‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 81 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

les Arabes par le roi Richard était expirée; déjà des hostilités avaient éclaté à la suite du débarquement des croisés allemands ^.

Amaury, apprenant que le comte Henri était débarqué en Chypre, se hâta d'aller à sa rencontre. Il accueillit les propositions qu'on lui fit, et scella, en présence des chevaliers des deux royaumes , une paix sincère avec Henri. U renouvela sa renonciation au comté de Jaffa et se désista formellement de ses droits sur l'office de connétable^. Henri, de son c6té, abandonna toute réclamation au sujet des 60,000 besants dus encore sur le prix d'achat de Tile de Chypre à son oncle Richard Cœur-de-Lion , qui les lui avait cédés \

Enfin, conmie dernière garantie de bon accord, on arrêta que les trois fils du roi de Chypre, Guy, Jean et Hugues, épouseraient, à mesure qu'ils parviendraient à leur majorité, les trois filles que Henri avait eues de la reine Isabelle, Marie, Alix et Philippe ou Philippine ^.

Ces mariages anticipés ne semblaient pas avoir seulement pour effet d'assurer dès maintenant la bonne harmonie entre les seigneurs de Chypre et de Syrie ; le prince Henri en attendait un avantage et une satisfaction personnelle. En prenant la croix, il n'avait donné le comté de Champagne à son frère Thibaut qu'éventuellement et pour le cas où lui-même ne reviendrait pas d'outre-mer ^. Croyant aujourd'hui avoir complètement satisfait à son vœu de piété, n'ayant pas, même en acceptant la main de l'héritière du trône de Syrie, renocfcé à la pensée de revenir en France, il désirait doter ses filles en Orient, et fixer irrévocablement leur sort dans les royaumes d'outre-mer, afin d'éviter les compétitions qui pourraient s'élever à la succession de Champagne. Mais aucun des arrangements subordonnés à l'union de ces enfants ne se réalisa; les inconvénients seuls qu'on avait voulu éviter

PromMM d« mariage

eotre

las enfaola

d'Hanri

•t d'Àmtary.

^ ConUn. de Gm'II. de Tjrr, p. a 1 i , ms. d. p. 218 et ftuiv. M. Reinaud, Chron, p. 379.

' Conlin. de GuilL de Tjr, ms. D. p. a 1 2 à 2 14 ; Hist. de Chypre, t. III , p. 697.

' Cf. Contin. de GuilL de Tjrr, p. 209.

* /liJ.liv. XXVI, ch. zxiv , xxyi , p. 212; IJisL de Chypre, t. II, p. 10; t. III, p. 897 ; cf. lettre dlnnocent III du 3o mars 1206; Hist de Cfypre, t. II , p. 34 ; lettre de Tar» chevèqne de Tyr du 5 décembre 1 207 ; Martène. Thés, Ànecd. t. I, col. 806. Diaprés la Continuatioa de Guillaume de Tyr, extraite des mss. de Colbert et de Fontainebleau , un

premier accord entre Amaury et Henri de Champagne aurait eu lieu avec les mêmes conditions en 1 194 > quand Amaury quitta la Syrie et succéda, en Chypre, au roi Guy, son frère [Contin, de Gnill. de Tyr, p. 208; Hist. de Cfypre, U II, p. 9-10); mais il est douteux que le comte Henri , marié seulement en 1192 À la reine Isabelle, eût déjà, en 1 1 94 , les trois enfants dont parient diverses continuations de Guillaume de Tyr.

* Art de périfier Us dates. Nous avons vainement recherché Tacte original de cette donation.

survinrent de circonstances imprévues, et Henri lui-même trouva la mort au milieu des dispositions qu'il prenait pour régler ses affaires en Terre sainte et rendre possible son retour en Europe.

Év^oemenu Le pcu de sympathic du comte de Champagne pour les chevaliers aileguerre d« Syrie, mauds, dout il était jaloux ^, Tempéchait d'utiliser les secours amenés par le chancelier impérial. Les Arabes, quoique divisés depuis la mort de Saladin, avaient envahi les terres chrétiennes dès la fin des trêves. Malec-Adel, frère de Saladin, d'abord réduit à la principauté du Krac ou château des Curdes, près du désert de Palmyre, impatient de succéder à la puissance de son frère sans se préoccuper de ses neveux , s'était avancé vers Jafla avec une armée qu'on évalue à soixante mille hommes. La ville basse fut ravagée et le château assiégé aussitôt^. Plutôt que d'employer les troupes allemandes, Henri préféra rendre Jaffa au roi Amaury, à la condition que les Chypriotes se chargeraient de défendre seuls la place. Amaury , recouvrant ainsi une ville qu'il avait cédée peu auparavant, envoya dans le fort Renaud Barlas, seigneur poitevin, un de ses hommes liges, avec quarante chevaliers, un corps de sergents d'armes et des approvisionnements sullbants'. La défense faiblit toutefois; Barlas, contrairement aux engagements d' Amaury, ne tarda pas à demander au comte Henri des secours, qui ^'arrivèrent pas à temps; le château fut enlevé et le capitaine fait prisonnier avec sa fenmie et toute la garnison ^.

Mort d'Henri

de Ckempegne.

Henri de Champagne, prévenu de la position des assiégés, s'était hâté de prendre des mesures pour les secourir. Déjà les corps de cavalerie étaient en marche vers Jafla, et campaient à Caïphas, au delà de la rade; il était luimême resté à Saint-Jean d'Acre pour régler avec les bourgeois et les gens des communes le départ des vaisseaux chargés ifaller protéger Barias du côté de la mer, où il était le plus faible. Un soir, avant le coucher du soleil, les Pisans , rentrés en grâce auprès du comte , se présentèrent au château royal pour être reçus. Henri était alors dans une des salles hautes du palais, tournant le dos à une fenêtre ouverte sur les fossés et accoudé à la

* Arnold de Lubeck, Chron, Slav, liv. Y, ch. ii-iii; Othon de Saint-Biaise, Chronic. ap. Murât. Script, liai t. VI, col. 899; cf. Co/ifiA. de GttiU. de Tyr, p. 216, mas. de Lyon D. et de Florence, rédaction trës-hostile aux Allemand».

> GoAlûi. de Gaill de Tyr, Uv. XXVIII, ch. II, p. a 18.

' Ih'id, p. 2 19 ,ch. \\\Âfsises, t II , p. 4a8; Florio Bustron, fol. 17-18.

* Contin. de GuilL de Tyr, ch. 11 , ms. d.

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