenmiena captif devant Tempereur Monomaque, qui, pour tout châtiment, se borna à le priver de ses biens, après Tavoir fait comparaître en sa présence, aux jeux du cirque, sous des vêtements de fenune^.

Dans les premières années du règne d* Alexis Comnène (1086-11 7 1]« Tinsurrection du duc Rhapsommatis inquiéta plus sérieusement le gouvernement impérial par sa coïncidence avec le soulèvement de Tile de Crète, et surtout à cause de la défection des troupes laissées en Chypre, qui firent cause commune avec les mécontents. L'inexpérience de Rhapsommatis ne devait pas résister à une attaque bien conduite. Homme d'administration, mais si étranger aux choses de la guerre, qu'il savait à peine monter à cheval \ le nouveau gouverneur ne pouvait longtemps soutenir la confiance des soldats. Le grand-duc Jean Ducas, qui avait déjà repris Mytilène et Samos aux Seldjoucides , soumit d'abord Candie , puis vint jeter l'ancre devant Cérines et fit débarquer le général Manuel Butumite ou Voutoumitis, à la tête d'un corps d'armée. Au lieu d'attaquer aussitôt les impériaux, pendant que ses partisans étaient encore dans les espérances de la révolte, Rhapsommatis se renferma dans les châteaux forts, laissant aux officiers royaux le temps de se mettre en rapport avec ses hommes, auxquels ils promirent le

* Ck>n8t. Porph^g. Tkem. lib. I, t. III» * Zonaras, Annal, iib. XVII» cap. xzii»

p. 39. t. II, p. aSo, éd. du Gange; Michel Glycas»

' Caméra , Istoria di Àmalji, p. ao6 ; Hisi, AnnaL part. lY, p. Sgd , éd. Bonn. de Chjrprtt t. II , p. 4. ^ Anne Comnène, iller. lib. IX , cap. 11 ,

' Georg. Cedrenus, HitL p. 757. t. I, p. 43o» éd. Bonn.

90 HISTOIRE DE LIlE DE CHYPRE.

pardon , au nom de l*empereur. D prépara ainsi sa perte. Abandonné par ses dernières troupes quand il se décida à agir, il fut oM^;é de 8*enfuir dans Tintérieur de Tile. Il essaya de s'embarquer à Limassoi, et vint enfin chercher un refuge au milieu des montagnes de Lefkara et du petit CHympe. Saisi dans Téglise même du Stavro Vouni , il fut conduit enchaîné à Gon»tantinople avec ses principaux complices.

D'après les ordres de l'empereur , on réorganisa alors le gouvernement de rtle, en divisant le pouvoir entre deux fonctionnaires. Les attributions administratives furent confiées à un magistrat civil, qualifié déjuge €t peréquor têur, c'est-à-dire répartiteur des impôts. Un générai ou stnaûpédarque eut sous ses ordres un corps de troupes, des navires de guerre et le' commandement des châteaux K

Gbypn^iiapp* L'cmpire avait, depuis quelque temps, à se détendre contre un nouvri

aux

iDTMbnt ennemi , qui menaçait à la fois toutes ses possessions d'Asie. Les Seldjoucides, appartenant à la grande race pastorale et sauvage des Turcs, issue ellemême des Huns et sortie des montagnes de l' Altaï, n'avaient rien de commun que la religion avec les Arabes, dont la domination s'était si durement appesantie sur 111e.

Etablis au x* siècle dans le sud de la mer Caspienne, auprès de hordes turcomanes qui les avaient précédés, les Seldjoucides parcoururent et ravagèrent à leur tour les immense pays compris entre l'Euphrate et llndus. Ils enlevèrent la Perse à la dynastie turque des Gasnévides, et dominèrent la Mésopotamie pour le compte et sous le nom des califes arabes de Bagdad. Vers le milieu du xi* siècle, deux de leurs tribus des plus nombreuses et des plus guerrières, les seules dont les Européens aient entendu parier, passèrent l'Euphrate et se portèrent vers les contrées de l'ouest. La première conquit l'Asie Mineure sur les empereur de Gonstantinople, en lui imposant le nom de pays de Roum, ou des Romains, sous lequel elle le désignait déjà, et d'où est venu le nom de Remanie, que les Latins donnèrent, au moyen âge, à l'Asie Mineure.

La seconde tribu des Turcs Seldjoucides, celle que l'on a appelée des Seldjoucides de Syrie, enleva d'abord aux émirs arabes les pays d'Alep et cte Damas, où elle fonda autant de sultanies indépendantes, et parvint, en 1076, à chasser pour quelque temps les Arabes de toute la Palestine.

' Anne Gonmène , 1. 1 , p. 43o-ii39 , Gly- fut nommé peréqualem* ou gouvemeiir, Phicas, p. 6a 1. Galliparios. patricien intègre. locale ËanMthÎDs fut général.

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