‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 56 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IV

îles établissements monastiques, prit sous sa protection spéciale le couvent chypriote. H garantit par des chrysobules successifs ses privilèges et augmenta ses richesses. Au nombre des terres que la piété des empereurs et celle des particuliers affecta à Tentretien de ses religieux sont les villages de Milos et Milikouri dans le Maréthasse, et celui de Péristérona, dans la plaine située entre Morpho et Nicosie, qui fut depuis un fief des comtes d'Édesse. Ses possessions se sont étendues avec sa renommée dans toutes les provinces de rÉglise grecque; il jouit de revenus et de domaines considérables à Gonstantinople, à Smyrne, en Thessalie, à Satalie et jusqu'en Russie^.

Depuis son arrivée en Chypre, TEléousa de Kykko est invoquée avec confiance comme la protectrice du pays. Lors des grandes sécheresses, on promène avec pompe l'image sacrée dans la campagne, et nul n'ôtera au Chypriote l'heureuse confiance qu'il obtiendra, par son intercession, s'il la mérite, la pluie qui doit féconder ses champs. Les Turcs eux-mêmes rendent hommage à la vierge de Kykko; les turbans s'inclinent avec déférence quand l'Eléousa passe devant eux , et plus d'une fenome des harems lui envoie secrètement des offrandes, quand elle veut obtenir laguérison d'un fils ou le bonheur de la maternité. Partout, d'ailleurs, l'islanûsme entoure Marie de respects et de vénération.

La bienfaisance, la foi, la science, ont des représentants, sortis de tous s«iau les rangs et de toutes les conditions, depuis le palais des princes jusqu'à la chaumière du berger, dans le cortège des saints patrons qu'invoque l'Église chypriote après la Panaîa, la Toute-Sainte, la Sainteté même, nom de la Vierge chez les Grecs.

On connaît les bienfaits qui ont rendu si populaire le nom de sainte Hélène en Chypre; on sait l'origine et les motifs du culte spécial que reçoivent dans File saint Barnabe, saint Lazare, saint Héraclide. A ces noms vénérés se joignirent ceux d'autres saints prélats conune Épiphane , l'illustre évêque de Salamine, Théodote de Curium, Triphylle de Nicosie, Nichita de Chytri, Arcade d'Arsinoé, Léontide d'Amathonte; ceux de confesseurs et de martyrs: Nicanor, l'un des sept premiers diacres, revenu en Chypre, d'où on le croit originaire; Alexandre et Anmion, immolés dans la vallée de Solia; Potamios, Némésios et Didyme, morts également pour la religion; ceux de saints anachorètes, Néophyte, Tharape, Théophane, qui, dans les

' L'archimandrite Kyprianos, auteur de en 1788, a légué, en mourant, sa biblio- VHUtoin de Tîle de Chypre, publiée à Venise thëque au monastère de Kykko.

popaUirw.

solitudes ou les cloîtres de 111e , cootinuèreni par la mortificatioD et la ahatrite Texpiation du Calvaire.

On raconte que les démons faisaient habituellement leur résidence autour d'un vieux ten^le de Vénus sur les montagnes de Gérines, ({uand saint Hilarion, quittant la Syrie, son pays natal, vint se fixer en Chypre avec quelques disciples. L'esprit d'impureté, irrité de se voir disputer son dernier asile dans un royaume privilégié, s'acharna contre le pieux cénobite et le poursuivit d'apparitions nocturnes. Le calme et la prière éloignèrent les visions, et saint Antoine triompha encore une &tts dans un de ses disciples. Hilarion, le créateur de la vie monastique» mourut saintement en Chypre, Tan 366, au milieu de ses amis, réunis sur la montagne même, d'où le culte de sa mémoire se répandit bientôt dans l'tle entière et dans la chrétienté. Une chapelle construite par les Grecs au milieu des restes de Fanden château féodal, détruit au xvi* siècle, a été desservie jusqu'à ces derniers temps. Elle est devenue à son tour une ruine.

Saint Epiphane, formé comme saint Hilarion aux austérités de la Thébaîde, ensuite évéque, durant trente-six ans, de la ville de Constantia, est une des gloires de l'Eglise et de la nationalité chypriote. La croyance géné^ raie de l'île place le lieu de sa naissance au village de Kalapanaîoti, dans la vallée du Maréthasse, au nord de l'Olympe. Profondément instruit des saints livres, Epiphane figure au nombre de ces prdats dont les écrits et les discours ont fixé l'intégrité du dogme catholique, en le d^ageant des erreurs que l'hérésie menaçait d'y introduire, aux premiers siècles du christianisme. L'éloquence moderne a peint en traits admirables la vie active, le génie ardent, l'influence du vaste savoir et de la haute expérience du grand évéque de Salamine^ qui défendit avec un indomptable courage le maintien de la discipline en Orient et vint à Rome même pour concourir avec saint Jérôme à consolider l'unité de la foi. Si on a r^etté la vivacité des discussions eu l'entraîna quelquefois la fougue de son zèle, tous ont loué la pureté de sa doctrine, la sainteté de sa vie, l'étendue de sa charité, que servaient si heureusement les revenus d'une riche métropole. Comme il revenait de Constantinople en Chypre, après une dernière lutte contre les doctrines d'Origène, Epiphane mourut, en vue du rivage, le i3 mai 4o3. On montre à Famagouste une ancienne caverne taillée dans le roc, où le saint vieillard allait quelquefois se retirer dans le recueillement et la prière. Le jour de sa fête,

^ Villemaia , Tableau de V^oquetkce chrétienne on n' siècle.

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