‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 59 sur 283 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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Migrations en Chypre. Autres panégyries. Races diverses de Tile. Fond hellénique de la population. Colonies étrangères. Les Syriens. Les Arméniens. Les Maronites. Autres éléments de la population orientale de Chypre. Chaidéens. Ibériens. Géorgiens. Jacobites. Zingares. Juifs. Derniers temps de la domination byzantine. Villes principales de Tile au moment de •

la conquête franque.

Les auteurs qui ont recueilli les faits de Tbistoire de Chypre, à une époque Migrations déjà éloignée des premiers règnes latins et des souvenirs byzantins, rapportent Chypre. qu'au temps où le royaume de Jérusalem penchait vers sa ruine un grand nombre d'Occidentaux, chassés de la Syrie par les Arabes « se réfugièrent en Chypre, vécurent en ermites dans ses campagnes, et reçurent, après leur mort, les honneurs de nouvelles panégyries^ Les chroniqueurs chypriotes du xv" et du xv!** siècle ont probablement groupé, sur une époque insuffisamment déterminée d'ailleurs, une série de faits et de circonstances appartenant à des temps postérieurs et éloignés les uns des autres. Le passage en Chypre de Francs ou de Franco-Syriens fatigués du monde et consacrés à Dieu, s'il devint assez fréquent lorsque des princes latins résidèrent à Nicosie, dut être bien rare sous le règne des empereurs grecs, dont le gouvernement fut habituellement hostile aux Occidentaux. La migration de trois cents anachorètes, gentilshommes et religieux latins, que mentionnent les monuments d'outre-mer, est certainement vobine de la fin du xni* siècle et contemporaine, non pas de la prise de Jérusalem, mais de la perte de Saint-Jean d'Acre, époque ou l'ile de Chypre représentait encore le royaume de Jérusalem. L'hagiographie chypriote s'enrichit alors d'une page nouvelle, et, parmi les saints qu'accueillit l'élise de Saint-Barnabe, nous retrouverons plusieurs noms occidentaux et quelques noms français, au nombre desquels le plus populaire est

' Strambaldi, au commencement de sa signan» Hist. de Cjpre, fol. 63; Kyprianos, chronique; FI. Bustron, fol. 87 et suiv. Lu- Hist, de Chypre, p. 353.

celui de saint Jean de Montfort, patron d'une riche église gothique, détruite au xvi^ siècle, lors de la construction des remparts vénitiens de Nicosie.

Les émigrants asiatiques, venus dans File lors des ravages des Turcs et des Arabes en terre ferme, conmie ceux que l'invasion des croisés poussa hors de la Syrie, au xi' siècle, apportèrent avec eux en Chypre les ossements de leurs patrons. Ce furent de nouveaux trésors et de nouvelles satisfactions pour la dévotion publique ^

; Anirt^ Depuis une époque très-éloignée, antérieure peut-être à son nom actuel,

I le village de Saint-Serge, Haï Serghi, Hagios Serghios, près des ruines de

Salamine, célèbre au 7 octobre une panégyrie qui parait avoir été instituée ^ lorsqu'on reçut dans l'ile quelcpes reliques de saint Serge, martyrisé avec saint Bâche en Syrie. Mosphiloti, petit village au sud d'Idalie, près du monastère de Sainte-Thècle, est le lieu où se célèbre annuellement une fête religieuse et populaire le 24 septembre, jour de la mort de la jeune fille de Gaza , livrée aux bêtes dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. Menikou , dans le Morpho, croit posséder les têtes de saint Cyprien et de sainte Justine, que des prêtres d'Antioche transportèrent en Chypre lors des invasions arabes , et que l'on expose à la vénération publique à la panégyrie du 2 octobre. Le bourg de Morpho, au milieu de la plaine baignée par le Pendaïa, ouvre, au 2 septembre, une des plus grandes foires de l'ile. C'est la fête de saint Marna, martyr d'Asie Mineure , devenu le patron de la localité , à peu près à l'époque où l'ile de Chypre acquérait la célèbre peinture de Constantinople dont nous avons parlé. Les habitants des vallées du Lefka, du Maréthasse et de Solia, y viennent échanger leurs produits contre les marchandises étrangères qu'y envoyaient, au moyen âge, les facteurs de Famagouste, et qu'y portent aujourd'hui ceux de Larnaca. Saint Mama, originaire de la ville d'Alaïa en Pamphylie, appelée chez les Francs Candelore^, fut mis à mort par les Turcs Seldjoucides, lors de l'invasion de l'Asie Mineure. Son supplice ajouta à la gloire d'une vie de dévouement et lui fit décerner bientôt les honneurs de la béatification. Ses amis l'inhumèrent dans une cuve de marbre antique et traversèrent avec leur dépôt le bras de mer qui les séparait de l'île. Les Chypriotes préfèrent croire que le sarcophage, soutenu par la main de Dieu,

' Strambaldi rappelle souvent ces circons- * Les Chypriotes assiégèrent cette ville

tances dans les prolégomènes de sa chronique. sous le règne de Pierre I***. [Bibl, de Véc. des

( Voy. aussi Lusignan , Hist de Çyprt , ch. xiii chartes, %* série ,t.I,p. 3i5,d9i» 5o5 ; t. Il ,

et XIV; Kyprianos, p. 3A5 et sutv.) p. i38.)

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