‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 77 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

choisis par le jroi ou le seigneur parmi les citoyens notables de la localité, et institués par lui seul. Limitée par ces précautions, la cour des bourgeois avait une juridiction entière et sans appel sur toutes les questions de justice civile, pour tous actes et contrats entre bourgeois ^. Dans la justice criminelle , sa juridiction était presque aussi étendue; elle appliquait, pour les crimes et délits, les peines les plus rigoureuses admises par les assises, telles que la mutilation de membres^. Elle prononçait même souvent la peine de mort; seulement, avant de procéder à Texécution capitale, qui avait lieu généra* lement par la potence ', la cour devait donner connaissance au roi du crime commis et du supplice qui allait être infligé^.

De même qu'il y avait en Syrie des grands vassaux et des justices seigneu* riales, il y eut dans ce pays plusieurs cours des boui^ois. On en compte jusqu'à trente-neuf relevant soit du roi, soit des barons ^ En Chypre, outre les tribunaux spéciaux de la chaîne et de la fonde, réservés aux affaires maritimes et commerciales, une seule cour des boui|;eois suiXt à l'administration de la justice pour toute la population non noble autre que les Européens régis séparément par leurs consuls^.

La faveur d'une cour particulière, accordée aux Syriens en Palestine, leur fut maintenue en Chypre. Une partie des attributions de cette juridiction exceptionnelle dut passer plus tard aux justices purement commerciales et maritimes; mais la population syrienne, parmi laquelle on peut vraisemblablement ranger les Maronites et les Jacobites grecs, conserva toujours en Chypre son reis, comme le représentant et le protecteur de sa nationalité vis-à-vis des Occidentaux. Ce chef était d'ailleurs nonomé par le roi et choisi ordinairement parmi les chevaliers francs de la haute cour''.

Les premiers noms que nous voyons associés à l'établissement des Lusi

Principalrs

familloe

ipal iiloi

gnan et investis des hauts emplois appartiennent naturellement à la noblesse de i* Dobieu« latine de Syrie, issue elle-même, pour la plus grande partie, des immigra- ' yp"^^*tions françaises antérieures. Baudouin de Bethsan ou de Bessan , connétable de Chypre avant qu'Amaury portât la couronne^, descendait d'un fils cadet de Robert, seigneur de Béthune en Artois , passé , lors de la première croisade ,

' Assises, t. II, p. 33-34.

' Jhid. t. II, p. 93, 95, 173, 574*

» /6û2. tll,p.56et574.

* /Wd. t. II. p. 373, 57a.

^ Ibid, t. I, p. 419.

' Ihid, t. II, p. xuY etsuiv.

^ Ihid. t. I, p. sS; t. II. p. 10; BihL de Véc, des chartes, t. II , p. 517, 3* série ; Inscriptions (le Nicosie.

* Hist, de Chypre, i, III. p. 599.

ii'>7. en Terre sainte^, où il avait obtenu la terre de Bethsan , autrefois ScythopoUs, près de Nazareth. Les membres de cette famille ont été mêlés à tous les événements saillants du royaume de Chypre.

Les Giblet, devenus si nombreux et si influents en Orient, étaient originaires de Gènes. Hugues Embriac ou Embriaco, mari d'une femme noble de Provence, nommée Sanche, fut le premier possesseur franc de la ville de Giblet^, l'ancien Biblios, au sud de Tripoli. Il transmit ce nouveau nom, comme partie de son héritage, à ses descendants. La famille de Giblet, appelée souvent dans les textes latins du nom classique de Biblios ou Biblos^^ eut les plus hautes alliances matrimoniales, et occupa les premières charges dans les deux royaumes d'outre-mer. En Chypre elle posséda les terres de Saint- Andronique ou d'Haîa Photou, dans le Karpas, de Pyla, près de Larnaca, d'Ovgoros, dans la Messorée, et autres seigneuries.

Après les maisons souveraines de Jérusalem, d'Antioche et de Lusignan , il n*en était pas qui eût déjà plus d'illustration , qui dès lors et plus tard ait occupé de plus hautes positions, et produit un plus grand nombre d'hommes remarquables que la famille d'Ibelin. Le chef de cette maison fut un seigneur croisé nommé Balian, frère de Guilin, comte de Chartres. Venu en Syrie, lui dixième de chevaliers, entre la première et la seconde croisade, Balian, qu'on appela Balian le Français, reçut en fief du roi Foulques la ville dlbelin, au sud de Rama et de JafTa, le château de Mirabel et autant de terre qu'il en fallait pour doter ses neuf vassaux ou compagnons^. Il épousa Héloïse, dame de Rama, sœur du seigneur de Naplouse, et en eut trois fils, qui tous firent de grands mariages. L'ainé, nommé comme son père Balian, fut le second époux de Marie Comnène, reine de Jérusalem, veuve d'Amaury I*'. C'est lui qui, après la défaite de Tibériade et la prise de Guy de Lusignan, soutint la confiance des restes de l'armée, prit en main le gouvernement, et négocia avec Saladin la remise de Jérusalem. Hugues d'Ibelin , second fils de Balian P^ épousa la fille de Joscelin , comte d'Edesse. Baudouin , troisième fils de Balian ^^ succéda à sa mère dans la terre de Rama, qu'elle avait eue en dot, et fut la tige des seigneurs de Rama, famille à laquelle appartenait la première reine de Chypre. Amaury de Lusignan , lorsqu'il hérita du roi Guy» son frère, était marié à Échive d'Ibelin, fille de Baudouin de Rama. Lesdes-

> Du Chesne» Uhl. Je Mhune, liv. VIII. ' HisL de Chypre, t. II, p. i43; BihL de

ch. I , p. Dà3 ; Lignages d'outrc'fner, ch. xxvii ; l'cc. des chartes , 2* série , t. II , p. 507. Assises, t. II, p. ^63. ^ Lignages d'outre-mer, ch. TUi ; Assises,

' Lign. ch. xxx*, Assises, t. II, p. 465. t. II, p. à 48.

Page 1