‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 79 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE VI

sous Amaury, avant même qne Chypre fât érigée ea royaume ^ Pour Foulques d*Yv«r, il obtint une concession dans le Maréthasse, et fiit, jusqu*à sa mort, considéré comme seigneur de la belle vallée de ce nom, au pied du mont Olympe. Laurent du Plessis devint sire de Loriaki, et succéda peu après au fief de Maréthasse, son frère étant décédé sans postérité. Laurent avait été armé chevalier à Morpho, gros boui^ de la plaine de Touest, célèbre par les reliques et les panégyries de Saint-Mama, qpe les Français appelaient le Morf. n prit ce nouveau nom et le transmit à ses descendants , qui le gardèrent , bien que la terre de Morpho ait presque toujours appartenu au domaine royal ^. A ce nom la faveur royale leur permit de joindre, au moins dès le xiv* siècle, le titre plus brillant de comte d*Édesse ou de Roha, dont la prononciation orientale a fait, dans les chroniques chypriotes, Rocà et Roucas.

Par une illusion que tous les pays ont connue, la lignée des comtes d'Edesse sembla se continuer ainsi en Orient longtemps après que la descendance réelle de Joscelin de Courtenay s'était retirée en Europe. La perte graduelle de la Syrie ne rendait que plus chers aux croisés les souvenirs de leurs premières conquêtes. Après l'abandon total de la Palestine, les Lusignan, restés rois de Jérusalem, reprirent, pour les perpétuer dans leur ile, les titres des anciennes seigneuries de Terre sainte tombés en déshérence. Généralement les noms des grandes baronnies, les titres de prince d'Antioche et de comte de Tripoli, furent réservés aux enfants aines des rois régnants. Les titres de prince de Galilée, de Tibériade ou de Tyr, de seigneur de Beyrouth et de Gésarée, furent conférés aux princes cadets, ou laissés à d'autres familles. La concession de ces noms n'était pas seulement un honneur pour ceux qui l'obtenaient; une dotation en terres ou en rentes sur le domaine royal y était attachée et passait avec l'hérédité aux nouveaux titulaires.

Seîgntario* titalaire*

Terre MiDlo.

Quelques seigneurs arméniens, sans recevoir ces dénominations honorifiques, furent agrégés à la noblesse chypriote par de simples concessions féodales. Probablement les Costa et peut-être les Chammerdas^, que l'on voit parmi les chevaliers des hautes cours d'Acre et de Nicosie, du xii' au

' HUt de Chypre, t. III , p. 599.

' Laurent du Pleasis ou Laurent de Morpho éponaa Isabelle , fille d'Hélie du Rouvre « seigneur d^Avlona, à Test de la plaine de Morpho , dont il eut six fils et une seule fille , mariée à Thibaut de Damiane , seigneur de

Plessie, qui est peut-être Dlessia dit aussi Plessa, au nord d*Avlona.

^ Cf. Paoli , Codic diplom. 1. 1 , p. 7 1 , 89 ; Amadi, fol. a3^, etc. Strambaldi, fol. 290, 348 , çtc. ^bl, de téc, des chartes, 2* série , t. II, p. Ô08.

S«igiietirt •tnagen.

XV* siècle, furent au nombre des premières familles ciliciennes venues en Chypre sous le règne des Francs, Les Grecs parvinrent plus tardivement aui privilèges des Latins et à la cour des hommes liges. I^eur race était, d'ailleurs, frappée de suspicion, et leurs propres rancunes, autant que les préventions des Latins, les retenaient encore éloignés des conquérants. Incapables de chasser par la force les dominateurs de leur pays, ils cherchaient à satisfaire leur haine par des trahisons et des vengeances clandestines.

Enlèvement

do

la reine

par

un pirate grec.

Vers répoque où Amaury de Lusignan fut couronné roi^ un partisan chypriote, nonmié Cannaqui, s'était rendu très-dangereux, en oi^anisant, avec quelques amis, une sorte de guerre de représailles nationales, telle que les Klephtes en firent plus tard en Grèce conti^e les Turcs. Informé que ie roi avait donné des ordres pour s'emparer de sa personne, il quitta file et se réfugia sur la cote de Ciiicie. Il trouva bon accueil auprès d'un seigneur grec, nommé Isaac, maître d'Antiochette, petit port voisin du cap Anamour^, et obtint de lui une galiote armée. Assuré dès lors de sa retraite, et séparé seulement de l'île de Chypre par un étroit canal, il reprit ses brigandages contre les Francs. Au moyen d'intelligences qu'il entretenait avec ses compatriotes, il apparaissait tour à tour sur divers points de l'ile et pillait ou rançonnait les propriétés des Latins.

Échive d'Ibelin, relevant à peine d'une maladie, était venue depuis peu s'établir avec ses jeunes enfants au village de Paradisi, près de la plage de Famagouste, lieux aujourd'hui insalubres, alors, sans doute, séjour agréable et sain, puisque la reine de Chypre l'avait choisi, en quittant la Syrie, pour « changer d'air » et achever de s'y rétablir*. Instruit de cette circonstance par ses ailidés, Cannaqui résolut de tenter un coup des plus hardis. Comme il connaissait personnellement les localités, il débarqua de grand matin visà-vis de Paradisi avec quelques-uns des siens, s'avança jusqu'au village, enleva la reine, sa famille, son mobilier le plus précieux, et reprit la mer avant qu'on eût pu l'atteindre.

Léon, alors prince de la Petite Arménie, qui prétendait régner souverainement sur toute la Ciiicie, fut indigné de l'audace de Cannaqui et surtout

' Contin. de GuUL de Tyr, ms. d. p. 2o5 ; Hi$t. de Chypre, t. III, p. 596.

' Le continuateur de Guiliauine de Tyr se trompe en disant que « Antioche sur la mer «fut anciennement Antioche Pisside.ji Antioche de Pisidic est dans les terres, à soixante

milles au nord de Satalie ; il s*agit iei d*iifitiochia ad Cragum, Antioche près du rocher de Gragus , ou Antiochette , située à Test et dans le golfe même de Satalie , près du cap Anamour , vis-à-vis de Tîle de Chypre.

' Cont'm. de Guill. de Tyr, ms. d^. 306.

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