‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 57 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IV

les murs desséchés laissent tomber, dit-on, des gouttes d'eau, qui rappellent les larmes des pénitences volontaires qu'il s'imposait pour son peuple.

Un trait de la vie de saint Spiridion , évéque de Trémithus, rappelle combien rÉglise a toujours possédé l'intelligente tendresse des mères. Dans l'un de ces jeûnes rigoureux des premiers siècles, où, à certaines époques, la ferveur s'interdisait non-seulement les aliments gras, mais toute espèce de nourriture, un voyageur fatigué vient frapper à la porte du pasteur de la Messorée. Le pain même manquait à la maison; on ne trouva pour le repas de l'étranger qu'un reste de porc salé. Spiridion ordonne à sa fille de faire cuire aussitôt la viande, et, quand elle est servie, il porte le premier la main au plat. Comme le voyageur étonné le regardait en disant qu'il était chrétien: «Mange sans crainte, mon enfant, lui répond le saint évéque, tout est pur « pour qui a le cœur pur. » Condamné sous Maximilien aux travaux des mines, probablement en Chypre, où il vivait, délivré ensuite et promu à l'épîscopat, Spiridion assista au concile de Nicée, mais ne put revoir son pays, n mourut en traversant l'Archipel. Les mariniers transportèrent secrètement son corps dans l'ile de Corfou , où il est encore pieusement conservé.

Le culte de plusieurs saints était devenu l'objet spécid de la dévotion de certains lieux, témoins de leur vie ou dotés de leurs reliques. Nicosie possède un couvent nommé Pantûa Macedonitissa^ Notre-Dame-de-Saint-Macédon, où la mémoire d'un de ses anciens évéques s'est perpétuée jusqu'à nos jours, unie au culte de la Sainte Vierge. Saint Jean FÂumônier, patriarche d'Alexandrie, sous le règne d'Héraolius, fils d'Epiphane, gouverneur de Chypre, fut le premier patron d'un grand monastère situé dans les montagnes du Mâchera, où l'on croit que le charitable prélat, en quittant l'Egypte, se retira pour mourir après avoir donné le reste de ses biens aux pauvres. Les Grecs de Bythinie honorent aussi un saint Jean l'Aumônier national; sans chercher à concilier les f»*étentiotts des deux pays en admettant avec quelques hagiographes deux saints du même nom, nous rappellerons que, d'après l'opinion même des Latins d'Orient, saint Jean l'Aumônier» le patriarche d'Alexandrie, celui en l'honneur duquel fut d'abord consacré à Jérusalem le premier hôpital de saint Jean, d'où sortit l'ordre célèbre des chevaliers de Rhodes et de Malte, était le grand saint chypriote^.

Les historiens de l'ile revendiquent aussi avec assurance sainte Catherine, Haîa Catherina, d'où l'on a fait par contraction Akatherina, Mcaûierina,

' Jacques 'd« Vitiy» ap. Bongan, Hist cap. lxiy, p. 108 a.

comme fille d'un autre duc, ou même d'un roi chypriote vivant au m* siècle '. Il est plus sage d'avouer l'ignorance où Ton est au sujet de la patrie et de la vie même de l'illustre sainte du Sinaï, vénérée seulement en Orient au Tiii* siècle, après la découverte de son corps par des Arabes chrétiens, et introduite dans la liturgie d'Occident au xjf siècle par les croisades. Mais saint Jean Lampadiste, le Brillant, V Illuminé, est, ajuste titre, un des saints populaires de llle, surtout dans les cantons du nord-ouest, où il est né et d'où est venu vraisemblablement son surnom. Sa vie, peu connue d'ailleurs, parait n'avoir eu rien d'éclatant, et ne semblerait pas>justifier la glorieuse dénomination qui le distingue dans l'Église grecque. La montagne du Troodos , au contraire, l'antique Olympe chypriote, au pied de laquelle Jean vint au monde, a été nommée Lampadiste^, à cause des neiges qui, par une exception unique dans l'Ile, blanchissent quelquefois ses plus hautes cimes. Conmie saint Epiphane, Jean était né dans le Myrianthoussa, la partie la plus agréable du Maréthasse, probablement au lieu nommé autrefois Lampadistou comi', le village du Lampadiste, où n'existe plus aujourd'hui qu'un couvent sous cette invocation.

Sainte Akonas ou Ancona, vierge chypriote, a donné son nom à un ancien village de l'Alamas, que parait rappeler encore une chapelle en ruine près de l'ilot d' Akonas, et à un village de la Messorée. Un saint Georges, évéque de Chypre, est honoré dans la ville de Larnaca, qui lui a élevé deux monastères. Saint Sozonta, jeune pâtre brûlé par les Arabes d'Aboubècre on d'Aroun, était révéré à Plakonitudio, village qui semble ne plus exister aujourd'hui. Lefkomiati, localité abandonnée près de Nicosie, conservait autrefois le corps de saint Dimidios, disciple de saint Triphylle. Sainte Maure ou la Noire, Haia Mavra, originaire de la haute Egypte, vécut en Chypre avec son mari, saint Timothée, au village de Pérapédi, dans les montagnes du Kilani, patrie de Timothée. Convertis depuis peu au christianisme quand les premières persécutions des empereurs s'étendirent dans l'île, les deux époux firent à la foi le sacrifice de leur vie. Les gens du pays sont convaincus que les pierres rougeàtres situées près le lit du Kouri portent encore les traces de leur sang. Q y avait autrefois un monastère de Sainte-Maure sur les bords du torrent.

^ D'aprës la tradition chypriote, le père ' Florio Bustron, fol. 3a.

de sainte Catherine est un roi de Salamine ^ Dans une Vie de saint Barnabe , M. Mil-

nommé Constant. 1er, SappUm, aux petits géograpk, p. t4i .

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