‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 78 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

cenclants de Balian le Français occupèrent en Terre sainte, outre Ibelin, Mi- 1197. rabel et Rama, les seigneuries dç Beyrouth, de JaSa, d'Ascalon et d*Arsur. Aussi avantageusement dotés en Chypre, ils iurent, par leurs alliances, leurs richesses et leurs nombreux adhérents, les principaux soutiens des deux royaumes.

Les monuments ne désignent pas toutes les familles qui eurent part aux distributions de terre de Guy et d'Amaury. En réunissant aux noms précédents les noms qui apparaissent le plus tôt dans les monuments de Thistoire des Lusignan , on peut cependant reformer à peu près le premier et le plus ancien livre dor de l'aristocratie franque de Tile de Chypre. Ces familles, communes d'abord pour la plupart aux deux royaumes, furent, après la perte de la Terre sainte, exclusivement chypriotes. Nulle préséance ou hiérarchie ne peut être, d'ailleurs, établie entre elles. En nommant d'abord les Soissons, issus, à ce qu'il parait, des anciens comtes de Soissons^, les Rivet, les Montfort, les La Baume, les Le Bel, les d'Anguiller ou d'Agulier, les Petit , les Le Jeune et Le Jaune , les Barlas , venus du Poitou^, les La Force , les Montbéliard, nous suivons plutôt les indications des monuments chronologiques qu'un ordre de prééminence.

On peut considérer comme aussi anciennes que les précédentes, et conmie ayant eu séance dans la haute cour dès le règne d'Amaury ou de ses premiers successeurs, les familles de Navarre, de La Porte, de La Roche, de Dampierre, de L'Amandelée, issue de la Calabre'; de l'Aleman et de Porcelet, originaires de Provence; de Picquigny, venue de Picardie; de Saint-Bertin , de Brie, françaises conmie les précédentes; de Le Tor, famille qui a produit un jurisconsulte célèbre. Les familles d'Arsur, de Tibériade, de Toron, de Caîphas, de Montgesard, de Montréal, de Néphin, de Bélinas, de Mareclée, de La Blanchegarde, de Scandelion, comme celle de Naplouse, l'ancienne Sichem, originaire de Champagne, passées dans l'ile à diverses époques, rappelaient les possessions de la Syrie féodale. Celles de Kividés, de Gourri et du Karpas , prirent leurs noms des fiefs qu'elles eurent dans l'ile. Les Norés , une des rai*es maisons franques existant encore en Chypre, cachée sous le pseudonyme de Calimeri*, posséda autrefois les terres de Kormakiti, Vassilia, Karpascha et autres villages maronites; les Mimars furent seigneurs d'Aschia dans la Messorée; les Bon voisin ou Bonvicino, originaires de Gènes,

* Du Gange, ms. des Familles £ outre-mer. ' Ihid. p. 262.

Bibl. imp. mss. Suppl. fr. n° 121^. * Hisi, de Chypre, t. III, p. 197, note;

' Contin. de GmlL de Tyr, p. 2 1 9 , ch. 11. Bihl. de Véc, des chartes, 2* série , t. Il * p. 5 2 1 .

llU

Bi. tl

eurent le fief de Kelia ou Queilles, au nord de Larnaca; les Montolif ou Montoiieu, que les chroniques modernes décorent par erreur du nom de Mont-Olympe ^ avaient conservé en Orient le nom qu'ils portaient en Europe et probablement en France, leur patrie. On retrouve encore parmi les plus anciennes familles chypriotes les Chenechy, les Rabin, les Maugastel, les Le Roux, les Prévôt, les Vicomte ou Visconti, les Fleury, les Vemy, les Cafran, les Raymond, les Bédouin, les Saint-Florentin , les Brunswick, les Lambert, les Langlois, les Joscelin, les Neuville, noms presque tous français; enfin les familles d'Antioche et de Morpho, venues dans Tile lors des premières migrations franques, et restées toujours des plus considérées jusqu'à la domination vénitienne.

Les d'Antioche n'appartenaient ni à l'illustre famille de ce nom issue de l'empereur Frédéric U, ni à la famille princière des Boémond. Ils s'appelèrent d'abord Gaurèle, et étaient peut-être alliés aux Guarèle ou Gaverelles^, dont un membre épousa une petite-fille du connétable Menassier, qui reçut et rendit ensuite au roi Amaury la seigneurie de Limnati dans le Kilani'. Macé de Gaurèle, gentilhomme de Flandre, passa en Orient avec Guy de Lusignan dont ii était, croit-on, parent. Il s'était marié dans la ville d'Antioche à une noble femme du pays, et en avait déjà un fils nommé Adam, qui prit, comme distinction patronymique le nom de la ville même où il était né^. Adam d'Antioche, marié à une dame de Boui^gogne, et son fils Jean furent successivement maréchaux du royaume de Chypre, sous les enfants d'Amaury de Lusignan.

Les faits particuliers à la famille de Morpho indiquent encore un ordre de noms héréditaires dérivant d'une autre source que la possession territoriale. Hugues Martin, chevalier poitevin, venu comme croisé en Orient en Dftéme temps que les sires de Lusignan , fut un de ceux qui suivirent le roi Guy après son acquisition de Chypre. Il avait amené avec lui, pour avoir part à la distribution des terres, deux de ses neveux, fils de ses sœurs: Foulques d'Yver et Laurent du Plessis, de la famille d'où sortirent plus tard les ducs de Bichelieu^. On ne sait quel fut le fief donné à leur oncle; mais on voit Hugues Martin remplissant déjà les fonctions de maréchal de Chypre

' Bibl. de Véc. des chartes, 2* série , t. Il ,

* Lignages , cfa. xxxix ; A ssises,t, II , p. d 7 1 ; Spérone, Real grand, di Genova, p. i36; Guill. de Machaut, Prise d'Alexandrie, ms. meurtre de Pierre I*'; Amadi » fol. &3s.

^ Ph. de Navarre, Assises, 1. 1 , p. 544» ^ lignages doatre'-mer, ch. xLi; Asàses,

t. II, p. 473.

' C'est l'opinion de du Ghesne , adoptée

par du Gange , ms. des Familles d^ outre-mer,

cfaap. des seigneurs de Morpho.

Page 1