LIVRE I, CHAPITRE VI
lai
de la protection que lui accordait le seigneur d'Antiocbette. Ses guerres fréquentes avec les Boémond ne nuisaient pas aux bons rapports qu'il entretenait avec les autres barons latins. Il avait vécu au milieu d'eux pendant le siège de Saint-Jean d'Acre i lors du voyage des rois de France et d'Angleterre. Il s'était particulièrement lié avec Amaury de Lusignan, connétable du royaume de Jérusalem et avec les seigneurs d'Ibelin de Rama, parents de la reine Echive^ Il exigea qu'Isaac délivrât immédiatement ses captifs, et , quand les princes lui furent remis, il les conduisit lui-même jusqu'au château de Gorhigos, un des points de son territoire les plus rapprochés de l'ile de Chypre. Le roi Amaury, prévenu aussitôt par ses soins, se rendit à Gorhigos avec ses galères et ramena heureusement sa famille à Cérines^. La reine Echive, retombée sans doute malade par suite de ces événements, mourut peu après son retour en Chypre*.
Léon d'Arménie dont nous venons de parler, le Livon de la Montagne des chroniques d'outre-mer, aspirait aussi depuis quelque temps à prendre le titre de roi. Son indépendance n'était pas reconnue par les empereurs de Constantinople. Il n'était pour eux , comme ses prédécesseurs , que le gouverneur de la Petite Arménie, devenu héréditaire par l'usurpation et la désobéissance. Il avait à craindre d'autre part le voisinage des Turcs d'Iconium et les attaques des princes d'Antioche, qui voulaient le soumettre à leur vassalité. En ceignant la couronne, en réclamant, à l'exemple d' Amaury, le double patronage du Saint-Siège et de l'empereur d'Occident, il espérait, ce que l'événement justifia, élever et consolider son pouvoir. Il avait envoyé des ambassadeurs au pape et à l'empereur Henri VI dès 1197; les demandes que les députés étaient chaînés de transmettre furent satisfaites au conunencément de l'année suivante. Le 6 janvier 1 198, Conrad de Wittelsbach, archevêque de Mayence, remplaçant le chancelier Conrad, retenu en Syrie par les soins du départ de l'année allemande^, plaça sur la tête de Léon,
Origine
au royaume
delà
Petite Âra^Die.
* Contin. de GuUL de Tyr» ms. d. p. a 06; HUt, de Ckjprt, t. III , p. 696.
* Ibid. p. 697.
*^ Florio Bustron, fol. 78.
^ Arnold de Lubeck , Chron, Slavoram »
liv. V, ch. V , ap. Leibniti, ScripL Brunevie, t. II , p. 7 1 G ; Contin, de GùlL de Tyr, p. a ao , ms. D. plus exact que le ch. xxvii , liv. XXVI , p. a 1 5. «En Tannée 6^7 ( 1 1 98) le 6 janvier,
«jour de la fête de TÉpiphanie , Léon fut sa- <cré roi sous la suxerainetë de TÉglise de •Rome et de l'empereur d* Allemagne. Ce fui « une grande joie pour les Arméniens , qui « virent leur trône national , croulé dans cea «derniers temps, se relever et être restauré « en faveur de Lévon , roi d'Arménie. » (Traduction inédite de la Chronique arménienne d« 5«mpad, par M. Dulatirier.)
1)07. dans Téglise métropolitaine de Tarse, la couronne que le pape Céiestin lui adressait. L'archevêque mit ensuite dans les mains du roi le nouvel étendard du royaume d'Arménie, envoyé également de Rome, et orné d'un lion, à la place de l'aigle qui figurait autrefois sur son drapeau ^
Le royaume d'Arménie fut alors organisé à la manière des États francs avec une haute cour et des grands officiers, qu'on appela du nom même qu'ils avaient en Europe^. Son Eglise, ramenée à l'union catholique par la simple reconnaissance que fit le patriarche de la souveraineté romaine, conserva toute la liberté de sa discipline et de son rite national. Léon, deuxième de son nom parmi les princes de la Petite Arménie, à qui ses victoires et un véritable esprit organisateur ont valu le titre de grand chez les Arméniens, resserra son union avec les Chypriotes, sous le règne de Hugues 1*', en épousant Sibylle, sœur de ce prince, fille d'Amaury et de la reine Isabdle de Jérusalem '.
HtBri Quelque temps avant l'inauguration de la royauté arménienne, Henri de
*r«ii*rpSr* Champagne, toujours seigneur de la Terre sainte sans vouloir en être roi.
•Tec
Aaanry. s'était rcudu eu Cilicie afin de ménager la délivrance de Boémond IH, que Léon avait fait prisonnier dans une entrevue. Henri, arrivé jusqu'à Sis, ville embellie depuis peu de monuments publics, et devenue, i la place de Tarse, la nouvelle capitale du royaume, obtint la liberté du prince d'Antioche, en le déterminant à renoncer à l'hommage qu'il disait lui être dû par Léon 11^. Comme il se disposait à revenir à Saint-Jean d'Acre, ses barons l'engi^ièrent à profiter du voisinage de l'île de Chypre pour visiter Amaury de Lusignan et s'entendre amiablement avec lui au sujet de la possession du comté de Jaffa et de l'exercice de la connétablie de Jérusalem, questions qui les avaient toujours divisés. Les seigneurs de Bethsan avaient tenté plusieurs fois d'amener un accord entre Henri et Amaury par l'entremise du connétable de Chypre, leur parent^, et n'avaient pu réussir. L'union des chefs de la chrétienté d'outre-mer était cependant bien nécessaire depuis que la trêve conclue avec
' Brosset , additions k Lebeau » Mût. da • Sbel , princesse vertaeuse et modeste. *
Bat-Empire p L XVII, p. 49; oonf. V. Lan- [Chron. arménienne de Sempoil.)
glois, Namiim* de V Arménie, in-4*, i855, * Contin, de GailL de Tjrr,eMXr, du ms. d.
p. 36-38. p. 307 à aia; ms. de Florence, Hi$L de
* Brosset, ibid, p. h'jb, Chypre, t. III, p. 597; cf. Caficin. de GailL
' ff En l'année 689 (de J. G. 1 3 10-1 311) de Tyr, p. s i3 , ch. xxt-uti.
tle roi Lé von passa à Cypre et prit pour * Contin, de GaiU.de Tyr, ms. d. p. 3t3;
« femme la sœur du souverain de cette île. Hiet. de Chypre, t. III , p. 697.