LIVRE 1. CHAPITRE V
fer chaud sur. le front, par suite d^une fausse inteq>rétation de TÉvangile de saint Mathieu, avaient un évéque à Nicosie. Les Coptes ou Égyptiens, d'une rigidité inouïe dans les jeûnes et les pénitences, résidaient également dans un quartier de Nicosie avec leur évéque envoyé par le patriarche du Caire; ils avaient, en outre, un couvent de Saint-Macaire près du village de Platani^
Les Orientaux, que les Francs appelaient proprement Jacobttes^, sont des Syriens et des Gréco-Syriens, tous schismatiques, tant pour TEg^ise latine que pour TEglise grecque. C'était la partie réfractaire.et protestante de la population byzantine. Des mécontentements politiques survenus en Syrie amenèrent ce schisme au vi* siècle, en provoquant des manifestations contraires aux anciennes croyances orthodoxes et melchites établies dans les premiers conciles œcuméniques, et devenues, depuis le règne de Marcien, comme la religion de Tempire. Du patriarcat d'Antioche, où s'était d'abord prononcée leur opposition, les dissidents, protégés par les rois de Perse, se retirèrent dans la Mésopotamie et se propagèrent plus tard en Afrique. Il est probable qu'ils furent tolérés en Chypre sous le gouvernement des ducs byzantins. Les motifs mêmes de leurs diCTérends avec le gouvernement de Constantinople leur assuraient au moins un traitement équitable de la part des Latins.
Dès le commencement du xiii* siècle, les Jacobites sont établis dans l'ile, ils siègent aux conciles, et font de temps à autre acte de soumission à l'Église latine, sans abandonner en réalité aucune de leurs croyances ni de leurs pratiques^. Le pouvoir civil, qui voulait les retenir dans l'île, leur donna des marques de confiance^. De nos jours, quelques Jacobites, par suite de leur vieille animosité contre les Grecs, se rapprochent de Rome en conservant leur rite particulier et tendent à fonder une Eglise de Syriens catholiques, que l'Europe occidentale et particulièrement la France a grand intérêt à favoriser.
Les Zingares ou Cinguanes, appelés en France Bohémiens, peuplade zingu-, basanée, d'origine hindoue, qui erre depuis un temps immémorial par familles éparses dans les provinces du Levant, en Syrie, en Egypte, en Asie
' Lusignan, fol. 73 v*. ^ Labbe, ConciL t. XI, col. 943s, 3436;
' Assises, t. lit f. 55, 178; Jacques de }A9in5Ï,Concil.i,XWl'yHist,deCkyprt,t,lU,
Vitry, p. 1091; Hist. de Chypre, t. HI, p. 618. p. 618. * Assises, t. II, p. 366.
Mineure, d'où elle est venue à Constantinople et en Europe^, était peut-être passée en Chypre lors de la conquête franque. Elle n'y a plus aujourd'hui un seul représentant. Les monuments ne la montrent dans l'tle qu'au xv* et au XVI* siècle^. Mais, dès i33!2, elle avait traversé la Méditerranée orientale et se trouvait déjà établie en Crète ^. En Chypre elle campait dans un village près de Nicosie, où on lui avait donné quelques terres à cultiver. Quoique devenus colons et même, en apparence, chrétiens, les Zingares avaient conservé leurs mœurs nomades et vagabondes. Us parcouraient périodiquement les districts de Tile, sales et mal vêtus, exerçant quelques petits métiers, comme la serrurerie et la vannerie, disant la bonne aventure, volant tout ce qu'ils pouvaient cacher, et rentraient ensuite dans leur village^. Libres, du reste, de toute servitude personnelle, ils n'étaient assujettis qu'aux prestations et aux tailles imposées aux affranchis^.
Il s'était formé chez les Francs d'Orient un droit public bien supérieur par son esprit de modération et d'équité aux coutumes des Etats de l'Europe. Obligés de vivre au milieu de populations étrangères et ne pouvant se passer d'elles, les croisés, tout en réservant à leur race les privil^[es politiques et la meilleure part de la propriété , n'opprimèrent point les populations soumises. Ils furent pour les Syriens, les Maronites, les Jacobites, les Juifs même, que nous ne devons pas oublier, bien plus tolérants que ne l'avaient été les Arabes et les Grecs, et que ne l'étaient leurs propres compatriotes en Occident. Ils laissèrent les Juifs vivre en paix dans le royaume de Syrie et de Chypre, et s'y occuper librement de conmierce, de change, de prêts et d'arU libéraux^ Les témoins juifs, que repoussaient les usages d'Europe, étaient admis dans les tribunaux régis par la loi des assises^. L'Église toutefois s'efforçait, même outre-mer, d'empêcher les chrétiens de contracter des mariages dans les familles israélites et d'appeler auprès d'eux comme médecins les hommes de cette race toujours détestée^. Mai vus de
* Voyez les savantes dissertations que M. Paul Bataillard a publiées sur Tapparition et la dispersion des Bohémiens en Europe. [BibL dç i'éc. des chartes, i " série , t. V, p. 4 53, 3* série, t. I, p. 19, 20.)
* FI. Bustron , ms. de Londres , fol. 1 98 v* ; Lusignan , fol. 7 1 .
' C'est dans Tile de Candie et non en Chypre que Simon Siméonis rencontra , en 1 332, une bande bohémienne. (lûn. Siméonis et fV. de Worcestre, pubi. par Nasmith , Cam-
bridge , 1778, in-8*; BihL de I'éc, des ckaries, 3* série, 1. 1, p. 21 , note, et p. suiv.)
* Lusignan , fol. 7 1 .
' Fi. Bustron et Lusignan , loc, cit, BihL de Vécole des chartes, 3" série, t. I, p. 30, note.
' Assises, t. II , p. 1 78 ; Mansi , Coll. conciL t. XXVI, col. 328; Labbe, t. XI, col. 3379, 2392, 2&1 1.
^ Assises, i,î, p. ^St iik.
^ Art. 4 du concile de Limassol de 1 298;