‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 65 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V

villages, quelques autres dans la campagne; un couvent de Saint-Elie à lest de son hameau de Mai^hi , aujourd'hui sans un seul habitant. Le curé ou protopapas de Kormakiti, qui porte la crosse, remplace Tévêque maronite de File, obligé depuis longtemps, par les persécutions des Grecs, d'aller résider en Syrie ^. Dans ces derniers temps, beaucoup de familles, pour se soustraire à la cupidité des Turcs et aux humiliations dont les Grecs les abreuvaient, avaient cherché la sécurité dans le Liban, où leur nation se relève et prospère^! Mais, depuis quelques années, la France a donné aux restes de la colonie des marques d'intérêt qui ont arrêté l'émigration. Nos consuls ont fait cesser les exactions que le clei^é grec prélevait sur ses élises; on a obtenu pour ses membres la justice de n'être pas plus mal traités que les autres raïas de l'ile.

L'ile de Chypre, placée au fond de la Méditerranée, à proximité des trois AmrM éUmmu grands rivages de Syrie, d'Asie Mineure et d'Egypte, a été de tout temps ii population

. . . orionUla

un lieu de refuge^ pour les populations opprimées du continent. Durant les Ja Chypre. troubles de la décadence byzantine, des races et des sectes de tous pays y sont venues chercher un asile. Indépendamment des Syriens, des Arméniens et des Maronites, dont nous venons de parler, on y vit passer, à diverses époques, des Nestoriens, des Éthiopiens, des Ibériens, des Géorgiens, des Jacbbites, des Coptes, des Zingares et des Juifs. Dispersés quelquefois individuellement dans la masse des autres populations, les colons étrangers vivaient plus souvent en agglomération de familles et de croyances. Plusieurs de ces races ne sont signalées dans l'ile qu'au xvi* siècle, au moment de la conquête turque'. La plupart cependant paraissent s'être fixées dans l'ile bien avant la domination latine et dès le temps des gouverneurs grecs. Quelques-unes avaient des établissements religieux dans la campagne; mais leurs membres n'ont jamais fait partie de la population agricole. Occupés ordinairement, du temps des Français, d'industrie et de commerce, ils habitaient avec leur clergé les villes de Nicosie et de Famagouste^. Hérétiques ou infidèles, ils furent tous prot^és par la législation firanque, qui les assimila

^ Au xviii* siècle déjà l'évêquc ou arche- ronites du Lil>an,que Voiney, en 1784 1 éva-

véque maronite de Chypre ne pouvait plus luait seulement à cent vingt mille, habiter file. (Uist ùm Chypre, t. III , p. Ô77, ' Lusignan , ch. xvi; £11 combHn àê sortes

note.) de nations le peuple de Cypre était divisé,

* Sans trop compter sur une exactitude fol. 71-76. statistique, on peut estimer aujourd'hui a * Lusignan, loc. cit. cf. Hist, de Chypre,

plus de deux cent mille le nombre des Ma- t. H, p. 385, note.

aux schismatiques séparés de. la discipline romaine ^ Leur condition générale, dans Tordre civil, fut celle d'affranchis jouissant de la liberté personnelle, mais astreints aux tailles et aux charges des élefthères^. Sous le rapport religieux, leur culte et leurs ministres étaient soumis à l'inspection des évêques latins.

Chald^enf , GÀ)rgi«iu.

Quand les Nestoriens de Chypre n'avaient pas un évéque résidant avec eux dans File, ils étaient administrés par le métropolitain deTarsous, dépendant du patriarche de Bagdad'. En diverses circonstances, leurs recteurs se résignèrent à faire acte d'adhésion à la foi catholique ; ils assistèrent aux conciles des prélats latinà dans le royaume^; mais l'union ne fut jamais prononcée que sous la contrainte. Ils restèrent toujours séparés, par le dogme, par le culte et par les sentiments, de l'Eglise d'Occident. Le Saint-Si^e chercha cependant plus d'une fois à leur complaire, en recommandant aux Latins d'abandonner la dénomination de Nestorieni, qui leur semblait injurieuse, pour les appeler du nom national de Chaldéens^.

Les Ibériens, originaires de l'Iméréthie, au nord du Caucase, avaient quelques monastères près d'Alamino, dans le Mazoto. Le corps de la nation, d'ailleurs très-peu nombreux, était fixé à Nicosie, comme la colonie géorgienne; elle obéissait comme elle à l'évêque grec, et suivait presque en toutes choses le rite de Constantinople. Les Ibériens étaient encore plus opposés que les autres rites à la suprématie romaine^.

JaeobilM.

On comprend sous le nom général de Jacobites tous les partisans de l'hérésie monophysite condamnée au concile de Chalcédoine dans la personne d'Eutychès, renouvelée au vi* siècle par Jacques Baradéhi, évéque d'Edesse. Les doctrines de ces sectes, engendrées par les développements de l'opinion contraire à la croyance nestorienne, se répandirent surtout dans le patriarcat d'Antioche, en Egypte et en Abyssinie, où elles constituèrent trois Eglises différentes. Les Abyssiniens, appelés aussi Éthiopiens ou Indiens, qui pratiquent la circoncision et qui confèrent le baptême avec un

* Assises, t. II, p. XLiii, 55 et sniv. 178.

* Lusignan , loc. cit.

^ Hist. de Chypre, t. III, p. 337.

* Labbe, ConciL t. XI, col. 2 432, 2436.

* Hist, de Chypre, t. III, p. 327-328, note; Jos. Louis Asscmani, De caihoHcis

seu pairiarchis Chaldmoram et Nestonawnvm, Rome, ia-4*» '77^» ?• ^ob; Jos. Simon Assemani, Bihlioth, orient, t. lY, p. 434; Kinaldi , Annal, eccles, t. XXVIII , p. 466. * Lusignan , Hist, de Cypre , fol. 7 5 ; Kyprîa* p. 63.

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