LIVRE 1, CHAPITRE VI
de Constantinople semblait disposé à tenter un effort pour reprendre Tile de Chypre ^
De Tavis des chevaliers feudataires formant sa haute cour, Âmaury envoya un message à l'empereur Henri et lui offrit son honmiage en demandant les insignes royaux. L'envoyé principal fut Renier de Giblet , un des chevaliers d'ancienne noblesse de Syrie établis dans Tile. L'ambassade arriva avant les fêtes de la Toussaint (octobre iigô) au palais impérial de Gelnhausen , dans le Palatinat du Rhin , où l'empereur réunissait un grand parlement pour disposer la croisade qu'il avait fait vœu d'accomplir depuis la mort de son père^. L'hommage d' Amaury fut accepté, et l'empereur envoya par avance les archevêques de Trani et de Brindes porter le sceptre royal au prince^, se réservant de poser lui-même le diadème sur la tête du nouveau roi lorsqu'il se rendrait en Syrie. La maladie l'ayant ensuite empêché de prendre personnellement le commandement de l'armée, il confia l'expédition au chancelier de l'empire, Conrad, évéque d'Hildesheim, qu'il chargea de couronner à sa place le roi de Chypre*.
Partie de Messine vers les premiers jours de septembre 1 197 , la flotte im- n est eonroon^
. •' prêt»
périale se divisa en deux corps , dont l'un fit voile directement pour Saint-Jean hommage lige d'Acre , où il parvint le 2 2 septembre ; l'autre vint aborder en Chypre. Amaury Vemperwir. de Lusignan , prévenu de l'arrivée du chancelier, alla au-devant de lui et Tescorta jusqu'à Nicosie. La cérémonie du couronnement se fit en cette ville au milieu d'un gand concours de peuple et de seigneurs français et allemands, parmi lesquels se trouvait Adolphe, comte de Holstein . Amaury renouvela.
' Gesta Innoc. UI, ap. Baluze , Epist. Innoc. t. I, p. 3o; Rinaldi, ann. 1 199, $70, t. XX, p. 68 ; Coniin. de GuiU. de Tyrj p. 309.
* A nnaUi Argentinenses , ap. Boehmer , Fontes reram Germanicantm, t. III , p. 89 , Stuttgard, i8S3.
' Fontes rerum Germ. t III, p. 89. Je n hésite pas à reconnaître, avec M. Huillard Bréholles (Hist, diplom, Frider, p. cccxuiii), tout ce que cette particularité de l*envoi du sceptre royal par Tarchevèque de Trani à Amaury , constatée par les annales de Strasbourg, récemment publiées à Stuttgard, donne de vraisemblance à Fauthenticité du diplôme commercial d' Amaury de Lusignan en faveur de la ville de Trani , pièce d'ail-
leurs très-aitérée dans sa forme actuelle. Cette circonstance fournit même une preuve nouvelle à Tappui de ce que nous avons dit pour défendre la réalité historique d*un diplôme d' Amaury aux Marseillais. Beaucoup d'anciennes chartes, grossièrement renouvelées par Tinexpérience des copistes plus souvent que par la fraude des parties intéressées , peuvent provenir, comme celle de Trani , d'un texte primitif très-sincère , et reposer sur des faits véritables. [BibL de Véc, des chartes, 3* série, t. I , p. 347.)
* Arnold de Lubeck . Chron, Sla», liv. V . ch. II , ap. Leibnitz , Script. Bransv, t. III , p. 706; Contin. de GuiU. de Tyr, p. a 10; Hist. de Chypre, t. II, p. 10 et 3i.
1197. dans les mains de Tévéque d'Hildesheim, le sennentde fidélité et d^hommage lige que Renier de Giblet avait déjà fait en son nom à Tempereur. Conrad déposa alors la couronne sur la tète du prince, l'investit par le sceptre et répée de la dignité souveraine; puis il se rembarqua et fit voile vers la Syrie, après avoir échangé avec le roi et ses chevaliers de nombreux présents ^.
Canetin La rcconuaissance de la suzeraineté impériale n'imposa à Tile de Chypre
c«i homuiagt. aucune obligation politique. L'hommage requis du nouveau roi fut une simple marque de déférence, aussi vaine que l'homimage obtenu par les empereurs d'Orient de quelques princes croisés, aussi illusoire que la promesse de sujétion faite par* Richard I"' à l'empereur Henri VI lui-même en recouvrant sa liberté. Les événements ôtèrent même promptement à l'acte de vassalité d'Âmaury les conséquences qu'il aurait pu avoir. A peine investi par Henri VI, Amaury devint roi de Jérusalem, et jamais les empereurs d'Allemagne n'auraient voulu assujettir à leur féauté le prince ceint de cette glorieuse couronne. D'autre part, l'empire de Constantinople, dont les dispositions avaient inquiété le roi de Chypre, fut, peu d'années après, remplacé par un empire latin. L'hommage d'Amaury tomba dans l'oubli, parce que les rois de Chypre n'eurent plus intérêt à le rappeler, et que les empereurs d'Occident ne furent plus en position de l'exiger. Un moment seulement, au début du règne de Henri I", Frédéric II parvint à faire reconnaître de nouveau la suprématie de l'empire sur le royaume de Chypre. Mais le succès des prétentions de Frédéric tint surtout aux questions de minorité qui s'agitèrent alors, et qui firent hésiter quelques chevaliers du royaume sur le devoir des feudataires. L'homme^ de Henri P' à Frédéric II et celui d'Amaury à Henri VI ne furent que des faits accidentels ; ils n'influèrent en rien sur le caractère et le développement des nouvelles institutions de l'île. Le royaume créé par la concession de Henri VI, et consacré par la main de son chancelier, acheva de se constituer dans les mêmes conditions d'indépendance politique que l'Etat fondé par les croisés en Syrie , dont il suivit complètement le r^ime et la législation.
Gonsiiiotioa Lc royaume de Chypre, ainsi que le royaume de Jérusalem, était un Etat
du
^ royaoïM aristocratique , dans lequel la véritable souveraineté appartenait au corps de
de Chypra.
^ ConÛH. de GaiU. de Tyr, p. 21a; Chron. Lubeck , t. II , p. 706 ; Hist, de Chypre, t II , d^Haib. ap. Leibn. t. Il, p. iSg; Arn. de p. 3i.